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Affrontements sanglants, mines antipersonnel, prises d’otages…la sale guerre que les rebelles mènent à l’Etat malien fait trop de victimes. Chaque Malien se demande, en son for intérieur et avec appréhension, quel sera, en fin de compte, le prix de la paix.

Quand on demande à un soldat de l’armée malienne pourquoi nos militaires se font tirer dessus comme des lapins et se font prendre en otage par les bandits armés de Bahanga, il répond invariablement que c’est parce que la hiérarchie ne donne pas l’ordre d’attaquer. Le même élément ajoutera que sans cela, eux dans les casernes, ils sont prêts à se battre.

Une telle attitude de l’état-major général ne peut que se faire soulever d’indignation tout un peuple dont on envoie inutilement les enfants à la boucherie. Toutefois elle est la résultante de la politique capitulationniste des généraux maliens qui ont accepté de courber l’échine devant quelques bandits armés qui pillent, tuent et saccagent tout sur leur passage.

Il a fallu de peu pour que le peuple soit en rupture de ban avec son armée qu’il considérait naguère comme une armée budgétivore coiffée par des officiers qui se vautrent dans des salons climatisés.

Pour ne pas monter au front, ATT a toujours prétexté qu’il connaît l’art de la guerre et qu’il est difficile de combattre une guérilla. Comme en écho et face à la condamnation unanime de la presse, son bras droit le général Kafougouna Koné de rétorquer que ce n’est pas à cet âge qu’ils vont vendre le Mali.

Le président s’est toujours prévalu de son expérience dans le règlement de certains conflits en Afrique pour ne pas faire la guerre et privilégier le dialogue. Or tous les stratèges militaires vous diront qu’il faut négocier mais toujours en position de force et que la meilleure défense c’est l’attaque. Ils vous diront aussi qui veut la paix prépare la guerre.

Le pilonnage des positions rebelles la semaine dernière par l’armée régulière vient à point nommé pour montrer que face à des gens de mauvaise foi le dialogue à des limites. Pour l’homme de la rue, en tout cas, l’humiliation n’avait que trop duré. Les assauts répétés de Bahanga et l’immobilisme des autorités avaient même commencé à faire douter nos compatriotes de la capacité de l’armée malienne à donner une réponse appropriée aux attaques des bandits armés. Maintenant que c’est chose faite, le peuple s’est réconcilié avec son armée.

On est surtout réconforté par le fait que l’Assemblée nationale, par la voix de son président, prend ce problème à bras le corps. Rompant avec la langue de bois habituelle, Dioncounda Traoré, manifestement très remonté, a en effet déclaré que «le peuple malien doit exercer sa souveraineté pleine et entière sur la totalité de son territoire». Par cette prise de position courageuse, il va dans le sens commun et montre la détermination de son institution à s’impliquer dans la résolution de la crise. Et cela passe d’abord par le vote de toutes les lois condamnant le terrorisme.

Par ailleurs en posant les vraies questions, Dioncounda en donne les bonnes réponses. Pourquoi Bahanga et sa clique demandent-ils inlassablement l’allègement du dispositif militaire dans la région de Kidal ? Faute de pouvoir réaliser leur vieux rêve de la proclamation d’une République autonome voire indépendante dans cette partie du pays (ils avaient déjà tenté de le faire), les bandits armés veulent sévir en toute impunité, se livrer au trafic de drogue et de cigarettes. Ils sont gênés dans leurs exactions par la présence de l’armée et même de tout représentant de l’Etat.

Mais demander à l’armée nationale d’alléger tout simplement son dispositif en huitième région équivaut à un abandon de souveraineté sur cette portion du territoire. Bahanga connaît pertinemment les points négociables et ceux qui ne peuvent l’être. En bon terroriste, il veut pousser le bouchon trop loin pour rejeter la responsabilité de tout échec des négociations sur l’Etat malien. De leur côté, les Maliens commencent à en avoir marre d’une sale guerre qui n’en finit pas et qui leur empoisonne la vie de Modibo à ATT en passant par Moussa et Alpha.

Face à ce monstre hideux qui pousse une tête de façon cyclique comme l’hydre de Lerne, chaque Malien se demande, en son for intérieur et avec appréhension, quel sera, en fin de compte, le prix de la paix?

Mamadou Lamine Doumbia

11 avril 2008.