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« La crise financière internationale et marchés émergents : menaces ou opportunités ? » Tel était le thème de la première conférence économique annuelle d’Attijariwafa Bank le 13 novembre dernier à Casablanca au Maroc. Une conférence qui a regroupé des sommités du monde des finances.

Selon Mohamed El Kettani, PDG du Groupe Attijariwafa Bank, l’objectif de la première édition de cette conférence était : de donner plus de visibilité aux opérateurs dans un environnement économique mondial tumultueux.

Parmi les personnalités et les experts qui ont animé la conférence, on peut citer : Alexander Adler, historien, conseiller éditorial à la direction du « Figaro », spécialiste des questions géopolitiques ; Gildas de Nercy, responsable de la recherche Exane Derivatives chez BNP (une entreprise d’investissement indépendante spécialisée sur 3 métiers : l’intermédiation actions ; les dérivés actions ; l’asset management) ; Eui-Gak Hwang, professeur d’économie en Corée du Sud ou encore Jacques Attali, ancien conseiller du président français Mitterrand, ancien président de la Banque européenne d’investissement et président de PlaNet Finance, une organisation internationale dont la mission est de lutter contre la pauvreté.

« Conscient de son rôle et de sa responsabilité, le groupe Attijariwafa Bank souhaite consolider son engagement auprès des opérateurs économiques en tant que générateur de débats sur les enjeux de l’économie marocaine mais également régionale et internationale » , a dit le PDG à la cérémonie d’ouverture.

« Construire, rester mobilisé et agir » doivent servir de leitmotiv pour la période à venir car « nous avons toutes les conditions et les outils nécessaires d’adaptation à la situation », a dit Adler qui a, par la même occasion, appelé à rejeter toute attitude de frilosité ou de repli sur soi et à la mobilisation de tous les acteurs pour conforter les choix fondamentaux et accompagner la politique publique de promotion des investissements et de la consommation interne, du maintien de la diversification économique, de la poursuite du soutien à la PME et de la promotion de l’éducation.


Comme le Mur de Berlin

Jacques Attali, qui intervenait, en duplex, depuis Paris, de son côté, ajoutera que le Maroc dispose de nombres d’atouts pour réussir ce challenge. L’année 2009 connaîtra un ralentissement de la croissance dans le monde, a-t-il noté, expliquant qu’elle devra se traduire pour les pays du Sud par un tassement des investissements, un recul des transferts des migrants et une diminution de l’activité touristique.

L’intervention de M. Attali, avait été précédée par les exposés de l’expert français Gilda De Nercy et du professeur sud-coréen Eui-Gak Hwang sur « L’analyse économique de la crise financière » et « Les réactions des marchés asiatiques émergents ».

La dimension géostratégique de la crise devait, elle, être abordée par l’historien français Alexandre Adler, aux yeux de qui, « l’actuelle crise n’équivaut pas à la fin du capitalisme mais celle d’un certain capitalisme ». « C’est la fin d’un monde. Et la fin d’un monde n’est pas la fin du monde », dira Adler.

Selon M. Adler, la crise actuelle a causé des bouleversements aussi importants que la chute du mur de Berlin ajoutant que ce tsunami mondial ne mènera pas vers l’apocalypse mais vers une révision des règles du jeu. « Et pourtant, nous ne sommes pas à la fin du capitalisme ! », dit-il.

Les conséquences de la crise dans les pays émergents seront différentes selon la politique économique adoptée, a-t-il fait remarquer, précisant que les pays qui ont tout misé sur l’export et délaissé le développement industriel et le développement du marché interne seront les plus touchés.


Des intervenants de qualité


Alexandre Adler

Historien, conseiller éditorial à la direction du « Figaro », spécialiste des questions géopolitiques est un historien de notoriété mondiale et grand spécialiste des questions géopolitiques. Dressant une analyse politique et géopolitique de la situation des principaux marchés émergents, il a notamment précisé que « le Maroc n’est pas touché par cette crise car il dispose d’un système bancaire ainsi que de banquiers raisonnables ». Comparant les impacts de ce « tsunami » planétaire à ceux de la chute du Mur de Berlin ou encore aux effets de la « bombe à neutrons », l’analyste estime que, désormais, les règles de l’économie mondiale vont changer avec l’avènement du socialisme là où on s’y attendait pas : les Etats-Unis.

Ceux qui sortiront gagnants de la crise ? « Le Brésil et la Chine, car ils n’ont pas misé sur une économie de rente, mais plutôt sur un développement industriel pérenne, contrairement aux ‘vrais perdants’ à l’instar de la Russie », estime Alexandre Adler.


Gilda de Nercy

Responsable de la recherche chez Exane BNP Paribas. Gildas de Nercy a pour sa part développé une « analyse économique sur la crise financière ». Pour lui, « les enjeux des mois qui viennent sont colossaux dans un contexte de dégradation rapide du contexte macroéconomique ». Car le monde aborde « une zone actuelle de forte incertitude qu’il faut gérer avec pragmatisme et talent en absorbant les excès de crédit, en sortant de la crise de liquidité des actifs risqués et en évitant la déflation ».

Pour sortir de cette crise, qui constitue la pire récession depuis 1945, selon le FMI, Gildas de Nercy estime que les interventions politiques des Etats seront décisives. Il préconise ainsi un scénario de sortie combinant projets politiques (baisse de taux, baisses des contraintes budgétaires et plans de soutien/relance) et plans de configuration du système financier à établir par les banques centrales. Mais pour lui, il faut surtout « ramener les banques à leur métier de base : distribuer les crédits de la manière la plus optimale possible ».

Eui-Gak Hwang

Professeur d’économie au Centre international pour le développement de l’Asie de l’Est, le Sud-Coréen Eui-Gak Hwang a analysé la situation des marchés émergents face à la crise financière mondiale en se focalisant sur les leçons tirées de la crise asiatique des années 1990.

Il a commencé en expliquant que la situation actuelle, à l’échelle planétaire, découle d’un assèchement généralisé de la liquidité suite à l’éclatement de la bulle immobilière américaine qui a conduit à la faillite des crédits hypothécaires (subprime). Mais pour le spécialiste sud-coréen « la liquidité est d’abord un phénomène psychologique avant d’être un phénomène monétaire ».

Estimant que « l’économie mondiale est aujourd’hui au bord d’une quasi-dépression, même si elle est brève (un an ou deux) », Eui-Gak Hwang a appelé à rétablir la confiance de la population des pays émergents, non seulement dans la politique gouvernementale, mais également dans la solidité des institutions financières. Ceci notamment à travers la promotion de la coopération, de la coordination régionales (trans-frontalières) et de la gouvernance efficace des entreprises et des institutions financières.


Jacques Attali

Economiste érudit, chercheur, auteur, ancien conseiller du président français François Mitterrand puis président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Jacques Attali est un fin connaisseur des arcanes de l’économie mondiale.

La très attendue intervention du fondateur et président de PlaNet Finance (organisation de solidarité internationale) s’est déroulée par visioconférence en direct de Paris. D’entrée de jeu, Jacques Attali confirme que « le Maroc est l’un des grands succès des dernières années notamment dans les secteurs du tourisme et de la banque ». Passée cette note d’optimisme, il a indiqué que, globalement, « cette crise mondiale est beaucoup plus grave que ce que l’on entend car elle ne fait que commencer et nous fera entrer dans une période, non seulement de récession, mais de dépression de l’économie mondiale ».

S’agissant de l’Afrique, l’économiste français indique qu’elle sera moins touchée par cette crise car elle connaît une forte dynamique de croissance doublée d’une non-exposition aux produits subprimes. Ceci dit, « le continent africain ne pourra pas ne pas être touché vu la baisse prévisible des investissements étrangers et des transferts des migrants » . Résultat : 2009 sera une année de très fort ralentissement

Alexis Kalambry

(envoyé spécial)
19 Novembre 2008