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Le président de l’Association malienne des droits de l’homme, Me Moctar Mariko, s’est exprimé, hier, sur la question des arrestations dans notre pays, la situation au Nord du Mali et la présidence de la transition. C’était lors d’une interview qu’il nous a accordée au siège de son cabinet, sis à l’Aci 2000.

Le Républicain : que pensez-vous des différentes arrestations dans notre pays ?

Me Moctar Mariko : Je ne peux pas me prononcer directement là-dessus, parce qu’il y a certains éléments qui m’échappent. Concernant les arrestations qui ont été déclarées, telles que celles de Dramane Dembélé de la Dngm, de Mme Soumaré et d’un autre qui travaille à l’hôtel Radisson, par exemple, les familles de ces personnes m’ont personnellement écrit. Mais ils n’ont pas mentionné leurs numéros de téléphone pour que je puisse leur donner l’information après vérification. Je suis donc allé avec mon collègue Konaré voir le procureur de la République qui nous a édifié sur la situation et nous a indiqué que ces personnes se trouvent au niveau de la Brigade d‘intervention mobile et qu’il avait écrit aux assesseurs, aux policiers de circonscrire l’enquête, c’est-à-dire de chercher des éléments de preuve au niveau d’Orange Mali. Donc de se limiter principalement à ce qui a été demandé par l’enquête.

Le procureur a estimé qu’ils ne voudraient pas que les informations sur la vie privée des personnes ressortent de ces enquêtes. Ensuite, je suis allé au niveau de la Bij, j’ai trouvé qu’ils ont été déférés devant le juge d’instruction de la commune III, Adama Fomba. C’est lui qui les a placés sous mandat de dépôt. Présentement, Dramane Dembélé se trouve à la maison d’arrêt centrale de Bamako et Mme Soumaré se trouve à Bolé. Je ne peux pas me prononcer pour dire si ces arrestations sont arbitraires ou non, parce qu’ à chaque fois qu’on est intervenu, il m’a été dit : Il y a tel et tel problème, on les a pris et bientôt ils seront mis à disposition des avocats. A chaque fois qu’on est allé chercher l’information, ils ont dit qu’il n’y avait pas de problèmes.

Certains même ont des avocats et leurs familles viennent les voir. Nous, notre rôle est de nous assurer que les droits des personnes arrêtées sont observés et si tel n’est pas le cas, nous interpellons les autorités et nous leurs demandons de libérer sans condition ces personnes. Voilà ce que je pourrais dire à propos des arrestations.

Mais n’avez-vous pas demandé si ces personnes sont dans de bonnes conditions ?

Parmi ces personnes arrêtées, je veux être honnête avec vous, nous ne savons même pas où est-ce qu’elles sont détenues. Tantôt on me disait qu’ils sont à la sécurité d’État, tantôt au Gms, tantôt à Kati. Donc, je n’ai pu savoir où est-ce qu’ils se trouvaient, indépendamment des trois premiers cas que je viens de signaler. Car, je savais que ces personnes là étaient détenues et je suis intervenu. Mais par rapport aux militaires et les autres personnes arrêtées, présentement, je ne peux pas vous dire où est-ce qu’ils se trouvent. Je sais que certains se trouvent à Kati, mais dire qu’ils sont tous à Kati, ça je ne saurai le faire.

Que pensez-vous de la situation au Nord de notre pays ?

Moi, mon problème c’est vraiment par rapport au Nord, parce que cette zone est devenue une zone de non droit. Je viens de recevoir une correspondance de la section de Goundam qui passe toute la journée à m’écrire que si on n’intervient pas rapidement, ce sera la fin. Parce qu’ils n’ont ni à manger, ni à boire, la santé n’y est plus, il n’y a pas d’hôpital, l’alimentation est en train de manquer et ils n’ont pas d’argent parce que les prix des denrées alimentaires ont été multipliés par quatre.

Donc, moi je crois qu’il faut qu’on laisse les querelles politiciennes au niveau de Bamako et qu’on ait un regard au Nord du Mali où les enfants sont en train de souffrir, où Aqmi et Ansar dine sont en train de faire de la récupération de populations, parce que ces populations se sont senties abandonnées par l’État et l’armée malienne. Et si jamais on n’intervient pas rapidement, ça va faire l’effet contraire car, nous pensons que ces populations vont se révolter. Mais en réalité, si l’État n’intervient pas ou que la communauté internationale n’aide pas le Mali très rapidement, ils vont récupérer ces populations en leur donnant quelques billets et dire qu’avec ces billets ils peuvent faire quelque chose.

Que pensez-vous de la fin de l’intérim ?

Avant même les 40 jours, nous avions dit qu’il fallait que la société civile et l’ensemble de la classe politique se retrouvent pour chercher quelqu’un de consensuel. Si c’est Dioncounda qui doit être maintenu, que la société civile, les partis politiques, les forces vives de la nation l’expriment clairement et que Dioncounda reste. Mais si ce n’est pas Dioncounda, s’il y a un autre homme de consensus, il n’y a pas de problème, qu’on aille vers cela. Nous avons toujours dit qu’a partir du moment où la classe politique a été divisée, avec d’une part le MP22, de l’autre le Front contre le putsch, ça va être difficile, tant que ces gens là ne s’assoient pas au Mali autour d’une table afin de discuter sérieusement. Il faut oublier les positionnements pour faire face à l’intérêt du Mali.

Chacun veut se positionner et personne ne veut préserver l’intérêt du Mali. Sinon, rien qu’à cause du Nord, on devrait enterrer les haches de guerre. C’est-à-dire pousser l’armée à aller vers le Nord. La classe politique doit oublier les postes juteux et faire face au problème du Nord. Qu’est-ce qui empêche les rebelles de venir aujourd’hui à Bamako ? Je pense qu’on doit avoir le même objectif. Je suis un peu désolé parce que je ne pensais pas que le Mali pouvait atteindre cette phase dans la crise. Au début, je pensais que ça allait être passager, mais ce que je constate ne me donne pas beaucoup de confiance.

Propos recueillis par Baba Dembélé

Le Républicain du 11 Mai 2012