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L’attaque du 17 janvier dernier par les rebelles au nord Mali a marqué le démarrage d’un rouleau compresseur qui a trainé notre pays dans une crise institutionnelle sans précédent. La particularité de cette crise est qu’elle a trouvé sa source dans l’occupation de près des 2/3 du territoire national par des groupes armés qui s’est soldée par un coup d’Etat. La crise politique s’est manifestée par la présence des militaires sur le terrain politique, mais aussi par la formation de regroupements politiques dont deux se regardent en chiens de faïence : la Convergence des patriotes pour le Mali (Copam) et le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (Fdr). Ce dernier regroupement vient de céder à une pression des leaders religieux et des notabilités lui demandant de renoncer à la marche qu’il préparait pour le mardi 29 mai. Donc les leaders religieux peuvent. N’est-ce pas une piste de solution à la crise malienne ?

Les choses ont mal tourné le 29 mars 2012, quand les jeunes manifestants pro-putschistes se sont opposés à l’atterrissage de l’avion des chefs d’Etat de la CEDEAO à l’aéroport de Bamako Sénou. Au même moment, les militants anti-putschistes regroupés au sein du FDR ont été chassés de la bourse du travail à coups de jets de pierre par les partisans du coup d’Etat qui a mis fin au régime « incompétent » du Président Amadou Toumani Touré.

Dès lors, s’étaient forgés deux courants aux visées opposées et à l’adversité qui frise l’animosité. Entre les deux existe un courant modéré, l’Alliance des démocrates patriotes pour la sortie de crise (Adps) qui n’est accepté ni par la Copam, encore moins par le Fdr, et vice-versa. Or un apaisement du front politique nécessite d’arrondir les angles entre ces différentes tendances politiques, sur le paysage politique malien.

Et la stabilité, ainsi que le fonctionnement régulier des institutions de la République en dépendent. Les manifestations populaires du 21 mai dernier qui ont débouché sur une agression barbare du président de la République n’étaient qu’une face visible de l’iceberg dramatique qui guète le pays, si rien n’est fait. Il est bon de voir l’intervention décisive des leaders religieux (musulmans, chrétiens), les notabilités, les familles fondatrices de Bamako qui ont empêché une riposte du Fdr, en rencontrant le 28 mai, soit la veille de la marche, les responsables du regroupement anti-putschiste, comme étant une jurisprudence positive. Le report de cette marche du Fdr a épargné au pays un autre saut dans l’inconnu.

Qui sait ce que réservait cette manifestation qui n’était voulu que pour être une démonstration du fait majoritaire, un soutien à la démocratie et pour le fonctionnement régulier des institutions ? Sans présager de ce qu’elle pouvait contenir, le moins que l’on puisse affirmer est que le report de la marche du Fdr fut un ouf de soulagement pour des milliers de Maliens, même si il n’a pas été du goût de certains jeunes décidés à relever un tant soit peu les défis.

La médiation des religieux et des notabilités de Bamako a été salutaire et mérite de se poursuivre en direction des autres regroupements politiques, comme la Copam et l’Apds, tout en gardant la stricte neutralité. Il n’y a aucune raison que la même démarche de médiation qui peut réussir à Bamako, ne réussisse au nord Mali, en direction des rebelles du MNLA et d’Ançar Dine. N’oublions pas que c’est sous la médiation du Haut conseil islamique que les démarches auprès d’Iyad Ag Ghali ont abouti à la libération des militaires maliens qui étaient détenus prisonniers de guerre au nord Mali. Alors, les religieux peuvent au nord comme au sud, pour peu qu’ils aient l’appui politique des leaders des partis qu’ils doivent au préalable convaincre à les épauler. Aucune dispersion des forces n’est permise au moment où le pays frôle la guerre civile et qu’il est porté atteinte à son intégrité territoriale.

Aguibou Sogodogo / Boukary Daou

31 Mai 2012