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Les notables du Nord-Mali, à Gao et Tombouctou se sont prononcés pour le dialogue entre le pouvoir et les rebelles. La délégation conduite par le ministre de la Communication et des nouvelles technologies, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo, a successivement rendu visite, jeudi dernier au chef Sonrhaï, M. Djibrilla Maïga ; au chef traditionnel Arma, M. Aly Touré et à l’ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de Gao, M. Baba Guindo.

M. Djibrilla Maïga a fait prévaloir la paix, car, a-t-il dit, si un seul Malien n’est pas en paix, tous les Maliens ne se sentent pas en sécurité. Il a aussi prôné l’esprit de dialogue entre les fils du pays. Le chef Sonrhaï a fait savoir que «si la capitale obtient des avantages et faveurs, il faudrait que le Nord puisse en ressentir les retombées».

Ce qui n’est ni plus ni moins qu’un appel à l’investissement dans le septentrion de notre pays. La délégation ministérielle s’est ensuite rendue chez le chef traditionnel Arma, M. Aly Ibrahim Touré. Bana Touré, son neveu et porte-parole, a transmis le message d’une paix qu’il s’agit de préserver. Il a fait observer que nous devons nous soumettre à l’autorité, en l’occurrence aux représentants de l’Etat malien.

L’ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de Gao, M. Baba Guindo a, lui aussi, indiqué que, sans paix, rien n’est possible. La solution de la crise, a-t-il précisé, doit être trouvée dans la concertation et à l’amiable. Le même discours de paix et de dialogue a été prôné à Tombouctou, samedi dernier par le grand Imam de Djingareyber, M. Abdrahmane Ben Essayaouti entouré de quatre imams de Tombouctou.

Tous ces notables ont fait des prières et des bénédictions pour l’ensemble de la délégation ministérielle et notre pays. L’esprit de concertation a donc prévalu au sein des leaders communautaires du Nord. Au sein d’autres responsables rencontrés, en l’occurrence le directeur de l’académie d’enseignement de Tombouctou M. Birama Touré, la révolte n’est pas une pratique concevable dans la cité des 333 Saints.

M. Touré explique que la structuration sociale de Tombouctou est différente de celle de Kidal où les Tamashek ont exercé une domination et donc créé un impact profond dans cette région. A Tombouctou, a-t-il dit, les interpénétrations ethniques n’ont pas permis à un groupe déterminé de s’imposer au point de faire prévaloir la violence. Toutes choses qui indiquent qu’à Gao et Tombouctou, l’inclination va vers une paix et une bonne entente entre les différentes ethnies et catégories socioprofessionnelles.

La prédominance de cet esprit n’échappe pas à nos voisins du Niger. Dimanche soir, RFI diffusait l’interview d’un député nigérien d’Agadès M. Mano Ag Ali qui a déclaré : «il faut aller aux négociations. On ne peut régler un conflit par des armes. Ce n’est pas possible». Pour le député, il est urgent d’associer d’autres volontés, d’autres institutions de l’Etat pour surmonter ces difficultés.

Pour ces responsables communautaires du Nord de notre pays et ce député, la solution militaire n’est donc pas la bonne réponse à la crise qui secoue la zone sahélo-saharienne. Pourtant, au sein des populations, certains lancent de vigoureux appels à la réaction militaire, à la violence pour résoudre la crise qui devient de plus en plus inquiétante.

Malgré tout, les responsables que nous avons rencontrés à Gao et Tombouctou conseillent la prudence, la mesure et la bonne concertation. Pour les chefs religieux, c’est toujours périlleux d’allumer un feu dont on ne maîtrise pas la propagation. Pourtant en condamnant la violence, ces responsables rejettent les actes posés par la rébellion. Puisque Ibrahim Ag Bahanga et sa bande posent des mines et attaquent les convois de l’armée malienne.

Donc, comme l’a dit le député nigérien, il doit exister un malentendu entre le pouvoir et les rebelles sur la nécessité de ces négociations. Le député avait soutenu qu’il faut élargir le cadre du dialogue et y associer d’autres volontés. Ce n’est que dans ces conditions qu’on pourrait s’acheminer vers de réelles concertations pour résoudre le conflit du Nord.

Baba Dembélé

16 avril 2008.