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La forte délégation algérienne a quitté Bamako mardi et c’est presque certain qu’elle n’invitera pas Cheick Modibo Diarra à passer ses prochaines vacances à Alger.

«Nous n’allons pas dialoguer éternellement. Nous devons aller vite. Le Mali est d’accord avec la position française». Cheick Modibo Diarra savait-il qu’il était en train de faire l’Histoire, lui voici deux mois était sur la ligne du dialogue tout azimut y compris celui qui pouvait mener à un « moratoire sur la charia » ? En tout cas, c’est en regardant droit dans les yeux Messahel, ministre délégué et chef de la délégation algérienne le visitant ce lundi que le Premier ministre a tenu ces propos. Une ligne qui n’a pas dû surprendre son hôte, parce que c’est une répétition de ce que la délégation malienne avait dit à New-York à l’Assemblée générale des Nations-Unies en septembre. Alger a appris depuis peu à s’accommoder des rebuffades du Mali autrefois angélique. En juillet, c’est en pleine séance de travail avec son homologue algérien que l’ex ministre Sadio Lamine Sow, créant un malaise mémorable dans la capitale des « pays du champ», dira qu’il est hors de question de biberonner la rébellion avant d’ajouter que tout le monde sait d’où et qui ravitaille Aqmi en vivres et carburant!

Niet au grand-frère tutélaire

Et puis ce lundi, l’entretien entre le ministère de la Défense du Mali et la délégation algérienne saluée, d’entrée de jeu, pour les efforts diplomatiques d’Alger en vue de la résolution pacifique de la crise du Nord malien mais des vérités ont été dites «entre amis». La délégation y a appris que le commun des Maliens ne voit pas en l’Algérie une solution mais un problème. Il lui sera aussi confirmé le oui pour le dialogue et la main tendue avec les Maliens de quelque bord qu’ils se trouvent, Ansardine ou Mnla. Mais à condition qu’ils déposent les armes et rentrent dans les rangs. Et zéro négociation avec Aqmi et Mujao considérés comme des groupes terroristes. Pour Messahel ainsi que les officiers supérieurs et les sécuritaires qui l’accompagnaient, le petit répit ne viendra que de l’audience accordée par le président de la République, assisté de Tieman Coulibaly et le colonel Yamoussa Camara, respectivement ministres des Affaires Etrangères et de la Défense. Une heure d’entretien courtois mais même là, il n’y aura pas eu de tête à tête avant les échanges ouverts aux suites.

Divergences maliennes

Le président malien y concède que la guerre ne peut être que l’ultime recours et que la négociation avec les Maliens de la rébellion a son approbation. Une bonne nouvelle pour Ansardine qui passe à Bamako pour le protégé d’Alger tout comme le Mnla passe pour celui de Paris ? Pas si vite. Car selon l’entourage de Cheick Modibo Diarra, aucune négociation n’est envisageable avec les terroristes. Et peu importe qu’Ansardine soit composé de Maliens, s’il est qualifié de terroriste, il sera combattu au même titre que Mujao et Aqmi. Cette ligne de tolérance zéro est aussi la ligne de fracture entre le Chef du gouvernement et la présidence qui incarne l’institution militaire. Et c’est là le problème : il va falloir que la partie malienne accorde ses violons, reconnaît un proche du dossier. Quoiqu’il arrive, la délégation algérienne n’aura pas entendu à Bamako les propos tenus par Nouakchott contre le règlement militaire de la crise du Nord malien. Signe des temps, on est loin de Tamanrasset 2011 où des chefs d’Etat majors tremblants de deux pays du champ accusés de prêter leur sol aux troupes françaises entendaient de leur homologue algérien en furie : « pas question de tolérer une intervention étrangère au Sahel ».

Adam Thiam

Le Républicain du 10 Octobre 2012