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Le capitaine Amadou Haya Sanogo a beau trouver des excuses, les Maliens ne sont plus prêts à se laisser berner encore. Son salut ne viendrai que par des chemins tangibles menant à la libération du pays. Ce que devraient comprendre les soutiens au chef des ex-putschistes qui ne sont pas encore lotis.

Le capitaine Sanogo rompt définitivement le silence. Ces derniers jours, il est sorti de sa réserve en faisant des déclarations les plus fracassantes les unes que les autres. Beaucoup d’observateurs ont vu en ces interventions l’aguerrissement d’un officier en disgrâce qui détient pourtant la réalité du pouvoir à Bamako. Pour dire vrai, Amadou Haya Sanogo demeure toujours le putschiste qui a mis de la poudre aux yeux des Maliens aux premières heures du coup d’Etat du 22 mars dernier. Sa position reste la même et ses idées sont toujours inchangées : s’ériger en homme indispensable pour la nation à travers des actes posés sous prétexte d’agir pour l’intérêt du Mali. Le seul changement notoire entre le capitaine Sanogo d’hier et celui d’aujourd’hui est qu’il n’arbore plus la tunique de « président du CNRDRE », mais de celui du Comité militaire de suivi et de la reforme des forces de défense et de sécurité (CMSRFDS).

Il est coutumier d’entendre le chef de l’ex-junte affirmer que l’armée malienne a pour priorité la libération du pays, avec la reconquête des régions du nord. Ayant servi d’argument au renversement des institutions démocratiques, ce discours tordu a l’air de mettre nos compatriotes hors d’eux-mêmes en ce sens qu’ils se sentent toujours floués. Plus le temps passe, plus l’on a l’impression que Kati n’est préoccupé que par son hégémonie au Sud alors qu’au Nord d’autres Maliens voient de toutes les couleurs. Au « retrait stratégique » de l’armée sous ATT a succédé le pauvre dicton « reculer pour mieux sauter », selon les termes du capitaine Sanogo.

Si en face d’un problème urgent une armée doit passer mille ans à reculer, l’on doit se demander quand elle pourra sauter, a fortiori voler de ses propres ailes. Car depuis la chute d’ATT, Kati nous répète que nos militaires sont sur le qui-vive et que le bout du tunnel sera pour bientôt. Or si le Mali devait dépendre des vœux et des plans des ex-mutins, la fin du calvaire ne serait pas pour demain. Et à entendre le capitaine Sanogo insister sur la « formation des troupes », le citoyen lambda devine aisément que l’officier a fait de ce volet un préalable à la reconquête des 2/3 de notre territoire.

Communion requise

Pour toutes ces raisons, le capitaine Sanogo est tombé dans son propre piège quand il a accusé le gouvernement de transition de n’avoir pas soutenu l’armée. Un faux fuyant difficile à avaler étant donné que le gouvernement de transition, avec en tête le Premier ministre, comporte de personnalités proches de Kati, notamment le ministre de la Défense et ses collègues de la Sécurité intérieure et de l’Administration territoriale.

L’armée malienne étant elle seule incapable de restaurer l’intégrité de notre territoire, la place est naturellement faite pour les troupes de la Cédéao. Mais, l’appui militaire de nos voisins tarde à se concrétiser à cause, entre autres, des méthodes dilatoires des décideurs à Bamako. Du moment où la quasi-totalité des pays de la sous-région était partant pour l’envoi de militaires au Mali, l’on se retrouve aujourd’hui avec des nations hésitantes et peu enclines à prêter mains fortes à leur voisin en difficulté.

Les réunions interminables de la Cédéao et de l’Onu sont une preuve éloquente que la crise malienne devient de plus en plus un dossier encombrant à classer parmi celui des « pays ni paix ni guerre ». D’hésitation en hésitation, les leaders de la Cédéao finiront par prévoir un long calendrier en vue de solutionner la crise politico-sécuritaire de notre pays. Ce qui poserait malheureusement les jalons d’une « somalisation » du Mali.

Avant d’en arriver là, les détenteurs du pouvoir au Sud du pays doivent comprendre que le temps des petits calculs partisans est révolu. Il faudrait se tourner vers l’essentiel : le sauvetage du Mali. Et dans cette optique, toutes les composantes de la société ont un rôle à jouer, particulièrement la classe politique et les organisations syndicales.

Visiblement replongés dans le coma après le partage du « gâteau » gouvernemental, les partis politiques doivent recoller aux raisons de leur existence que sont la conquête et l’exercice du pouvoir ou encore servir de contrepoids aux gouvernants. Puisque la situation du pays exige l’union sacrée des Maliens autour des valeurs fondatrices de notre société, les formations politiques doivent aider le gouvernement à relever les défis de l’heure qu’un seul ministre issu d’un parti ne pourrait affronter. Ceux qui contestent la légitimité des autorités actuelles ou l’arrivée des troupes de la Cédéao doivent se rendre à l’évidence que leurs actes affaiblissent davantage la nation.

Éternel contestataire, le secrétaire général du parti Sadi l’est. Mais, Oumar Mariko a intérêt à bien mesurer ses propos et prises de positions parce que le peuple le jugera au moment opportun en fonction des actes qu’il aura posés. Tout comme ceux que le désormais ex-député de Kolondiéba soutient aveuglement. Le retour du bâton serait plus foudroyant que son départ.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Échos du 21 Septembre 2012