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Lors du 13ème forum qui s’est déroulé à Bamako, la semaine dernière, le président du Parena et non moins ancien ministre des Affaires étrangères du Mali, Tiebilé Dramé a présenté une communication en mettant l’accent sur des « discussions inter-maliennes inclusives » dans la gestion de la crise du nord. Une prise de position qui a retenu toutes les attentions au moment où la question du dialogue national fait débat au Mali.

« Crise du Nord : Négocier ? Avec qui ? Pour quels résultats ? Pour des discussions inter-maliennes inclusives ».

On ne le dira jamais assez : l’intervention française a stoppé une double aventure :

– celle des terroristes qui avaient programmé d’aller prier, le vendredi 11 janvier, dans une des grandes mosquées de Mopti après avoir pris Konna, l’aéroport et la base militaire de Sévaré,

– celle d’une coalition de partis et de groupes pro-putsch qui avaient planifié le renversement des institutions de Transition et l’avènement d’un régime d’exception avec la mise en place d’un « Conseil National de Transition pour le Changement » (CNTC), tel que clairement mentionné dans leur Plateforme rendue publique le 8 janvier à la Maison de la Presse.

Sans même attendre l’expiration de l’ultimatum qu’ils ont adressé, par voie de presse, au Président par intérim, à l’effet d’organiser des « concertations nationales immédiates », les partis et groupes favorables au coup d’Etat ont lancé, à partir du 9 janvier, des manifestations violentes qui ont paralysé Bamako et dont le point culminant devait être la neutralisation du Président, dans la nuit du 10 au 11 janvier 2012 peu après la prise de Konna par AQMI et alliés.
Cette double aventure aurait plongé le pays dans le chaos, l’anarchie et la guerre civile avec des conséquences inimaginables pour l’existence même de notre Nation.

Les Maliens soutiennent, unanimement, l’intervention française parce qu’elle nous libère de l’humiliation et de l’oppression mais aussi parce qu’ils savent ce qu’elle nous a épargné en termes de sang et de destruction.
Après les défaites infligées aux groupes terroristes, cette opération doit se poursuivre jusqu’à la sécurisation complète de l’ensemble du territoire malien. Toutefois, la France ne doit pas être seule à supporter le fardeau de la lutte contre le terrorisme international au Mali. L’Afrique et le reste du monde y prennent part sous la forme de la MISMA et de nombreuses contributions volontaires en hommes, en moyens logistiques et en argent.
La mutualisation pourrait se faire de la meilleure manière dans le cadre d’une opération onusienne dont le mandat sera clairement défini par une nouvelle résolution du Conseil de sécurité portant création d’une mission de sécurisation et de stabilisation au Mali, dont « Serval » devrait être l’épine dorsale.

Disons-le clairement, haut et fort, Serval, la MISMA et une opération onusienne ne seront pas suffisantes pour restaurer une paix durable après le tsunami que nous avons vécu depuis cette année 2012 de malheur : rébellion, effondrement de l’armée, coup d’Etat, effondrement de l’Etat, discrédit des institutions, partition du pays, occupation des ¾ du territoire national avec instauration d’un régime barbare et obscurantiste de négation complète des libertés et droits fondamentaux et des centaines de milliers de déplacés internes et de réfugiés.
Un indispensable processus politique doit être enclenché, sans délai, pour la refondation de la démocratie et des institutions et pour poser les jalons d’un nouveau Pacte national de paix, de réconciliation et de cohésion.
Le processus politique visera à crever les abcès, panser les blessures, tirer les leçons des secousses et des épreuves traversées, dessiner les contours du Mali post-crises et poser des fondations plus solides de l’édifice sur lequel reposera notre commune volonté de vivre ensemble.

Le premier volet du processus politique prendra la forme de discussions inter-maliennes pour résoudre la crise du Nord : il s’agira d’une mini-conférence nationale ou d’un congrès des communautés du Nord pour la paix, la cohabitation intra et intercommunautaire, la réconciliation et la cohésion nationales. Ce congrès regroupera les représentants de toutes les communautés du Nord : élus, société civile, chefs traditionnels, leaders religieux, dirigeants des femmes et des jeunes. Les groupes armés qui déposeront les armes et qui se plieront aux lois de la République, dont la Constitution est la première, devront être invités à y participer.
Rappelons, pour mémoire, que la Constitution de 1992 proclame que le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque et sociale (article 25).

Le congrès des communautés du Nord ne sera pas une session de négociations entre l’Etat et les groupes qui ont pris les armes. Il concernera les représentants des communautés Songhoy, Arabe, Touareg, Peule et ceux de la communauté noire Kel-Tamasheq.
Les conclusions de ce congrès des communautés du Nord seront soumises pour amendement et validation aux assisses de toutes les forces vives de la Nation afin de sceller un nouveau Pacte national de paix. Les questions de gouvernance et de sécurité, de représentation des collectivités, de lutte contre le crime organisé, de développement durable, d’intégration régionale et de réconciliation/cohésion devront être, entre autres, les sujets abordés lors du congrès.

Contribution présentée par Tiébilé Dramé, Président du PARENA, à la 13ème édition du Forum de Bamako.

Bamako, le 15 février 2013

Le Républicain du 21 Février 2013