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Le parlement malien, réuni en séance d’interpellation du gouvernement, vient d’adopter une résolution dans laquelle il condamne sans réserve les attaques des bandits armés tout en réaffirmant son soutien aux forces armées et de défense, et au président de la République pour sa politique de dialogue qui jure avec l’extrémisme et le jusqu’auboutisme de certains va-t-en guerre.

L’Assemblée nationale du Mali s’est réunie, le 19 juin 2008, en séance d’interpellation du gouvernement. L’évènement n’aurait rien eu d’extraordinaire si les députés ne s’étaient pas réunis à huis clos et, surtout, s’il n’avait pas concerné pas moins de quatre membres du gouvernement. Ceux-ci, autre fait singulier, ont été amenés à s’expliquer sur une question, assez essentielle, qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Cette séance plénière mais à huis clos a permis aux députés de se faire une religion sur la gestion que le gouvernement fait de la question du nord. Au sortir de cet exercice, les députés ont adopté une résolution ferme dans laquelle ils se disent profondément préoccupés par l’ampleur et la dimension des évènements survenus au nord du pays.

Depuis près de deux ans, cette partie du territoire national est le théâtre d’affrontements violents et meurtriers entre les forces armées et de sécurité et des groupes armés constitués essentiellement de déserteurs de l’Armée et de bandits.

Ces hommes se sont distingués, dans leur mode opératoire, par la prise d’otages, les embuscades permanentes contre les convois de ravitaillement militaires, et les attaques de garnisons militaires.

Ainsi, les élus n’ont pas manqué de condamner sans réserve les attaques perpétrées contre les positions militaires à Tinzawatène, Aguel Hoc, Ansongo, Diabali, Dogofri et Abéibara. Pour justifier ces attaques, ainsi que tous les actes criminels qu’ils ont eu à poser depuis la recrudescence de leurs activités, les groupes armés ont fait prévaloir une quinzaine de revendications dont trois restent en souffrance.

Parmi lesquelles le départ de l’Armée du nord, principale pomme de discorde entre les autorités légales et les bandits. Les élus ne s’y trompent point eux qui soutiennent que le Pacte national constitue le cadre de référence pour la paix et le développement socio-économique dans les régions du nord.

Les principaux points du Pacte ont été repris dans l’Accord d’Alger signé le 4 juillet 2006 entre gouvernement et bandits. Mais si les autorités entendent s’en tenir, à juste titre, aux termes de ces deux textes, il en va tout autrement des bandits dont le chef, Ibrahim Ag Bahanga, n’entend œuvrer que pour ses intérêts personnels.

C’est pourquoi, les députés qui l’ont compris ont exprimé leur solidarité envers la population de la région de Kidal qui souffre d’une situation imposée. Laquelle population a compris, comme l’Assemblée nationale, que dans le Mali démocratique et pluraliste actuel rien ne pourrait et ne saurait justifier le recours aux armes comme moyen d’expression.

Le parlement l’exhorte à garder son calme et sa sérénité habituels afin de consolider la cohésion du peuple et de continuer à faire du pays un exemple de véritable nation. A cet égard, aucune confusion ne doit être faite entre les paisibles populations et les bandits qui se sont armés pour se faire entendre. Comme, également, le chef de l’Etat qui l’a toujours soutenu envers et contre tous.

Amadou Toumani Touré a, en effet, toujours privilégié le dialogue et la concertation, comme le rappelle les élus qui lui apportent leur soutien et le félicitent pour ses efforts à ramener la paix et la sécurité dans le nord. Dans ce même sens, ils invitent le gouvernement à poursuivre sans relâche la mise en œuvre de l’Accord d’Alger pour un rapide retour à la paix.

Pour leur part, ils s’engagent déjà à cela. Cependant, malgré cet engagement pour la paix, les députés soutiennent le président de la République dans sa nouvelle option de fermeté, exprimée le 8 juin dernier, et réaffirment leur soutien aux forces armées et de sécurité chargées de la défense de l’intégrité du territoire national. Autrement dit, aucune partition du Mali ne sera acceptée.

L’implication de pays amis dans la gestion de la crise du nord a été soulignée. Ainsi, l’Algérie a été remerciée par l’Assemblée nationale, les initiatives de la Libye saluées, et ATT félicité pour son initiative d’organiser une conférence des pays riverains de la bande sahélo saharienne sur les problèmes de sécurité.

A souligner que lors de l’interpellation de ces quatre ministres, de l’administration territoriale et des collectivités locales, Kafougouna Koné, de la sécurité intérieure et de la protection civile, Sadio Gassama, de la défense et des anciens combattants, Natié Pléa, et chargée des relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement, Diabaté Fatoumata Guindo, les deux groupes parlementaires qui constituent l’opposition parlementaire ont boudé les débats.

En effet, les groupes parlementaires RPM et PARENA-SADI, ont protesté contre la décision du bureau de l’Assemblée nationale de tenir la séance à huis clos, estimant que le peuple avait le droit d’être informé sainement et réellement.


Cheick Tandina

23 Juin 2008