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Réunis samedi à Ouagadougou, des dirigeants de la Communauté ouest-africaine ont exigé un gouvernement d’union nationale d’ici au 31 juillet, sous peine de sanctions. Et demandé à la Cour pénale internationale de poursuivre les criminels de guerre dans le nord du pays

Tous les regards étaient tournés samedi vers Ouagadougou où se tenait une rencontre du groupe de contact sur la situation dans notre pays. Il s’agissait de la deuxième réunion du groupe de contact convoquée par le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) dans la crise malienne.

Cinq autres chefs d’Etat ont participé à la rencontre : Thomas Boni Yayi (Bénin), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Mahamadou Issoufou (Niger), Goodluck Ebélé Jonathan (Nigeria), Faure Essozimna Gnassingbé (Togo). Les chefs d’Etat se sont réunis à Ouagadougou avec des représentants des « forces vives » (partis, syndicats, associations), mais en l’absence du président de la Transition Dioncounda Traoré et du Premier ministre Cheick Modibo Diarra qui venait d’effectuer une visite de travail au Maroc (voir article A. O. Diallo).

Le forces vives et de la société civile étaient représentées par l’Assemblée nationale, le Haut conseil des collectivités territoriales, les partis politiques représentés ou non à l’Assemblée nationale (ADEMA/PASJ, URD, PARENA, PDES, UDD, UMAM, CNAS-FASO HERE, UFDDP, CODEM, PSP, URP, CR, PE), le Collectif des ressortissants du nord (COREN), la CAFO, la FENACOF, le Réseau paix et sécurité des femmes de l’espace CEDEAO/Mali, l’Alliance des femmes pour un Mali uni, l’APDF, la Maison de la presse, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), le secteur privé, le Conseil national des jeunes.

Le président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo, son homologue de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Cheick Adjibou Soumaré, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Saïd Djinnit et le représentant de l’Union européenne, Manuel Lopez Blanco ont également participé aux travaux en qualité d’observateurs.

Officiellement, l’objectif du sommet était de renforcer les institutions de la Transition jugée en situation « précaire », pour enfin affronter la crise dans le Nord. Les chefs d’Etat de la sous-région ont invité les « forces vives » à faire des propositions au président de la Transition en vue de la formation avant le 31 juillet 2012 d’un gouvernement d’union nationale, chargé d’appliquer une feuille de route de sortie de crise.

Si ce délai n’est pas respecté, la Cédéao ne reconnaîtra plus le gouvernement et le pays sera suspendu de toutes les organisations sous-régionales, a indiqué une source proche du sommet à nos confrères de l’Agence France Presse (AFP). Le sommet a appelé à organiser le retour au pays du président Dioncounda Traoré et à « assurer sa protection », et réclamé des poursuites contre les auteurs de sa violente agression le 21 mai.

Le président Blaise Compaoré et ses homologues ont aussi interpellé la CPI, souhaitant des poursuites contre les auteurs de crimes de guerre dans le Nord. Le procureur de la Cour pénale internationale, Mme Fatou Bensouda, avait déclaré le 1er juillet que la destruction de lieux saints musulmans par les islamistes à Tombouctou était un crime de guerre passible de poursuites de la CPI.

Les chefs d’Etat ont condamné les destructions de lieux saints musulmans à Tombouctou par les islamistes et souhaité un fonds spécial pour restaurer ces monuments classés par l’Unesco au patrimoine mondial en péril. Ils ont aussi lancé un appel pressant pour « un arrêt complet des hostilités avant le début du mois de Ramadan », soit d’ici une quinzaine de jours, alors que le médiateur a engagé des discussions avec les groupes armés.

Ces membres du groupe de contact sur le Mali ont enfin exhorté le président Dioncounda Traoré à adresser « sans délai » une requête à la Cédéao et aux Nations unies en vue du déploiement d’une force de la Communauté pour soutenir l’armée malienne dans sa mission régalienne de défense du territoire national. La Communauté ouest-africaine se prépare à une éventuelle intervention armée régionale pour reconquérir le Nord.

A cet effet, une mission technique est arrivée à Bamako. (lire article S. Konaté). Mais cette opération complexe, lourde et coûteuse tarde à recueillir l’onction de l’ONU. Dans une résolution adoptée jeudi, le Conseil de sécurité « soutient pleinement » les efforts régionaux et prône des sanctions contre les alliés d’Al-Qaïda, mais ne donne pas encore de mandat pour une telle force. Le président Compaoré a voulu rassurer : les soldats de la Cédéao n’iront pas au Mali « comme des cow-boys » mais « pour être utiles aux Maliens » et travailler avec eux.

En l’absence du Premier Cheick Modibo Diarra, le gouvernement était représenté à Ouagadougou par le ministre en charge de l’Intégration africaine, Mme Traoré Rokiatou Guikiné. Parallèlement au sommet, la situation dans notre pays était au coeur de discussions entre le chef de la diplomatie mauritanienne, Hamadi Ould Baba Ould Hamadi, arrivé samedi à Alger, et son homologue algérien Mourad Medelci, dont le pays est jugé incontournable dans le règlement de la crise.

Synthèse de S. TOGOLA


Résolutions de la rencontre de Ouagadougou : Les grandes lignes

Le Groupe de contact a adopté plusieurs décisions et recommandations visant à rétablir l’intégrité territoriale du pays, sécuriser les institutions et assister le pays pour l’organisation d’élections présidentielles justes, transparentes et crédibles sur la base d’une feuille de route Il ressort du communiqué final publié à l’issue de la rencontre de Ouagadougou que la réunion du Groupe de contact sur le Mali s’est tenue conformément à la recommandation du 41ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, tenu à Yamoussoukro les 28 et 29 juin 2012, et qu’elle visait à faciliter la mise en œuvre des « recommandations pertinentes » de ce sommet.

A savoir, rétablir l’intégrité territoriale du Mali, sécuriser les institutions et assister le pays pour l’organisation d’élections présidentielles justes, transparentes et crédibles sur la base d’une feuille de route. Afin de favoriser la mise en œuvre de ces objectifs, les chefs d’Etat ont mandaté le médiateur, avec le soutien du Groupe de contact, de mettre en place en urgence un cadre de consultation avec la participation de toutes les parties prenantes notamment les forces vives et la société civile.

Toujours selon le communiqué, les membres du Groupe de contact ont entendu les messages du gouvernement, des forces vives et de la société civile. Dans leurs messages, ces différents acteurs de la vie sociopolitique « ont exprimé leur profonde préoccupation face à la persistance de la double crise sécuritaire et institutionnelle que vit le Mali ».

Ils ont, en particulier, souligné les souffrances subies par les populations du nord du fait de l’occupation de cette partie du pays par des mouvements armés et des groupes criminels. Concernant le processus de sortie de crise, les acteurs socio-politiques ont réitéré leur volonté de trouver une solution rapide de sortie de crise.

A cet égard, ils ont « souligné l’urgence d’œuvrer à la stabilisation des institutions républicaines et la nécessité de former un gouvernement d’union nationale, ainsi que l’urgence de réorganiser et de renforcer les capacités opérationnelles de l’armée avec le concours de la CEDEAO et de la communauté internationale ».

Le communiqué précise que les chefs d’Etat du Groupe de contact et le médiateur ont pris acte des préoccupations et des visions de sortie de crise exprimées par les acteurs sociopolitiques maliens et, après délibération, sont parvenus à des conclusions et recommandations. Il est ainsi fait cas de la nécessité d’une consolidation de l’ordre constitutionnel et de la continuité de l’Etat.

A ce propos, le Groupe de contact se réjouit du retour à l’ordre constitutionnel et demande à la CEDEAO de prendre des mesures spécifiques, de concert avec le gouvernement malien, afin de protéger et de consolider les institutions de la République et d’assurer leur fonctionnement régulier.

La CEDEAO est invitée à appuyer le gouvernement en vue d’organiser le retour au pays du président de la Transition, Dioncounda Traoré, et d’assurer sa protection et son intégrité physique. Les chefs d’Etats membres du Groupe de contact soutiennent la demande des forces vives (des partis et d’organisations de la société civile) et les invitent à procéder à des consultations et à formuler au président de la République par intérim des propositions en vue de la formation avant le 31 juillet 2012 d’un gouvernement d’union nationale chargé de la mise en oeuvre d’une feuille de route de sortie de crise.

Prorogation de mandats : Il est demandé au gouvernement de prendre des mesures nécessaires, avec l’appui de la CEDEAO, pour rétablir l’autorité et l’administration de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. Par ailleurs le gouvernement doit adopter, sans délai, une feuille de route devant conduire à une sortie de crise apaisée par le recouvrement de l’intégrité territoriale et l’organisation d’élections justes, transparentes et crédibles auxquelles le président par intérim, le Premier ministre et les membres du gouvernement de transition ne seront pas candidats. Toujours par rapport à la situation institutionnelle, il est demandé au gouvernement de saisir l’Assemblée nationale en vue de la prorogation du mandat des membres du Haut conseil des collectivités territoriales et du Conseil économique, social et culturel.

Pour ce qui est de la gestion de la crise au Nord, le Groupe de contact rappelle que l’intégrité territoriale et la souveraineté du Mali, ainsi que la laïcité de l’Etat et la liberté de religion sont non négociables. Il lance un appel solennel à l’ensemble des acteurs sociopolitiques maliens, y compris aux mouvements armés occupant abusivement le nord du pays, afin qu’ils privilégient le dialogue et œuvrent de concert pour préserver la cohésion sociale et l’unité nationale.

Il exhorte, par conséquent, les mouvements armés à se démarquer des groupes terroristes et de tout extrémisme, afin de permettre un dialogue inclusif et une sortie de crise rapide. Le communiqué encourage le gouvernement à mettre en place une structure nationale chargée d’engager avec les mouvements armés du nord du Mali des pourparlers de paix sous les auspices du médiateur de la CEDEAO, afin de rechercher, par le dialogue, des solutions politiques négociées à la crise.

La CEDEAO est exhortée à apporter un soutien pour le renforcement des capacités de l’armée malienne, afin de lui permettre de s’acquitter de sa mission régalienne de défense du territoire national et de protection des institutions, des personnes et des biens.

Sous peine de sanctions :

Autre décision capitale : le président de la Transition doit adresser sans délai une requête à la CEDEAO et aux Nations unies en vue du déploiement d’une force de la CEDEAO pour soutenir l’armée malienne dans sa mission régalienne de défense du territoire national. Par ailleurs, les chefs d’Etat du Groupe de contact, très préoccupés par la situation humanitaire tragique dans le Nord du Mali, lancent un appel pressant à la Communauté internationale, pour apporter une aide humanitaire d’urgence aux populations du nord du Mali et aux personnes déplacées ou réfugiées dans d’autres pays, et l’exhorte à leur fournir une assistance humanitaire accrue et à soutenir la création d’un fonds d’assistance humanitaire.

A cette fin, ils demandent aux mouvements armés occupant le nord de faciliter les opérations d’assistance humanitaire engagées sous l’égide de la Communauté internationale. Ils les tiendront responsable de toute dégradation de la situation humanitaire dans le nord. Le Groupe de contact lance un appel pressant à toutes les parties prenantes à la crise pour un arrêt complet des hostilités avant le début du mois de Ramadan.

Il appelle les mouvements armés occupant le nord à mettre fin immédiatement à la destruction des monuments historiques de Tombouctou et invitent la communauté internationale à créer un fonds spécial destiné à la restauration et à la préservation de ces monuments qui sont classés dans le patrimoine mondial des biens culturels. Il demande la libération immédiate de toutes les personnes arbitrairement détenues et invite la Cour pénale internationale (CPI) à procéder aux investigations nécessaires à l’identification des auteurs de crimes de guerre et à engager les poursuites nécessaires à leur encontre.

Ils encouragent le gouvernement, les mouvements armés occupant la partie septentrionale du pays, ainsi que les autres acteurs socio-politiques à mettre pleinement en oeuvre les dispositions pertinentes de la résolution 2056 (2012) du Conseil de sécurité des Nations unies du 5 juillet 2012. Les chefs d’Etat membres du Groupe de contact rappellent que tous ceux qui s’opposeront au bon déroulement de la Transition et aux décisions de la CEDEAO s’exposeront à des sanctions individuelles ou collectives.

S. T

lundi 9 juillet 2012, par La Rédaction

Essor