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Entre la baisse des rendements, le renchérissement des coûts des intrants et les subventions aux producteurs des pays développés, le coton africain vit des heures difficiles. Pourtant tout espoir n’est pas perdu.

Autrefois appelé «or blanc», le coton africain aujourd’hui ne peut plus se prévaloir d’une comparaison avec le métal jaune. En moins d’une décennie, il a perdu plus de la moitié de sa valeur.

Réunis à Bamako du 19 au 20 février, les membres du Comité directeur de l’Association cotonnière africaine (ACA) se devaient de poser le diagnostic en vue de trouver des solutions idoines.

La rencontre qui a regroupé les directeurs des plus grandes sociétés cotonnières africaines a été couronnée par un déjeuner de presse qui a permis à l’opinion de se faire l’idée de l’ampleur du mal.

Selon le Tchadien Ibrahim Malloum, ancien président de l’ACA et actuellement membre de la société Somdia basé à Paris, c’est l’anéantissement des filières africaines qui se prépare si rien n’est fait pour arrêter le cours des choses.

Chaque année, les Etats-Unis accordent 4 milliards de F Cfa à leurs producteurs de coton qui sont ainsi encouragés à produire plus pour inonder le marché. L’offre étant supérieure à la demande, les prix baissent.

Et les pays africains, malgré la qualité de leur coton, n’arrivent pas à vendre à un prix rémunérateur leurs productions. En l’espace de quatre ans le prix d’achat du coton graine aux paysans est passé de 210 F Cfa par Kg à 165 F Cfa au Mali.

Au Burkina Faso, il est aujourd’hui à 145 F Cfa. Et toutes les sociétés cotonnières africaines ont connu des baisses drastiques. C’est ce qui a fait dire à Célestin Tiendrebeogo, PDG de la Société Burkinabé des fibres textiles (Sofitex) et président de l’ACA, que les sociétés cotonnières africaines ont atteint leurs limites de réduction des charges.

La baisse des revenus a amené certains paysans à abandonner la culture du coton ou à réduire leurs superficies cultivables. Ainsi, l’Afrique qui produisait en 2004 jusqu’à 1,2 million de tonnes de fibres en est actuellement à 600 000 tonnes de fibres.

Le coton africain reste tributaire des aléas climatiques et connaît actuellement une chute de rentabilité consécutive à la baisse de la fertilité des sols. Pourtant, tout espoir n’est pas perdu selon Damase Buchi, représentant la société Dunavant en Zambie.

Le coton peut profiter du renchérissement du prix du pétrole pour concurrencer les fibres synthétiques. Et aussi avec l’avènement du biocarburant, les producteurs américains se détournent peu à peu du coton pour investir dans cette nouvelle filière rentable.

Les estimations actuelles prévoient une baisse de la production mondiale, ce qui plaide en faveur d’une hausse des cours par le jeu de l’offre et de la demande. Conscients que les problèmes du coton africain ne peuvent trouver de solutions durables sans l’appui des leaders politiques, les membres de l’ACA ont sollicité le président Amadou Toumani Touré qui les a reçus en audience avant-hier après midi.

Ils ont fait savoir au président malien que l’ensemble des sociétés cotonnières africaines traversent actuellement une crise profonde dont les causes sont entre autres : les subventions des pays développés, le taux de change euro-dollar, le renchérissement du coût des intrants, la baisse des rendements…

Le président ATT qui a affirmé partager leurs analyses les a assurés de son soutien inconditionnel. Il a expliqué aux directeurs des sociétés cotonnières africaines qu’il soumettrait prochainement à ses pairs de l’UEMOA l’initiative de créer un cadre de concertation dédié exclusivement à la question du coton.

F.Traoré

22 février 2008.