Partager


La crise du système éducatif malien est devenue la préoccupation de nombreux Maliens notamment des intellectuels dont une grande partie a élevé la voix samedi au Centre Djoliba pour égrener les tares, mais aussi faire des propositions.

Le Centre Djoliba a refusé du monde samedi. « L’école malienne : éléments pour réfléchir à sa re-fondation et à son développement » était le thème d’une conférence-débats qui y était organisée par l’association « Repères » en partenariat avec le Cercle de réflexion du Centre Djoliba.
La conférence était animée par le Pr. Issa Ndiaye, ancien ministre de l’Education nationale, et Modibo Diakité, ancien ministre du Travail et de la Fonction publique, historien et chercheur à l’ISH.

Cette conférence débats s’inscrit en droite ligne de la recherche d’une solution durable à la crise de l’école malienne. Pour Pr. Ndiaye, la réforme de 1962 demeure un repère pour notre système éducatif. « Il serait bien que l’on interroge de nouveau cette réforme afin d’y puiser une substance nourricière pour construire notre école ».

Selon Pr. Ndiaye, il y a trois enjeux à relever si nous voulons parvenir à une école stable et remplissant ses rôles d’éducation, de donner du savoir, etc. Ces enjeux sont la définition d’une vision politique et idéologique claire, le relèvement de la qualité des ressources humaines et l’enjeu linguistique, c’est-à-dire l’introduction des langues nationales dans le système d’enseignement. A en croire le Pr. Ndiaye, « ces trois éléments sont dialectiquement liés ».

De son côté, Modibo Diakité s’est beaucoup appesanti sur la conception africaine de l’école et la nécessité de l’introduction et de l’élargissement aux langues nationales à tous les niveaux de l’enseignement. Citant les exemples du Venezuela où toute la population sera bientôt alphabétisée et Cuba, où il n’y a point d’analphabète, M. Diakité a soutenu que « l’accès à l’éducation de tous les Maliens est une question de volonté politique ».

Cette conférence-débats a vu la participation d’hommes politiques maliens. Ainsi, la succession d’une pléiade d’anciens ministres de l’Education au micro a permis à l’assistance de comprendre la profondeur de la crise scolaire. Mais tous sont unanimes à dire que l’Etat doit rester la locomotive du système éducatif et que sa privatisation ou capitalisation, c’est-à-dire la création anarchique d’écoles par des privés, n’est pas une solution à encourager.

Pr. Ndiaye a révélé qu’il travaillait sur un projet tendant à l’amélioration des conditions salariales et sociales de l’enseignant et à extirper du corps, à travers une réglementation et contrôle d’aptitudes, tous ceux qui ne sont pas habilités à exercer le métier d’enseignant.

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette conférence-débats a permis à des intellectuels de haut niveau de passer au peigne fin le brûlot de l’éducation scolaire. Il y a bien longtemps que le Centre Djoliba n’avait rassemblé de telles personnalités de la culture et de la connaissance (Baba Akhib Haïdara, Younouss Hamèye Dicko, Mme Aminata Dramane Traoré, Dr. Simaga, Pr. Yoro Diakité, Oumar Mariko, Pr. Moussa Traoré, Victor Sy,, Mme Kéita Rokiatou Ndiaye, Kariba Dembélé, Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni.

Ce dernier a lancé au cours de la conférence-débats son dernier livre intitulé : « L’école malienne hier et aujourd’hui ». Cet ouvrage rassemble, entre autres, documents, le rapport de présentation de la réforme de 1962, le rapport et la résolution des séminaires de 1964 et de 1978.
Pour ces intellectuels, il est temps que le Mali reforme son système éducatif afin de l’adapter aux exigences du temps.

08 Septembre 2008