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Le changement du PM ne résout pas l’équation du pouvoir à Bamako, mais il réduit quand même le nombre de protagonistes.

Le Mali, notre cher pays, traverse une des crises les plus profondes de son histoire, consécutive au coup d’état du 22 mars 2012. En réalité, si la grande majorité des maliens avait, en son temps, apprécié positivement le coup d’état, c’est sans tenir compte des effets futurs qu’allait produire cette crise. L’évidence au Mali aujourd’hui, c’est que les 2/3 du pays sont occupés, le pouvoir politique, fragilisé et fragmenté, est partagé entre la Junte, le PM et le Président par intérim. Bref, la situation économique est catastrophique, le coup de la vie est cher, toute chose qui fait dire que le contexte social est vraiment difficile.

Dans cette gestion à trois au sommet de l’Etat, il ne fait l’ombre d’aucun doute que la réalité du pouvoir est détenue par celui qui a les armes. Malheureusement, la démission récente du PM prouve encore une fois de plus cette théorie. Il a fallu que le capitaine fasse un peu de pression, même si c’est avec les crosses pour que le PM rende sa démission. Malgré les assurances de ce dernier la réalité est en face.

Tous, ont compris que cette démission est intervenue dans des conditions peu orthodoxes. Si c’était sous l’impulsion du Président de la république, il revenait à ce dernier de le commenter, pas à quelqu’un d’autre. Les commentaires ont prouvé l’amateurisme des militaires en politique et du coup repoussent encore l’échéance d’une intervention de la communauté internationale au Mali.

Ne nous voilons pas la face, le changement du PM n’est pas la solution immédiate à ce problème, parce que là où CMD a échoué, le PM Django fût-il un tireur d’élite laissera sa peau inévitablement tant que le capitaine ne s’alignera pas derrière le président de la république afin que le trio parle le même langage. Or, de nos jours personne ne détient le calendrier de cette intervention, ni le président de la république, ni le capitaine et encore moins le PM.

Seuls, Obama et Hollande peuvent nous dire à l’heure actuelle quel jour on va attaquer ? Mais ceux-là trainent les pieds. Il faut que le capitaine arrête ses déclarations intempestives qui n’arrangent pas la crise du Mali. Chaque intervention ou chaque déclaration du capitaine accroit davantage la méfiance des occidentaux par rapport à la gestion du pouvoir à Bamako et retarde les échéances de l’intervention.

Ce que le commun des maliens ne sait pas, c’est que cette intervention va coûter environ 200 millions d’euro soit près de 131 milliards de CFA sur un an. Sachant cette réalité aucun homme politique, aucun chef de guerre fusse – t-il capitaine ne prendra le risque de se lancer dans une guerre sans l’onction de la France ou des USA, au risque de s’enliser dans un bourbier interminable.

Or, les rebelles l’ont dit, si on commence et que l’on n’y arrive pas, ils viendront jusqu’à Bamako, et là ce sera le sauve qui peut. Eh alors, la question que les concertations nationales doivent résoudre ; c’est ira-t-on à la guerre avant la communauté internationale, ou bien allons-nous organiser les élections avant de commencer la guerre ?

Eh bien, le responsable malien doit savoir se débarrasser maintenant de la langue de bois et apprendre à dire la vérité à son peuple. C’est aussi cela la démocratie, le langage de la vérité. C’est le lieu de saluer l’initiative du président de convoquer les assises des concertations nationales sur les questions brûlantes de l’heure avec toutes les forces vives de la nation. Mais oui, il faut cela, le pays en a besoin et parce que le pays ne maîtrise pas tous les paramètres du jeu.

B S

Le Relais (Bougouni) du 03 Janvier 2013