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Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Qui peut se targuer de n’avoir jamais commis d’erreur ! Quel homme politique peut oser affirmer n’avoir jamais trébuché, encore moins d’avoir donné son onction pour une action et de voir sa vision travestie à l’arrivée. Pour autant cela ne doit pas suffire à rejeter les missionnaires encore moins ceux qui ont aidé à accomplir la mission. Que n’avons-nous entendu, vu écrit et commenté sur Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ces jours-ci !

C’est vrai que de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. L’homme en a toujours eu conscience et s’est positionné en rempart chaque fois que la situation la lui imposait.

L’histoire récente du Mali est là pour nous témoigner des sacrifices qu’il a consentis pour donner la stabilité politique au Mali aux premières heures de notre démocratie naissante, quand deux Premiers ministres coup sur coup avaient démissionné, quand les contre coups de la dévaluation se faisaient sentir, que des hommes politiques ont abandonné le navire pour ne pas être comptables des conséquences de la dévaluation, pendant que tapis dans l’ombre, les adversaires du régime manœuvraient à la déstabilisation des institutions de la République. On ne se bousculait pas au portillon.

Il fallait avoir le charisme, la carrure, le reflexe, l’intelligence, la vision et le background nécessaire pour déjouer les pièges, les attaques, résister aux fourberies des sirènes et aux thuriféraires, appliquer le programme de gouvernement du parti afin d’apporter un mieux-être aux populations en même temps que le démenti cinglant que le parti ADEMA à l’époque ne pouvait gérer les affaires de la cité.

Souvenez-vous au plus fort de la rébellion touaregue, à l’époque où a eu lieu la grande rencontre des citées unies au Mali, dont le lancement s’est déroulé à la mairie centrale de Bamako, après que le sinistre Jean Claude Berberat, qui pactisait avec la rébellion, fut tué à Niafunké, certains invités occidentaux après avoir bousculé le protocole, croyant pouvoir donner des leçons de démocratie à l’époque au Mali trouvèrent IBK Premier ministre, le rempart, sur leur chemin. Ce jour, laissant de côté le discours officiel, il leur parla, en la manière dont il sait le faire, le français de France et leur déballa le glorieux passé du Mali alors que dans leurs pays la démocratie était encore balbutiante.

IBK, nous le savons, s’assume, ne courbe pas l’échine. Il n’a aucun complexe devant qui que ce soit, il ne tend pas la sébile, où qu’il soit il transpire l’honneur, la dignité, la fierté du Mali. Souvenez-vous de sa visite d’Etat aux Etats Unis comme Premier ministre ! Tout un symbole.

Que dire de 2002 ! Un an après avoir quitté le poste de Premier ministre, le parti ADEMA-PASJ et créé le Rassemblement Pour le Mali (RPM) son nouveau parti, puis le regroupement politique « Espoir 2002 « , il ya eu les élections présidentielles à la suite desquelles, il y a eu un fort sentiment de tricherie, de magouille électorale qui créa un malaise général au sein de la population et des militants en particulier. Après les élections présidentielles, quand tout le monde savait qu’IBK avait vu sa victoire grugée, que les yeux étaient rivés sur lui et son regroupement politique « Espoir 2002″ que le Stade du 26 Mars où les militants et sympathisants s’étaient donnés rendez-vous, refusait du monde, on attendait seulement que le mot d’ordre pour en découdre avec le régime.

Mais l’homme d’Etat qu’est IBK, en accord avec les leaders de son regroupement politique, n’eut qu’une seule phrase – « je fais confiance à la justice de mon pays, je ne marcherai jamais sur des cadavres pour monter à Koulouba »- pour apaiser les militants, apporter la stabilité, accompagner le processus électoral là où sous d’autres cieux, des milliers de militants ont tout perdu jusqu’à la vie, entrainant la destruction du tissu économique et social. Que dire de son opposition à la reconnaissance du mouvement du 23 mai par les plus hautes autorités d’alors, des accords d’Alger ? Il était le seul homme politique à crier haut et fort sa désapprobation afin que la rébellion soit traitée avec la réponse qu’elle mérite.

Au lieu d’être écouté, d’être compris comme une personne ressource qui sait de quoi il parle, qui a géré la rébellion, mieux qui fut Premier ministre donc ayant assumé de hautes responsabilités dans ce pays, le Mali, sa patrie, il reçut plutôt des condamnations, avec des substantifs comme va-t-en guerre, apatride, tout un lexique dégradant et dévalorisant. Là, encore malheureusement Dieu lui donne aujourd’hui raison. La liste est longue et fastidieuse à énumérer.

Par ailleurs, disons-le clairement, là où nous excellons c’est généralement la condamnation à la moindre erreur, la méchanceté gratuite, la manipulation de l’arme de la destruction à volonté pour en finir avec un homme. Si non pourquoi un tel acharnement à mettre ensemble des loups et l’agneau. Voyez de près toutes les insanités inqualifiables qui circulent dans des journaux de la place et les commentaires qui s’en suivent.

On oublie volontairement que pour qu’IBK soit nommé, il aurait fallu qu’il soit contemporain d’Alpha Oumar Konaré, qu’il ait des qualités et des compétences pour tenir le poste et qu’il soit le meilleur pour avoir été choisi en ce moment précis où il y avait péril en la demeure (voir son CV)….

En lisant les auteurs des différents articles, on croirait qu’il discute de bouche à bouche avec Dieu le Tout Puissant Créateur de l’univers, dont tout le monde reconnait que ses voix sont insondables. Des termes utilisés, à la limite qui reprennent une sorte de haine viscérale contre Ibrahim Boubacar Keita qui, six années durant comme Premier ministre, en bon capitaine, a emmené le bateau Mali à bon port. C’est justement cette tâche ardue qu’il a accomplie qui lui vaut aujourd’hui toutes les inimitiés. Mais quel comportement adopté alors ! Quand tu accomplis bien ta mission, on t-en veut à mort. Quand tu es carrent, tu es vilipendé!

Je ne pense pas qu’essayer avec une plume acerbe de détruire un homme suffit à le détruire. Le nom d’un des auteurs qui est sans doute révélateur de la nature de ces différents articles, sans tomber dans la polémique, lui-même reconnait les compétences, les valeurs humaines, la hauteur de vue de l’homme qu’il traine dans la boue quand il écrit : IBK, celui dont le charisme a traversé les frontières du Mali, s’allie aujourd’hui avec de petites gens pour conquérir le pouvoir. IBK certes aurait donné son aval pour décrier une situation, mais : qu’a-t-on fait de son autorisation ? Était-il sur le terrain avec les manifestants pour évaluer la dérive ? Avec qui ce sont t-ils associés ? Quel objectif visait – il ? Quel était leur agenda ? Nous savons que le colonisateur a instruit nos grands parents juste des connaissances nécessaires pour le servir. Mais qu’ont-ils fait de cette instruction ? Et pourtant, ce sont eux qui nous ont amené à l’indépendance contre la volonté du colon ! Une indépendance que nous avons réclamée, continuons de réclamer et dont nous sommes tous fiers aujourd’hui.

Je crois sincèrement que le temps est venu de faire le tri, de démêler la bonne graine de l’ivraie et de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le Mali a besoin aujourd’hui de l’appui de tous ses fils valeureux, surtout de la trame d’IBK. Certains hommes sont comme une chance, s’il n’existait pas il aurait fallu les créer ! La reconnaissance des bonnes œuvres d’un homme ne tue pas la personne qui le dit. Les lui dénier au contraire t’empêche de le regarder droit dans les yeux.

Misséli DOUMBIA, militant RPM- Sikasso

L’Indépendant du 1er Février 2013