Partager

Le mardi 7 juillet, Djibril Bassolé, le médiateur délégué attitré de la Cedeao dans la crise multiforme que vit notre pays, s’est rendu dans deux grandes localités du Nord. Si à Gao, contrôlée par le Mujao, il n’a pu rencontrer que les notabilités locales et les différents chefs religieux, à Kidal c’est le chef du Mouvement armé Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, qui l’a accueilli.

La visite de l’émissaire sous-régional, force est de le constater, survint quelques jours seulement après celle effectuée par le Président du Haut Conseil Islamique (HCI) du Mali qui, pour sa part, a pu rencontrer presque toutes les parties prenantes de la crise (des Djihadistes aux chefs religieux et coutumiers locaux) à la recherche de facilitation.

Dans le même registre de la recherche de facilitation pour une solution négociée ou non dans la crise qui perdure depuis déjà quatre mois, ce fut ce weekend le tour du représentant spécial des Nations unies en Afrique de l’Ouest et du Centre, Saïd Djinnit, de faire le déplacement sur Bamako après un passage à Ouaga. Selon lui, l’ONU n’attend qu’une demande formelle des autorités de Bamako pour une éventuelle intervention militaire. Pour ce faire, les Nations unies n’exigent que la clarification des besoins par les autorités issues d’un « Gouvernement d’Union nationale inclusif ».

Au même moment et quasiment en réponse à toutes les initiatives de dialogue au plan national comme international pour un dénouement pacifique, les groupes terroristes religieux, qui occupent le septentrion, s’entêtent à appliquer la charia sur la population. Une personne a été amputée à Ansongo par le Mujuao. Après une tentative infructueuse à Gao, où les populations se sont révoltées les mains nues contre une sentence similaire, les trafiquants de drogue déguisés en islamistes ont juré de faire appliquer la loi islamique dans la Cité des Askia.

Et, comme à l’accoutumée, nos autorités se sont contentées de la diffusion laconique de communiqués condamnant ces atrocités. Même si, cette fois-ci, elles ont enfin compris que la guerre est désormais nécessaire voire inéluctable pour la résolution de la crise. Ainsi, après tant d’attentisme et de tergiversations, nos autorités se résignent-elles enfin de renoncer à l’illusion d’une solution négociée?

Une chose est, en tout cas, réelle et très perceptible : les populations des régions occupées se sentent de plus en plus seules et délaissées par les autorités centrales de Bamako ainsi que l’ensemble de la Communauté internationale (les Nations unies et notamment les grandes puissances occidentales). À l’origine de la crise dans notre pays, cette dernière prétend curieusement depuis des années lutter contre le terrorisme et le banditisme dans toute sa dimension. Qu’attend-elle pour agir plus activement comme dans la crise syrienne dont elle est également un élément catalyseur aux côtés des pays tels que l’Arabie Saoudite et le Qatar qui ne sont pourtant pas des exemples de démocratie ?

Pour booster leur élan d’intervention dans notre pays, les autorités maliennes ne doivent-elles pas aller très vite pour clairement donner leur feu vert quant à l’acceptation d’une force internationale aux côtés de l’armée malienne ? Cela semble d’autant plus urgent et crucial dans la mesure où, malheureusement les terroristes, s’incrustent davantage dans le tissu socio-économique local à travers des mariages forcés ou non, mais surtout à partir de l’enrôlement d’enfants soldats (qu’ils endoctrinent) grâce à leur manne financière provenant de trafics de tout genre et des monarchies du Golfe arabo-persique.

Par Gaoussou M. Traoré

Le Challenger du 14 Août 2012