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Plus la date buttoir du 28 juillet se rapproche, plus les négociations se font difficiles entre les frères ennemis des deux délégations maliennes venues discuter à Ouagadougou. On attend avec empressement que de retour de chez elles, respectivement, les missions rebelle et gouvernementale, viennent s’entendre autour de l’essentiel : un vrai accord de paix.

Un crime de lèse-majesté

Délégués touaregs et délégation gouvernementale sont en effet rentrés consulter qui, leur base à Kidal, qui, le président Dioncounda Traoré et le Premier ministre à Bamako. Il fallait s’y attendre : le dossier n’est pas aussi facile. Le document de travail accouché dans la capitale burkinabè, comporte en tout cas quatre points dont le point crucial porte sur la cessation des hostilités et les modalités de redéploiement des forces de défense et de sécurité maliennes dans la région de Kidal. Mais, Ia complexité de la situation interdit de jubiler, encore moins de tomber dans un pessimisme larmoyant. Le fait est qu’en dépit des efforts de la médiation burkinabè, la tension monte, et la tâche en devient chaque jour encore plus ardue.

En effet, Bamako récuse le terme « Azawad », qu’il n’entend pas voir figurer sur les documents. Un crime de lèse-majesté pour une délégation gouvernementale venue discuter avec des frères égarés, mais pas pour abdiquer, s’agissant de l’intégrité du territoire national. D’où le rejet de travailler au sein d’une commission mixte. C’est pourtant par « Azawad » que les différents groupes armés – touaregs et arabes – désignent les trois régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

Le MNLA finira-t-il un jour par renoncer à son « Azawad » de territoire, avec des frontières que d’aucuns peuvent bien trouver virtuelles, mais qui rappellent pour d’autres, l’identité d’un peuple en errance administrative et politique depuis les indépendances ? Du côté rebelle, le MNLA et le HCUA (…) se sont aussi montrés réticents quant à l’arrivée de l’armée malienne dans leur zone. Ils se rappellent les récents événements d’Anéfis, ville située à une centaine de kilomètres, au sud de Kidal. Elle a été prise au MNLA par l’armée malienne.

Les groupes touaregs veulent avoir des garanties que l’armée malienne ne s’en prendra pas aux populations une fois à Kidal. Inquiétudes partagées par la médiation et la communauté internationale, qui souhaitent que le déploiement de l’armée malienne se fasse dans un environnement favorable. Aussi, les troupes maliennes, pourraient-elles être encadrées à Kidal par les éléments français, encore sur place, et la MINUSMA, la future force onusienne. Celle-ci est attendue au Mali, le 1er juillet prochain. Elle absorbera la force panafricaine (MISMA) déjà sur place.

Le risque de revenir à la case départ

Pour les modalités du cantonnement, l’idée de constituer quelques unités mixtes associant forces maliennes et éléments du MNLA a été suggérée. Elles pourraient – aux yeux du médiateur – permettre de rassurer et d’engager la réconciliation. On a cependant retenu que le MNLA restera avec ses armes, mais également sous le contrôle de la MINUSMA. La force onusienne, elle, est quasi prête à remplir sa mission. Elle a désormais un chef, un Rwandais : le général Jean-Bosco Kazura.

Qualifié d’« excellent militaire », l’homme a l’expérience des missions de maintien de la paix. En effet, il a été commandant adjoint de la force de l’Union africaine au Darfour, avant le déploiement des casques bleus. Il a été choisi, malgré l’insistance du Tchad pour prendre le commandement de la force de l’ONU au Mali. Le général rwandais aura la charge d’une mission très lourde : 12 600 hommes déployés dans le nord du Mali, territoire toujours très précaire où les groupes armés restent actifs. L’ONU s’attend à des attaques contre les casques bleus.

Finalement, après quelques jours de débats, on ne semble pas encore voir le bout du tunnel. Des insatisfactions, de la perplexité et même le risque de se voir revenir à la case-départ. La raison est bien simple, et chaque conflit le montre : en Afrique, il suffit d’un mot ou d’une virgule, pour voir se hérisser les poils de la susceptibilité.

La crise malienne n’échappe pas à cette règle. Il faudra pourtant trouver une solution définitive à ce casus belli, les Touaregs ayant été effectivement victimes de mal gouvernance dans la plupart des pays du Sahel comme d’autres peuples. A la différence toutefois que la plupart de ceux-ci n’ont pas choisi la même forme de contestation. Il y a tout de même de l’espoir dans ces négociations de Ouagadougou. Car des acquis, on en a engrangés ces jours derniers. Il faut se féliciter du fait que Bamako ait accepté de s’asseoir à la même table que ceux d’en face, pour qui la sécession demeure toujours le point de mire.

En s’attaquant aux forces rebelles, et en s’emparant de Afis, Bamako a sans doute voulu montrer qu’il est dans une logique de guerre de libération nationale. Elle aurait donc pu ne pas accepter d’échanger avec la délégation du MNLA. On le voit à travers le continent : peu de gouvernements acceptent de palabrer avec leur rébellion. Mais il faut savoir raison garder. Tout laisse croire que Bamako dispose d’un plan B à brandir le cas échéant.

Sinon, pourquoi ce déplacement de Tiéblé Damé aux bords du Djoliba, aux frais du contribuable malien qui souffre déjà des affres combinées de la vie chère et de cette guerre larvée, à la fois proche et lointaine ? N’est-il pas aussi temps pour nos frères Touaregs du Sahel de comprendre que notre monde a changé, continuera de changer, et qu’il faudra bien songer à s’ouvrir et s’adapter aux autres ? La stabilité physique et l’intégration sous-régionale doivent constituer pour chacun de nos peuples des réalités avec lesquelles il faut bien composer. A moins de vouloir continuellement jouer les assaillants du désert qui… changent.

Trop d’accords ont été signés, puis foulés aux pieds pour des raisons pas toujours claires aux yeux des autres peuples environnants. Entendra-t-on un jour le sanglot des peuples qu’on dit défendre avec les armes ? Il est vrai que des deux côtés, il y a des limites que chacun semble ne pas vouloir dépasser, des clauses dont la responsabilité peut dépasser la simple délégation. Mais alors, quelle est donc la force du mandat avec lequel on vient négocier à Ouagadougou ? Que signifient ces voyages incessants à Kidal et Bamako soi-disant pour consulter ? Nous sommes en l’an 2013 et il y a tant de technologies à notre portée pour communiquer. Qu’on mette plus de sérieux dans ces négociations, et qu’on accepte de se respecter et de se faire confiance !

Surmonter les préjugés

Les deux délégations avaient laissé croire au tout début qu’elles seraient aptes à poursuivre les échanges sans intermédiaire. Finalement, il aura fallu laisser sa place au médiateur de la CEDEAO qui, aujourd’hui, pilote véritablement les échanges. Dans ces volte-face dont il est désormais coutumier lors des tentatives de médiation, Blaise Compaoré sait bien qu’il joue à chaque fois sa crédibilité de médiateur.

La France, qui a pratiquement fixé la date buttoir du 28 juillet pour le scrutin présidentiel au Mali, ne s’en trouve pas moins dans des eaux troubles. Nul n’ignore en effet, que depuis les indépendances, la position de l’ancienne puissance coloniale est demeurée ambiguë par rapport à la question touarègue. Les Français qui, en général, ont toujours eu un faible pour les « hommes bleus » du désert, savent qu’au plan diplomatique, ils risquent gros dans cette affaire qui divise Africains de culture arabe et ceux de la partie sub-saharienne du continent.

Les Touaregs et ceux qui disent défendre leur cause doivent comprendre qu’en dépit des sympathies dont ils peuvent se prévaloir, il leur faudra œuvrer de manière à trouver leur place auprès des sociétés noires de l’Afrique sub-saharienne. Chacun, de son côté, doit faire l’effort de surmonter les préjugés nés des périodes sombres de l’esclavage et de la brutale nuit coloniale.

Publié le mercredi 12 juin 2013

Source : « Le Pays »