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La semaine dernière, les autorités maliennes avaient décidé d’envoyer deux émissaires à Alger pour faire revenir le médiateur algérien sur sa décision de retrait des négociations entre le gouvernement malien et les rebelles touareg dirigés par Ibrahim Ag Bahanga. Mais, le ministre des Affaires étrangères, Moctar Ouane, et le président du Haut conseil des collectivités territoriales du Mali, Oumarou Ag Mohamed Ibrahim n’ont pu encore effectuer le déplacement. Le médiateur ne décolère pas.

La médiation dans la crise du nord Mali se trouve aujourd’hui dans une impasse sans précédent. Le retrait de l’Algérie a été ressenti comme un coup dur pour la recherche d’une solution durable au conflit qui oppose l’Etat malien à un groupe de rebelles dirigés par Ibrahim Ag Bahanga.

Ce retrait intervient au lendemain de la signature du protocole d’entente à Tripoli, un événement qui avait pour dessein de marquer une entrée en trombe du pays de Mouammar El Kadhafi comme facilitateur au même titre que l’Algérie, le voisin du nord du Mali, qui a une riche expérience en la matière.

La signature du protocole d’entente a eu lieu à Tripoli le 3 avril dernier. Et nombreux sont les observateurs qui le jugent inapplicable. Jusque là, la présence de la Libye dans le septentrion malien était marquée par quelques actions à caractère humanitaire.

La mission confiée à deux émissaires du gouvernement malien, devant se rendre à Alger pour faire fléchir la position du pays de Bouteflika, s’annonce d’emblée comme une ballade inutile. Raison pour laquelle, le ministre des Affaires étrangères, Moctar Ouane, et le président du Haut conseil des collectivités territoriales du Mali, Oumarou Ag Mohamed Ibrahim n’ont pas pu encore effectuer le déplacement. Après avoir été annulée, cette mission est revenue à l’ordre du jour et pourrait avoir lieu ce week-end.

Pendant ce temps, la région de Kidal est devenu réellement « une zone de non droit ». Depuis l’assassinat d’un Commandant touareg, Barka Acheik, un élément de l’armée malienne et d’un autre cadre touareg, Mohamed Ag Mossa, le 10 avril 2008, la ville connaît une effusion de ses populations vers des destinations incertaines. Les éléments de l’unité spéciale mis en place dans le cadre de l’accord d’Alger sont retournés dans les montagnes, ainsi que d’autres jeunes touaregs avec armes et bagages.

« Tous les officiers touareg et les combattants, qui jusque là étaient restés à Kidal malgré la reprise des hostilités, quittent la ville, avec à leur tête un officier supérieur touareg, le Colonel Bah Ag Mossa. La terreur s’empare des habitants de la ville de Kidal. Et nombre de familles fuient la ville dans la précipitation et la panique », selon un communiqué de l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC), le 12 avril 2008. On assiste presque à un retour à la case départ, à la situation ante.

Ce tournant marque un grand recul du processus de paix qui avait connu une avancée notable. Grâce au partenaire algérien, à la faveur de l’accord d’Alger, le gouvernement malien avait obtenu le désarmement des combattants de l’Alliance du 23 mai qui avaient quitté les montagnes de Teghar-gharet pour être cantonnés à Kidal.

Plus de 600 combattants ont remis leurs armes. Parmi eux, un nombre important était en cours de formation pour intégrer l’armée. Ceux d’entre eux qui ne sont pas aptes à une carrière militaire ont reçu des pécules pour leur donner une occupation de création de revenus. Du cantonnement à la formation pour l’insertion socio professionnelle des anciens combattants, jusqu’au financement de petits projets, le partenaire algérien a été aux côtés du gouvernement malien en prenant en charge une part des dépenses.

Un tel partenaire n’a certainement pas intérêt à déstabiliser la région nord Mali pour en tirer un quelconque profit, comme veulent faire croire certains qui semblent n’avoir aucune notion du passé, y compris l’histoire récente de la crise du nord. Nous devons garder à l’esprit que c’est le médiateur algérien qui a exigé dans le préambule de l’accord d’Alger, la prise en compte de la reconnaissance de la troisième République par les deux parties, la constitution du Mali et l’intégrité territoriale. Il fallait convaincre les rebelles qui étaient dans une logique d’autonomie.

Bahanga n’est certainement pas partie prenante à l’Accord d’Alger pour avoir pris la tête de l’ATNMC, mais qui, mieux que le médiateur algérien peut le ramener à la raison en l’amenant dans cet accord qui reconnaît le pacte national. Le salut se trouve dans le règlement pacifique de la crise du nord, cela ne dénote d’aucune défiance à notre vaillante armée qui est notre dernier rempart. Mais ce n’est que perte que d’engager l’armée dans une boucherie sans issue.
Ceux qui pensent que la négociation est un luxe et que les rebelles sont des plaisantins se trompent et ne savent rien de la réalité.

Un député de l’Assemblée nationale, élu dans le delta du Niger a fait cette déclaration assez édifiante : « Le président Amadou Toumani Touré est un homme responsable. Il ne peut pas régler ce problème par un conflit armé. Si on prend l’option militaire, ce n’est pas contre Bahanga qu’on va se battre. On sait très bien que c’est ce que certains cherchent. Qu’ATT ouvre un front. S’il ouvre un front, ce n’est pas contre Bahanga qu’il va se battre. On sait que c’est contre d’autres. On veut l’amener à se battre contre des forces qui ne seront jamais des forces visibles.
Mais qui en réalité vont venir nous mettre à feu et à sang, vont venir nous dominer, vont venir créer un grand Sahara pour d’autres fins. Ils vont venir nous créer toutes sortes de problèmes … Je pense qu’il est important qu’on se mette d’accord, qu’on vive ensemble en symbiose comme nous avons l’habitude de vivre dans nos communautés et qu’ils nous laissent vivre tranquillement. Nous, nous avons toujours vécu en bonne entente avec les Touaregs, avec les Arabes, entre nous peulhs, touareg, arabes, bambara, bozos, toutes les communautés ensemble. On a tous vécu ensemble en symbiose
».

Ce n’est pas sur un simple coup de tête que le médiateur historique dans la crise du nord Mali a décidé de se retirer de la médiation.
C’est de la faute à nos autorités, si le pays de El Mali s’est désisté de sa position de médiateur inconditionnel entre le Mali et ses enfants rebelles. Aucune explication publique du choix de la Libye comme facilitateur n’a été faite par nos hautes autorités qui ne semblent accorder aucune importance à l’information du public.
Les plus informés sur la question du nord savent qu’après l’insurrection du 23 mai 2006, ce n’est pas l’Algérie qui a demandé à en être le médiateur. Le pays de Bouteflika a été démarché pour qu’elle accepte de jouer la médiation entre le Mali et sa rébellion. Dans une crise, aussi profonde que celle du nord Mali, un pouvoir ayant le sens de ses responsabilités ne change pas de médiateur comme on change de chemise.

Ce serait dans l’intérêt de la poursuite du dialogue, si les autorités maliennes pouvaient intégrer dans leur démarche, cette déclaration de l’ancien ministre de la défense du Mali, Soumeylou Boubeye Maïga, tenue quelques jours après le protocole fantoche signé à Tripoli : « dans l’esprit des Maliens, il n’y a qu’un médiateur, c’est l’Algérie… Je n’irai pas jusqu’à dire que l’Algérie boude, probablement elle attend de voir plus clair dans les textes de Tripoli et de reprendre son action de médiation. Le Mali et l’Algérie n’ont pas d’autre choix que de coopérer parce que le nord du Mali c’est le prolongement du sud de l’Algérie et vice versa. Il n’y a pas de divergence de fond entre les deux Etats… ». Ce discours est réaliste, même s’il est tenu à un moment où il tente de coller les morceaux après le retrait du pays de Boutéflika de la médiation.

B. Daou