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Les 28 et 29 juin où à Yamoussokoro les chefs de l’Etat tenaient le 41è sommet de la Cedeao, Cheik Modibo Diarra n’était pas le plus heureux des invités. Boudé et grondé par les présidents tout au long des travaux, le Premier ministre malien n’y a pas fait de tabac avec le bilan d’étape du gouvernement de transition qu’il dirige depuis mi-avril en vertu de l’accord-cadre du 6 avril signé entre la junte de Bamako et le médiateur burkinabé au nom de la Cedeao.

jpg_une-866.jpgUn accord non ouvertement dénoncé mais ignoré par les sommets de l’organisation et critiqué en privé dans l’entourage de certains chefs d’Etat qui déplorent le « travail en solo » du médiateur burkinabé qui lui aura permis, pense-t-on, de valider le nom de Cheik Modibo Diarra comme premier ministre de pleins pouvoirs pour piloter la transition. Plusieurs noms circulaient à l’époque dont celui de Soumana Sacko, emblématique Premier ministre de la transition 1991-1992. La carte Cheick Modibo aura la préférence de la junte et de Ouagadougou que l’accord-cadre mentionnait comme seuls recruteurs de l’oiseau rare. Mais, premier problème : l’astrophysicien forme son gouvernement d’union nationale en excluant la classe politique, pro comme anti-putsch qui encaisse le coup et rumine sa vengeance.

Le Pm pas invité

Deuxième problème : le Premier ministre qui est issu d’une logique de retour à la légalité a été très vite perçu par le microcosme politique local comme une marionnette de la junte. En refusant de demander les troupes pour reconquérir le Nord malien, il a perdu de sa popularité. Son manque d’expérience malienne est critiqué et il continue, en outre, d’être accusé d’avoir formé un gouvernement de copains. C’est tout naturellement donc qu’à Yamoussokoro, il fut enjoint d’ouvrir son gouvernement pour être plus inclusif. De la classe politique s’entend.

Du côté de Ouaga, il filtre que Cheik Modibo Diarra ne peut pas participer au sommet du samedi « parce qu’il n’est simplement pas invité ». Le Premier ministre ne doit pas en être excessivement malheureux qui a pris l’avion, jeudi soir, pour Rabat où il doit discuter de coopération avec les autorités marocaines « avec des résultats concrets en perspective », soulignent ses services. Quant au président de transition, Dioncounda Traoré, la présidence burkinabé avait confirmé mercredi sa participation au sommet de Ouaga où cinq chefs d’Etats sont attendus. Le jeudi le protocole malien et français étaient à l’Aéroport attendant son arrivée quand il apprit que le déplacement du président dans la capitale burkinabé était annulé. La dépêche de l’Afp produite dans la foulée de la décision cite un « un haut responsable de l’Assemblée nationale malienne » qui assure que la décision de Dioncounda Traoré n’est pas inspirée par ses médecins.

Angine diplomatique ?

« Dire ça, ça ajoute à la confusion sur son retour à Bamako, et ça affole déjà les gens » à…Bamako. Pour ce responsable si Dioncounda doit quitter Paris où il se trouve en soin depuis le 23 mai après son agression par des manifestants le 21 mai dans ses locaux, ce sera pour rentrer au Mali. « Les Maliens auront du mal à comprendre qu’il quitte Paris pour se rendre à Ouagadougou. Mais j’ai pu avoir encore ce matin Dioncounda, ça va beaucoup mieux » a-t-il conclu. Pourtant, sur Rfi, la raison de l’annulation est purement médicale. Le président aurait rendez-vous avec ses toubibs le même…samedi. A Bamako, les commentaires vont bon train. Pour un médecin qui milite dans la formation politique du président de transition, « la raison médicale ne vaut que si le président a fait une rechute ». Car pour lui, le président Traoré ne peut pas avoir confirmé, mercredi, son voyage sans l’avis de ses médecins. Mais avait-il confirmé ? Plusieurs sources maliennes et burkinabé sont affirmatives. Un informateur dans le secret des dieux avance cette hypothèse « Dioncounda a dû être dissuadé par les présidents et ses hôtes français ». Car pour cette source, le président allait à Ouaga pour dire un certain nombre de vérités qui n’auraient pas plu à ses homologues, à savoir ; qu’un gouvernement malien ne peut être formé qu’à Bamako ; que c’est l’armée malienne qui libérera le Mali ; qu’il n’est pas content du traitement de la question du Nord par le Burkina qui a envoyé un hélico chercher deux leaders du Mnla coupables de crimes contre les populations du Mali. Et surtout, qu’il tient, lui, à garder Cheick Modibo Diarra comme Premier ministre. Il se sait, en effet que son agression a rapproché le président du chef de gouvernement qui l’a transporté à l’hôpital et gardé chez lui jusqu’à son départ en France. Cheick Modibo Diarra a, selon des témoins, éclaté en sanglots en voyant, le 21 mai, le président Traoré couché dans son sang. Il a craqué, en mai, en évoquant l’affaire devant la diaspora malienne à Paris. Si Dioncounda Traoré se déplaçait pour ça, il est certain qu’il ne pouvait pas être le bienvenu à une rencontre qui n’est pas convoquée pour décorer son nouvel ami.

Adam Thiam
Le Républicain du 6 juillet 2012