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Derrière AQMI et les nouveaux terroristes qui ont envahi la zone se dresse l’ombre tutélaire de certains grands de ce monde qui ne désespèrent pas eux aussi de tirer leurs marrons du feu. C’est donc un conflit à multiples tiroirs qui se déroule au Mali, et, seuls des négociateurs ayant plusieurs cordes à leur arc peuvent espérer y apporter un début de solutionnement avant un éventuel « nettoyage » du carré des irréductibles.

jpg_une-825.jpgLa fin de non recevoir opposée par le Conseil de sécurité de l’ONU à la demande des chefs d’Etat de la CEDEAO « d’avaliser » et de sponsoriser la guerre que certains d’entre eux veulent déclencher pour résoudre la crise malienne apparait comme un avertissement sans frais ni protêt pour tous ceux qui ont opté pour la voie belliciste dans le cadre du règlement de ce conflit. Un avertissement qui n’est pas le fait du hasard si tant est que les Occidentaux ne sont pas pressés de déclencher une nouvelle croisade interminable contre les islamistes avec cette fois le désert sahélo-saharien pour théâtre d’opération.

Car, et nos généraux de salon et autres éditorialistes boutefeux l’oublient trop commodément, c’est à cette extrémité que risque de nous conduire une guerre ouverte contre ceux qui tiennent le Nord Mali et entendent en faire une base arrière pour défendre d’autres « causes » plus nobles à leurs yeux, dont principalement la « mère de toutes les batailles » (le conflit israélo-palestinien) et accessoirement le sort de l’Iran qui est engagé depuis deux décennies dans un bras de fer avec l’Occident avec comme pomme de discorde, la bombe nucléaire que Téhéran rêve de s’approprier pour briser l’hégémonie israélienne au Proche et Moyen Orient ou à tout le moins instaurer l’équilibre de la terreur dans cette partie du monde pour faire avancer la cause de l’Etat palestinien.

Ce qu’on appelle de nos jours « l’islamisme armé », n’est en effet qu’un avatar du conflit « asymétrique » que Téhéran et avant lui Bagdad avec SADDAM Hussein et plus loin le Caire avec NASSER livrent à l’Occident pour faire rayonner la culture arabo-perse et obliger Israël à reconnaitre un Etat palestinien à ses côtés. Du Hezbollah libanais à AQMI en passant par l’Al QAIDA « originel » d’Oussama Ben LADEN, tous ces groupes armés ont pour but principal de faire avancer ce dossier en semant le « bordel » à travers le monde pour se faire entendre. Les guerres entreprises jusque-là pour les anéantir, ayant tourné en des conflits cauchemardesques avec d’immenses pertes en vies humaines, l’Occident, depuis l’avènement de l’administration Obama, en est arrivé à la conclusion que le renseignement et les actions ciblées étaient plus efficaces, surtout, quand, dans le même temps, on négociait avec les terroristes sur certains points jugés mineurs.

Et, sans parti pris, on a vu que cette option avait du « bon » avec l’élimination de Ben LADEN en 2011 et plus récemment du numéro 2 d’Al Qaeda. Avec la logistique déployée en Afghanistan et au Pakistan, les Occidentaux ont fini par y maitriser le terrain y compris les zones tribales à cheval entre le l’Afghanistan et le Pakistan que les djihadistes, Ben LADEN en tête ont déserté pour des zones « vierges » et plus sûres comme le Golfe d’Aden en Somalie et donc l’immense bande désertique sahélo-saharienne où il est facile de faire son « nid » entre deux dunes de sable quasi-identiques devant lesquelles le drone le plus sophistiqué pourrait perdre la « boussole ».

C’est cette donne qu’il faut intégrer dans le conflit malien pour en prendre la pleine mesure, plutôt que de se cantonner dans des analyses « primaires » sur fond de nationalisme outragé et de dignité « nègre » à recouvrer. L’affaire est plus corsée que cela, et, un conflit frontal, s’il aura l’avantage de libérer les principales villes prises par les rebelles, ne pourra sécuriser la zone avant un demi siècle voire plus au minimum. Car, derrière AQMI et les nouveaux terroristes qui ont envahi la zone se dresse l’ombre tutélaire de certains grands de ce monde qui ne désespèrent pas eux aussi de tirer leurs marrons du feu. C’est donc un conflit à multiples tiroirs qui se déroule au Mali, et, seuls des négociateurs ayant plusieurs cordes à leur arc peuvent espérer y apporter un début de solutionnement avant un éventuel « nettoyage » du carré des irréductibles.

Et, n’en déplaise à tous les « négociateurs » qui rêvent de se faire une réputation avec cette crise, Blaise COMPAORE présente le profil idéal, et, il l’a démontré en recevant tour à tour le MNLA puis des représentants d’An sardine qui ont fait amande honorable en acceptant d’aller à la table des négociations. Avec les liens que son ministre des Affaires étrangères a tissés avec le Qatar lors de sa mission au Darfour, ses chances de succès se multiplient, quand on connait le poids de ce pays au Moyen et Proche Orient. Alors, messieurs les « guerriers », laissez faire les connaisseurs si comme vous le prétendiez, c’est l’intérêt du Mali qui vous guide. A bon entendeur…

L’Opinion

Source : Lefaso.net, le 21 Juin 2012