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Depuis le 22 mars 2012 le Mali est tenu, presque d’une main de fer, par une junte dont les incohérences politiques et les déclarations à l’emporte-pièce ne rassurent pas du tout sur l’évolution future de la situation politique.

jpg_une-662.jpgIl est de notoriété publique que la classe politique, toutes tendances confondues, sous le défunt régime, s’est très mal débrouillée avec ATT qui lui était apparu aux horizons de 1991 comme un officier de génie et de talent mais qui, à l’épreuve du pouvoir, se révéla être un piètre homme politique, un aventurier du genre de Mansa Tountourou venu uniquement pour s’enrichir et anoblir par procuration son clan.

Son passage burlesque aux affaires aura au moins appris à ce peuple à se méfier des candidats venus de nulle part et des héros aux origines douteuses. De compromissions en connexions financières dangereuses, de louvoiements en génuflexions honteux, avec toutefois à la clé des détournements massifs de deniers publics et des promotions inespérées, notre classe politique, à l’exception de quelques rares partis politiques, s’est disqualifiée au point de paraître n’avoir été à l’école que pour apprendre à voler l’Etat et se spécialiser dans l’usurpation des biens collectifs.

De ce fait, il est presque certain que sans ce putsch, le système ATT allait perdurer plus que de raison, mais cela n’est point un argument solide pour valider la félonie du 22 mars dernier et justifier l’usurpation du pouvoir par des troufions dont des sources proches de Kati affirment que certains parmi les plus en vue ont fui le front du Nord pour venir s’occuper de coup d’Etat à Bamako.

Cette junte, venue aux affaires de cette manière presque accidentelle, suite à la honteuse raclée administrée au clan ATT par les rebelles du désert qui depuis 1991 maintenant apparaissent de plus en plus comme l’antidote de nos guides politiques et idéologiques. Sous prétexte de faire repartir le pays du bon pied, essaie de gagner du temps en s’accrochant au pouvoir dans son intérêt personnel, l’exercice de celui-ci chez nous étant source de puissance et d’enrichissement.

Rien d’ailleurs ne semble urgent pour cette junte qui se complaît à palabrer inutilement alors que le pays est coupé en deux et que les ennemis sont à nos portes. Elle semble ne se soucier que de l’exercice du pouvoir pour lequel elle est sortie de l’ombre et les populations du Nord peuvent mourir de faim et de soif qu’elle s’en foutrait.

Le Nord en dernier des soucis ?

Elle l’ignore peut-être, mais les coups d’Etat suivis de régime militaire n’ont jamais tiré un pays vers le haut, même sous le général Bonaparte, et il faut être d’une naïveté maladive pour croire que le CNRDRE pourra le faire pour ce pays. Les intellectuels ou ceux en faisant fonction, qui entourent et conseillent les capitaines frondeurs, sont en réalité des opportunistes qui n’ayant rien gagné sous ATT malgré sûrement de nombreux appels du pied, veulent maintenant prendre les raccourcis de l’histoire et se venger d’un destin ingrat.

Le Mali a certes mal du fait de l’irresponsabilité de sa classe politique qui a laissé, par alimentarisme, ATT prendre ce pays en otage dix ans durant, mais ce constat ne doit point conduire à la jeter en pâture à la junte dont certaines déclamations font ressortir nettement qu’elle a horreur des formations politiques.

Elle doit se relever cette pauvre classe politique de sa propre déchéance parce que tout simplement sa vocation est la conquête et l’exercice du pouvoir politique en dépit de ses égarements. N’en déplaise aux prétoriens qui pensent certainement le contraire et ne songent plus à la reconquête des villes du Nord perdues par leur manque de combativité.

La situation actuelle du pays avec trois pôles de décisions politiques n’est à l’honneur de personne. Et la junte doit savoir qu’elle est de trop dans cette affaire. Elle a d’ailleurs accompli du beau travail en débarrassant le pays de la vermine ATT, ce pour lequel la nation lui est reconnaissante. Mais à vouloir s’éterniser au palais alors que rien ne l’y a préparé et que des tâches urgentes l’attendent au Nord, elle donne raison à ses détracteurs, les antimilitaristes qui pensent que nos armées, depuis la disparition du général Soumaré, ne sont bonnes qu’à fomenter des coups d’Etat et à broyer du civil inutilement.

Le retour à l’ordre constitutionnel doit être effectif avec le retrait de la junte du pouvoir et la dissolution de son Comité de restauration de la démocratie et de restauration de l’autorité de l’Etat. Sans ce préalable indispensable, on est en régime d’exception contrôlé par des militaires à l’allure de tondions.

Yiriba

Le 25 Avril 2012