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Incohérence, hésitations, tâtonnements…mis à rudes épreuves par les derniers développements de la crise du nord, les autorités de Bamako ne savent plus quelle démarche adopter. Pourtant, c’est une toute autre attitude qu’il faut pour faire face à la rébellion armée dans le septentrion du pays.

Et si la guerre était une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires ? A cette question on serait tenté de répondre par l’affirmative eu égard aux errements des hommes chargés de conduire les opérations sur le terrain et de négocier pour ramener la paix au nord.

Dimanche dernier, en tout cas, dans l’émission «Questions d’actualité» de notre confrère Salif Sanogo sur l’ORTM un pan de voile a été levé sur l’incohérence de la démarche du gouvernement malien dans la résolution de la crise du Nord.

Pour une fois, on peut certes féliciter la hiérarchie militaire d’être montée au créneau pour éclairer la lanterne de l’opinion publique sur les tenants et les aboutissants des négociations avec les hors-la-loi d’Ibrahim Bahanga.

Mais ce faisant les généraux Kafougouna Koné et Brahima Coulibaly, le chef d’Etat-major particulier du président de la République, ont montré toute la vanité de leurs démarches pour aboutir à un règlement définitif de la crise du Nord.

D’incohérence en incongruité, d’abord, pourquoi sauter Alger pour aller à Tripoli prendre langue avec Bahanga et sa clique, si l’on sait que depuis 1963, date de la première rébellion, l’Algérie a toujours été au centre des négociations avec les rebelles.

Ce pays a toujours été reconnaissant au Mali du président Modibo Kéïta de l’avoir aidé dans sa lutte de libération contre le colonialisme français en envoyant ses troupes épauler le FLN. L’Algérie doit également une fière chandelle au Mali dont la médiation dans son conflit avec le Maroc a été un franc succès.

Malheureusement, ces derniers temps, on a assisté à une croisade de la presse pro-ATT contre le pays de Abdellaziz Boutéflika. De graves suspicions sont même jetées par cette presse sur la médiation algérienne qui cacherait une forte odeur de pétrole même si par ailleurs la SONATRACH est déjà associée à la recherche pétrolière au Mali.

On peut aisément deviner les raisons d’une telle offensive à savoir que Kadhafi est riche et généreux, journalistes et gouvernement, chacun veut sa part du gâteau libyen. Cependant les uns et les autres ont oublié que même si le nom de la Libye a été effacé de la liste des «Etats voyous» par l’Amérique, Kadhafi n’a toujours pas bonne presse parce que la caque sent toujours le hareng et son dernier voyage en Europe le prouve.

Comme le dit l’adage bamanan, le lièvre a son nom dans toutes les sales histoires. Les Libyens n’ont pourtant pas voulu porter le chapeau. Ils ont certes accepté de satisfaire la boulimie du pouvoir ATT en finançant les projets de développement au nord, promis de s’investir dans la libération des otages mais ils ont fermement renvoyé les protagonistes à Alger. Mais entre-temps que de dégâts ! L’Algérie s’estimant trahie à juste titre s’est retirée de la médiation.

On se demande alors maintenant quel lapin nos dirigeants vont sortir de leur chapeau pour retourner à la case départ c’est-à-dire à l’Accord d’Alger.
Un vrai faux accord qui n’est pas de nature à baliser le chemin de la paix parce qu’il ne satisfait personne. Ni les bandits ni le gouvernement. Tout simplement parce qu’il porte en lui-même les germes de la partition.

Signé dans la panique par ATT et approuvé du bout des lèvres par les partis politiques alimentaires, cet accord ne concerne en fait que la seule région de Kidal contrairement au pacte national qui couvrait toutes les régions nord du Mali. Il a été signé avec l’Alliance du 23 mai pour le changement. Aujourd’hui ce mouvement n’existe pratiquement plus. En son sein est apparu un groupuscule de terroristes dirigés par Ibrahim Ag Bahanga. Pourquoi s’accrocher à un accord qui est devenu nul et de nul effet ?

Pourquoi négocier avec des terroristes qui en ajoutent à chaque étape à la surenchère ? La supériorité en armes et en hommes de l’armée régulière doit être un gage de la préservation de l’intégrité du territoire national. On ne doute pas de la sincérité de nos dirigeants à faire la paix pour un développement durable du pays mais il faut reconnaître qu’ils cèdent très vite au chantage des bandits armés. On n’est plus en face d’une rébellion au sens classique mais d’un gangstérisme caractérisé.

Qui peut dire dans ces conditions qu’il est plus facile de faire la guerre que la paix ? Chez nos voisins nigériens, le président Mamadou Tandja ne négocie pas : il envoie ses troupes sur le champ de bataille. La guerre, c’est aussi un prolongement de la politique par d’autres moyens.

Corneille disait dans «Horace» : «mourir pour la patrie est un si digne sort qu’on briguerait en foule une si belle mort». Le plus grand général allemand de la deuxième guerre mondiale, le feld-maréchal Rommel surnommé le renard du désert, s’est vaillamment battu à la tête de l’Afrika Korp dans les sables mouvants du désert libyen contre les rudes bombardements de l’aviation alliée. Il n’a jamais courbé l’échine par manque de renfort. Mais qu’on nous préserve le spectacle affligeant du feld-maréchal von Keitel signant l’acte de reddition sans condition de l’Allemagne nazie au général Mc Arthur.

La multiplicité et l’urgence des problèmes de la nation tels que l’école et la vie chère expliquent-elles à elles seules la frénésie qui s’est emparée de nos dirigeants ?

En tout état de cause, il faut se hâter lentement. Bellicisme ?

Mamadou Lamine Doumbia

15 avril 2008.