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Deux semaines après la présidentielle du 18 octobre dernier, remportée, selon les résultats provisoires, par Alpha Condé, tous les regards sont désormais tournés vers la Cour constitutionnelle. En effet, quatre des dix candidats qui contestent la victoire du président sortant, y ont déposé des recours. Trois partis, à savoir le PADES, le NGR et le PACT demandent l’annulation pure et simple du scrutin. Quant à l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) du principal opposant, Cellou Dalein Diallo, elle, demande que soit invalidé le scrutin dans la région de Kankan, réputée   être le fief du parti au pouvoir. Procès-verbaux à l’appui, le parti dénonce de nombreuses irrégularités dans les opérations de centralisation et de totalisation des voix.   Le natif de Labé sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. Puisqu’il n’est pas à sa première contestation de la victoire d’Alpha Condé. En 2010 comme en 2015, tous ses recours ont été rejetés par les « Sages » guinéens. Et tout porte à croire qu’il en sera de même pour cette année encore où, après avoir fait adopter au forceps un référendum constitutionnel taillé sur mesure, Alpha Condé ne s’imagine pas en train de faire ses valises du palais Sékoutoureya. Loin s’en faut ! En cela, il  peut compter sur le soutien de certaines institutions comme la CENI (Commission électorale nationale indépendante) qui l’a déclaré vainqueur, et la Cour constitutionnelle dont la direction est le plus souvent confiée, en Afrique, aux hommes-liges du prince régnant. C’est dire s’il ne faut pas se faire d’illusions.

Cellou Dalein Diallo  estime avoir été volé pour la troisième fois

Les grands juges s’emploieront certainement à trouver des  artifices juridiques pour rejeter ou juger irrecevables tous les recours déposés sur leur table. Ainsi va la Guinée où les élections se suivent et se ressemblent ! Il ne faudra donc pas s’attendre, comme au Kenya, à ce que la plus haute juridiction guinéenne prenne de court le président Condé qui, visiblement, est prêt à tout pour conserver le pouvoir, dût le sang de ses compatriotes couler à flots dans le Fouta Djallon. C’est fort de cela, que Cellou Dalein Diallo qui estime avoir été volé pour la troisième fois, n’entend pas se laisser conter fleurette. En effet, en plus des recours qu’il a introduits auprès de la Cour constitutionnelle, il entend maintenir la pression sur le pouvoir de Conakry, d’où ce nouvel appel à manifester hier, 3 novembre 2020. Il entend ainsi pousser la  Cour à dire le droit en toute indépendance. Si la stratégie n’est pas mauvaise en soi, on peut cependant douter de son efficacité d’autant que l’opposition, elle-même, ne parle pas le même langage. A preuve, alors que l’UFDG appelle ses militants à descendre dans la rue, quatre autres candidats malheureux s’en sont démarqués, estimant que cela pourrait raviver les tensions déjà fort palpables.  Le comportement de ces opposants en dit long sur leurs intentions. Car, tout porte à croire qu’ils n’hésiteraient pas à répondre positivement si Alpha Condé, dans un souci d’apaisement, décidait de mettre en place un gouvernement d’union nationale.  

Boundi OUOBA

Source: Lepays.bf