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Le président de la République Amadou Toumani Touré dit ATT et celui de l’Assemblée nationale le Pr. Dioncounda Traoré sont plus que jamais dans le collimateur du Collectif janvier noir. Au cours d’une conférence de presse hier mardi à la Maison de la presse, ledit collectif a demandé une transition à la tête du pays sans les deux hommes qu’il accuse de haute trahison dans la gestion de la crise du nord.

Le Collectif janvier noir dirigé par le Pr. Abdoul Traoré dit Diop se définit comme un regroupement de deux associations : l’Association démocratie et justice (ADJ) et l’Observatoire de l’Etat de droit (OED). Il a vu le jour après les événements douloureux qu’a connu le Nord et se dit composé de citoyens et de personnes physiques ou morales préoccupées par la survie de note pays en restant ouvert à tous.

D’entrée de jeu, le Pr. Diop a expliqué que les événements de janvier 2012 ne sont pas tombés incognito. Selon lui, « ils ne sont que l’aboutissement de la mauvaise gouvernance, de la gabegie, du clientélisme et de la corruption érigée en système de gestion qui ont fini par gangrener toutes les institutions de l’Etat y compris l’institution militaire qui, par contre coup dispose, ni de ressources humaines, ni des moyens matériels nécessaires à l’accomplissement de ses missions républicaines », a-t-il dit.

Le président du collectif qui s’est incliné devant la mémoire des victimes en demandant la minute de silence dans la salle, appelle « au sens de l’honneur, de l’humanisme et de la justice qui habite chaque citoyen malien pour préserver le pays de toute dérive destructrice en défendant toutes les communautés ».

Le collectif s’oppose à toute attaque contre les personnes et les biens, sur la base d’une appartenance tribale ou ethnique. Il en appelle par ailleurs « au sens de la responsabilité et du sursaut du gouvernement malien pour l’inciter à gérer la question du nord comme étant la question de la survie du Mali en tant que nation et territoire dans sa configuration actuelle ».

Le collectif sidéré par les crimes crapuleux commis par les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire visant à faire toute la lumière sur le conflit du nord, (une lettre a été adressée à l’Assemblée nationale dans ce sens depuis le lundi 13 février).

Il dit soutenir les initiatives pour une paix définitive et exige la justice contre la culture de l’impunité dans le conflit du nord. Le collectif janvier noir entend se constituer partie civile, avec les composantes de la société civile devant les juridictions compétentes contre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés par le MNLA au nord et notamment à Aguelhoc le 24 janvier 2012.

« La situation actuelle est la résultante d’une politique de laisser-aller absolu, l’aplatissement des partis politiques devant un homme », a affirmé Daniel Amanguin Tessougué, membre du collectif. Il a qualifié d’humiliation l’interpellation comme un gamin du président ATT par les épouses de militaires à Kouloulouba à la place du ministre de la Défense ou du chef d’Etat-major général des armées. « Cela est arrivé parce qu’il y a un pouvoir solitaire. ATT a abusé de son pouvoir et tout le monde le laisse faire. La médiocrité a été érigée en système de gestion, la corruption gangrène partout », a indiqué M. Tessougué. Ce dernier pour preuve de ses assertions, a révélé qu’un paquet de 100g de thé a été facturé dans son service (le ministère de la Justice) à 25 000 F CFA, qui dit mieux.

La situation de rébellion, selon Daniel A. Tessougué n’est pas favorable à la tenue de référendum constitutionnel. Il a cité l’article 118 de notre Loi fondamentale qui stipule qu’aucune procédure de révision ne peut être faite lorsqu’il est porté atteinte à une partie du territoire national. Dans ces conditions même l’élection présidentielle sera décalée. A cet effet, le collectif par la voix de Tessougué préconise d’aller à une transition démocratique « sans ATT et tous ceux qui l’ont soutenu », a-t-il dit. « La transition sera organisée par les forces vives de la nation pour le retour à la paix avec l’organisation d’élections libres et transparentes.

Le pouvoir sera remis à un président démocratiquement élu le 8 juin 2013 », a précisé Tessougué. Badara Alione Berthé, un autre membre du collectif a aussi abondé dans le sens de l’abandon du référendum. Selon lui, on ne peut pas faire la transition avec ATT dont le mandat finit le 8 juin 2012 ni avec Dioncounda Traoré dont le sien termine en juillet 2012. A ses dires, « le rôle de la transition sera de faire revenir le Mali dans ses frontières internationalement reconnues et le doter de listes électorales fiables », a-t-il dit.

« Haute trahison »

Le président de l’Assemblée nationale a eu sa part de flagellation. Me Mohamed Aly Bathily l’a accusé de « haute trahison ». Son tort est d’avoir regroupé 4 partis politiques en dehors des institutions de la République pour trouver une solution à la question du nord. « On est en train d’organiser la transition en dehors des institutions, on est en train de proposer un plan de sortie de crise dont on ne connaît pas le contenu », a expliqué Me Bathily.

Selon ce dernier, Dioncounda est en train de mettre en branle un réseau d’amis autour d’ATT pour s’attendre au retour de l’ascenseur avec la complicité de l’étranger. Me Bathily dénonce ce qu’il appelle « un coup d’Etat institutionnel » en affirmant que tout ce que les partis politiques choisis par Dioncounda diront, sera avalisé par ATT. « Cela nous inquiète plus que la rébellion au nord qu’on voit que ce coup d’Etat institutionnel qu’on ne voit pas », a-t-il tranché.

Le président ATT en a eu pour son grade. Il est à son tour taxé d’avoir violé son serment pour avoir failli à sa mission de défense de l’intégrité territoriale. « Par sa faute, 50 000 de nos compatriotes ont pris le chemin de l’exil, l’Assemblée nationale ne l’a pas interpellé », a dit Me. Bathily et d’ajouter que « notre armée est affaiblie à cause de la façon dont elle est gouvernée ». Dans son analyse de juriste, Me Bathily a affirmé que ATT aura violé la constitution en organisant le référendum selon les clauses de l’article 118 de la Constitution. « En s’entêtant de le faire, il est passible de haute trahison parce qu’il a juré de respecter et de faire respecter la cette même constitution », a-t-il dit.

S’agissant du président de l’Assemblée nationale, aux dires de Me Bathily, le Pr. Dioncounda Traoré doit ouvrir une enquête parlementaire sur la récente crise au nord au cas échéant, il sera poursuivi de forfaiture. En tout état de cause, Me Bathily fait comprendre à Dioncounda que son plan de sortie de crise concocté avec les 4 partis politiques n’engage pas l’Etat mais son propre réseau.

Abdrahamane Dicko

Les Échos du 15 Février 2012