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De feu Modibo Kéïta à Amadou Toumani Touré en passant par Moussa Traoré et Alpha Oumar Konaré, le nord du Mali, au cours de 40 ans d’indépendance nationale, s’est toujours avéré zone de troubles mettant en mal à chaque fois, l’unité nationale et l’intégrité territoriale du pays.

Comme des saisons qui arrivent de manière cyclique, ces troubles, d’un régime à l’autre, furent invariablement présentés par leurs auteurs comme étant une « rébellion » contre le pouvoir central.

Et chacun des présidents maliens a tenté d’apporter, à sa façon (non sans avoir impliqué des médiateurs étrangers) des solutions à ce sempiternel dossier du Nord appelé rébellion touarègue.

Mais jusqu’à présent, aucun des présidents n’a réussi, malgré tous les efforts diplomatiques, financiers déployés pour arriver à une paix définitive dans le septentrion malien ( regroupant les régions de Tombouctou, Gao et Kidal dont le nombre d’habitants est estimé à 1,2 million soit 10% de la population malienne), à faire ramener la paix.

De 1962 (début de ladite rébellion) à 2008, Kidal a toujours été le foyer des différents soulèvements contre l’autorité de l’Etat.

C’est à Kidal, en 1958 que fut créé le Mouvement Populaire de l’Azawad (MPA). Rien d’étonnant donc que cette ville soit le point de départ de toutes les situations de crises connues jusqu’ici au nord. Le MPA, a toujours caressé le rêve d’un Etat touareg.

La première fronde des Touaregs remonte à 1963, soit trois ans après l’indépendance du pays. Cependant, les deux régimes qui se sont succédés depuis 1960, ceux de Modibo Keita et de Moussa Traoré, ont, chacun à sa façon, occulté le problème et n’ont donc pas cru bon en examiner en profondeur les causes qui sont aussi bien endogènes qu’exogènes.

Contrairement à leurs devanciers, Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré ont particulièrement privilégié le dialogue et la concertation face à la nébuleuse question du Nord. La dimension développement du dossier a été surtout au centre de leur préoccupation.

Ainsi, de 1994 à 2007, ce sont des centaines de milliards de nos Francs qui ont été affectés pour le développement de cette partie de notre pays par l’Etat et ses partenaires au développement. Rien n’y fit ! Chaque régime enregistre son lot d’attaques perpétrées ici et là, suivies de brigandages, de mort d’hommes et de persécutions de populations civiles.

Les tristes bilans n’en finissent plus. L’on est presque estomaqué à l’idée de savoir que la stabilité et l’unité du pays sont hypothéquées par le fait d’une poignée d’individus pour la plupart originaires de Kidal et se réclamant d’une soi-disant rébellion. Le renégat Ibrahim Bahanga et compagnie, par l’attaque perpétrée il y a quelques jours contre le poste d’Abéibara auront démontré au moins deux choses.

Primo, la bande Bahanga dispose d’armes lourdes. Secundo, leur parc roulant est impressionnant tant par la qualité que par le nombre.

Par déduction donc, l’on peut conclure que le chef rebelle Bahanga n’est pas en train de se battre pour les siens. Tenez par exemple ! D’après plusieurs sources concordantes, les assaillants étaient arrivés à Abéibara, à bord de soixante (60) 4X4 environ, munis de fusils d’assaut ou de mitrailleurs automatiques.

Pas de doute donc que la cohorte de brigands ne fait pas dans la dentelle. Mais finalement, ces bandits seraient-ils les bras armés de puissances étrangères ? Cette question s’impose dès lors que l’on connaît la convoitise des grandes puissances du monde à cause des enjeux stratégiques et énergétiques que représentent la région et son sous-sol.


Autre pôle d’intérêt, cette fois aux yeux des organisations mafieuses :
le positionnement de notre Sahara en plaque tournante du trafic et du banditisme à cause des facilités de déplacement des hommes et l’absence totale d’autorité publique. L’une des revendications de Bahanga, c’est justement le retrait total de toute autorité militaire dans la zone de Kidal.

Pourquoi ? La réponse est simple. La situation qui prévaut en ce moment au nord est loin d’être un problème dont la solution se trouve dans les mains du seul président de la République, ni du gouvernement. Mais il s’agit d’une situation qui appelle la conscience et l’engagement total de tout le peuple malien.

Les pertes en vies humaines, en matériels militaires, les sommes colossales englouties par l’Etat dans l’achat de matériels entrant dans le cadre de la défense nationale sont au, à sa façon, tant de choses dont on peut faire l’économie. Les partis politiques qui voudront faire de la crise du nord une récupération politique, ne mériteraient pas d’être portés au pouvoir un jour par voie démocratique.

Le problème du nord est une question existentielle de notre République. Sa gestion devrait être considérée par tous comme une priorité nationale. C’est dire que cette crise,devrait susciter depuis longtemps un sursaut national.

Alpha Kaba Diakité

29 Mai 2008