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Raila Odinga, le Premier ministre kényan, dit avoir eu des discussions utiles à Abidjan avec Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara. Cela voudrait-il dire que Gbagbo a enfin accepté de céder le pouvoir à son rival ? Sinon, de quel progrès parle-t-il ? A quel compromis a-t-il abouti avec les deux protagonistes ? Après la Tunisie, la Côte d’Ivoire semble revenir au cœur des préoccupations de la communauté internationale. D’autres pays du continent se préparant à consulter l’électorat, il convient en effet de trouver une issue à cette crise qui mobilise bien des énergies et donne des céphalées aux plus patients et habiles négociateurs.

jpg_odinga-2.jpgEn ce qui le concerne, Odinga vient-il au bord de la Lagune Ebrié en émissaire résolu de l’Union africaine ou en médiateur ? En effet, une certaine ambiguïté entache le rôle du chef du gouvernement kényan. Le discours de celui-ci donne le sentiment aux plus sceptiques que Gbagbo dispose d’arguments convaincants au point de contraindre tout émissaire à reconsidérer sa position.

A moins d’une stratégie bien orchestrée et huilée, il y a vraiment de quoi se poser des questions. Ce second séjour en terre ivoirienne du Premier ministre kényan coïncide avec la réunion des chefs d’état-major de la CEDEAO à Bamako. De quoi se convaincre que l’intervention militaire est toujours à l’ordre du jour. Mais de quel partage du pouvoir parle-t-on ? Odinga chercherait-il à semer délibérement le doute dans les esprits ? Que se passe-t-il vraiment sur le terrain ? Le contenu des négociations aurait-il changé ?

Quelles décisions attendre alors de la rencontre de Bamako qui apparaît décisive ? On se rappelle, Odinga avait soutenu en début de mission qu’il n’était pas question de mettre en place un scénario de type kényan entendu au sens d’un partage du pouvoir entre vainqueur et vaincu, le fameux gouvernement d’union nationale. Aujourd’hui, il y a de quoi s’interroger sur la manière dont il conduit sa mission.

Il est vrai que Alassane Ouattara, le vainqueur reconnu par la communauté internationale, n’a jusque-là jamais écarté la possibilité d’ouvrir son gouvernement aux partisans de Laurent Gbagbo. Mais Gbagbo et ses partisans accepteront-ils vraiment de jouer les seconds rôles ? En d’autres termes, iront-ils jusqu’à admettre leur défaite et, par ricochet, reconnaître la victoire de leur adversaire « bandit » ? Rien n’est moins sûr.

Le symbole du pouvoir, autrement dit le palais de Cocody où Gbagbo a poussé racines, est aujourd’hui devenu une forteresse. Et il est hors de doute qu’après avoir goûté, de longues années durant, aux délices du libéralisme économique, le FPI et ses militants « socialistes » renonceront difficilement aux privilèges attachés à l’exercice du pouvoir. Surtout que la Cour pénale internationale attend de certains d’entre eux des explications sur les manquements graves constatés tout au long de leur gestion du pouvoir.

Au fur et à mesure que le temps passe, des doutes s’installent. Pourtant, le temps joue contre Gbagbo, en dépit des assurances qu’il voudrait donner à ses partisans. L’étouffement produit des effets et les sanctions, si elles frappent indirectement les populations, ne gênent pas moins les usurpateurs du pouvoir à Abidjan. La question ivoirienne était aussi à l’ordre du jour de la visite du Chef de l’Etat burkinabè, Blaise Compaoré, en France.

Le chef de l’Etat burkinabè, lui, est sans doute rentré ragaillardi de son séjour dans l’Hexagone. Lui et ses interlocuteurs ont dû passer en revue les stratégies à mettre en œuvre pour finaliser certains dossiers préoccupants dont celui de la crise ivoirienne. A la veille du sommet de l’UEMOA, une telle rencontre avait sans doute paru nécessaire pour clarifier bien des points.

La sous-région et le continent attendent peut-être du soutien de Paris pour résoudre quelques problèmes d’intérêts communs. Blaise Compaoré, bien écouté de ses amis européens, aura certainement de quoi alimenter l’ordre du jour du prochain sommet sur la crise ivoirienne. De plus en plus, on sent la nervosité dans l’air chez les partisans de Gbagbo.

Jusque- là, ils ont pillé, provoqué, harcelé, gazé, détenu et massacré. Leurs adversaires n’ont jamais cédé à leurs caprices. Pris par leurs propres pièges, ils ne savent désormais plus où donner de la tête. Comment en finir ? Renoncer aux noirs desseins ou poursuivre le chemin périlleux d’une aventure désormais vouée à l’échec ? Il est certain que les menaces proférées jusque-là ne produiront plus jamais les effets escomptés.

Que ce soit les chantages économiques et financiers, le retrait de la zone franc avec la création éventuelle d’une monnaie nationale, plus rien n’effraie désormais. Certes, les populations ivoiriennes souffrent des effets de la crise. Mais elles savent aujourd’hui où se situent leurs intérêts et qui pourrait les aider à s’en sortir. Il est également vrai que les importations et les exportations qui transitent par le port d’Abidjan connaissent quelques difficultés.

Mais, elles ne sont pas nouvelles. Les opérateurs économiques, notamment ceux du Burkina, du Mali et du Niger, ne pourront que revenir aux recours alternatifs vécus au tout début de la crise ivoiro-ivoirienne, lorsque l’armée ivoirienne était aux prises avec les anciennes forces rebelles. Nul doute que d’autres initiatives permettront de contourner les nouveaux obstacles. Si le pouvoir du FPI tient à ne plus bénéficier de la solidarité des autres pays membres, ils sauront bien s’en passer. Rira bien qui rira le dernier.

« Le Pays »

19 Janvier 2011.

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Crise post-électorale : Les propositions de Raila Odinga à Gbagbo et Ouattara

L’émissaire de l’Union africaine (Ua) a fait des propositions hier mardi 18 janvier 2011 au président proclamé vainqueur de l’élection présisdentielle par le Conseil constitutionnel, Laurent Gbagbo, et son rival, Alassane Ouattara, a indiqué à l’Agence France Presse (Afp), le porte-parole du Premier ministre kenyan, Salim Lone. Mais la situation reste floue malgré l’annonce de « progrès » dans la médiation engagée par l’émissaire de l’Ua, le Premier ministre kenyan, Raila Onding.

« Je ne souhaite pas donner l’impression qu’une grande percée est sur le point d’avoir lieu » a laissé entendre M. Lone, indiquant tout de même que l’émissaire du l’Ua « est plus optimiste » dans ce deuxième round que lors de sa première visite à Abidjan, en compagnie des présidents sierra léonais, Ernest Bai Koroma, capverdien, Pedro Pires, et béninois, Yayi Boni, le 3 janvier dernier.

jpg_odinga-3.jpgCes discussions avaient été infructueuses. Présent dans le pays jusqu’à aujourd’hui ou demain jeudi, le porte parole de Raila Oding a soutenu que son patron « attend de voir ce qui va ressortir des propositions qu’il a faites » lundi dernier à Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, très soutenu par la communauté internationale, à l’issue du second tour de la présidentielle ivoirienne, le 28 novembre 2010.

Aucune précision n’a été faite sur la nature des propositions faites aux deux camps par Raila Oding. Propositions qui consistaient dans un premier temps à les réunir autour d’une table de discussions. Le Premier ministre kényan est à Abidjan depuis lundi, pour tenter, de rapprocher Laurent Gbagbo Alassane et Ouattara. Une solution que le camp présidentiel serait prêt à accepter, selon le porte parole du gouvernement ivoirien, Ahoua Don Mello.

A en croire l’AFP qui rapporte l’information, le camp du président Gbagbo serait prêt à « accepter une offre de dialogue entre les deux camps » pour sortir de la crise post-élecotrale, renvoyant ainsi la balle à son adversaire. Il a estimé que tout dépendait du camp de M. Ouattara.

jpg_odinga-ado-2.jpgCeux-ci, par la voix de Anne Désirée Ouloto, porte-parole d’Alassane Ouattara, a posé une condition à la tenue d’un tel dialogue : « nous sommes tous pour le dialogue (…) s’ils (le camp Gbagbo, ndlr) sont prêts à reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara, alors le dialogue serait constructif ».

Jusqu’à la mi-journée hier, l’émissaire de l’UA n’était pas certain d’avoir de nouveaux entretiens avec les deux protagonistes. Le porte parole de M. Odinga a affirmé que la durée des discussions dépendra des « bons progrès » qu’il enregistrera. Raila Odinga a rencontré dans la même journée, les ambassadeurs de pays membres du conseil de sécurité des Nations Unies. Le Premier ministre kenyan devrait quitter Abidjan ce mercredi dans la matinée, après une conférence de presse à l’aéroport Félix Houphouët Boigny.

Hervé KPODION

L’Inter du 19 Janvier 2011.