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Depuis le 17 janvier 2012, avec la reprise des hostilités dans sa partie septentrionale, le Mali est entré dans une phase tumultueuse de son histoire. Et en pareille circonstance, l’effort de tous est souhaitable pour mettre le pays à l’abri de surprises désagréables. Après la classe politique, la société civile s’apprête à descendre dans l’arène et annonce un sit-in pour le 11 février 2012 devant l’Assemblée nationale pour dire Non à la reforme constitutionnelle.

Républicain : En votre qualité de Président du Forum des organisations de la société civile, quelle est la stratégie prévue pour la sortie de crise au Nord ?

Adama Diakité : Nous sommes actuellement dans la phase d’élaboration d’un document qui va contribuer par des actes concrets à l’apaisement de la situation. Il sera publié dans les jours à venir. Mais, je ne peux pas me prononcer sur le contenu parce qu’il fait appel à l’effort de plusieurs acteurs.

Depuis un certain temps, on constate un silence du côté du « Collectif Touche pas à ma constitution ». La crise du nord-est-elle pour quelque chose ?

Adama Diakité : Vous avez raison, depuis un certain temps, l’on a impression que le « Collectif Touche pas à ma constitution » ne bouge plus. Mais, ce n’est qu’une impression, parce que le Collectif vient d’animer deux conférences. La dernière date seulement de la semaine dernière. Nous sommes toujours dans la démarche de sensibiliser nos concitoyens sur les raisons pour lesquelles nous sommes opposés à cette reforme constitutionnelle.

En plus de notre argumentaire traditionnel qui consiste à dire que la révision n’est pas aujourd’hui opportune et en plus du fait que cette révision fera du Président de la République du Mali, le seul détenteur de tous les pouvoirs, à un moment où le Roi du Maroc se défait de certains de ses pouvoirs, Me Mamadou Gaoussou Diarra, membre du « Collectif Touche pas à ma Constitution », a avancé un argument juridique de taille, dans l’Etat actuel de la situation de notre pays. En situation de guerre, l’article 118 de la constitution du Mali, interdit toute révision constitutionnelle. Donc, conformément à la constitution, nous rejetons la réforme envisagée par ATT.

Pourquoi vous avez demandé à l’Etat d’affecter l’argent prévu pour la reforme constitutionnelle à l’armée ?

Étant donné que l’article 118 de la Constitution de 1992 est opposé à l’organisation d’un référendum si une partie du pays est en guerre, il est tout à faire logique, qu’avec la dégradation de la situation dans le nord du pays, qu’on demande au Président de surseoir à sa révision qui n’est plus constitutionnelle pour affecter les 9 milliards de FCFA à l’armée pour la préservation de l’intégrité du territoire. Il ne faut pas aller au référendum dans l’état actuel de la situation.

Ce serait violer la constitution. Nous allons nous battre pour le faire comprendre. Mais, si on nous écoute pas, l’histoire retiendra qu’un Collectif s’est battu au Mali pour ne pas qu’un texte constitutionnel inopportun ne soit adopté et que certains, parce qu’ils occupent une parcelle du pouvoir du Peuple auront décidé d’imposer au Mali un référendum en violation de la constitution. L’histoire retiendra la responsabilité de chacun.

Mais, concrètement qu’est ce que vous prévoyez de faire pour vous faire entendre par le Président ATT ?

Nous n’avons jamais baissé les bras. La lutte continue. Nous organisons régulièrement des réunions d’information par rapport à la plate forme. Je profite pour informer l’opinion nationale et internationale que le Samedi 11 février 2012, le « Collectif Touche pas à ma constitution » projette d’organiser un sit-in devant l’Assemblée nationale.

En principe on avait prévu d’organiser une marche, mais avec la tension actuelle du pays, nous ne voulons pas jeter de l’huile sur le feu. Donc, nous avions estimé qu’un sit-in est mieux indiqué. Cette manifestation sera accompagnée par la remise d’une déclaration au Président de l’Assemblée nationale.

Pendant notre sit-in, nous allons inviter les autorités administratives et politiques du Mali à prendre à bras le corps le problème du Nord, en mettant l’armée malienne dans toutes les conditions pour éviter la scission du pays.

L’occasion sera aussi propice pour demander à la population malienne où qu’elle soit d’éviter de faire l’amalgame entre ceux qui ont pris des armes contre leur pays et ceux qui vivent et travaille en paix pour le développement du Mali. Nous allons inviter toutes les populations à tout mettre en œuvre pour protéger les touaregs, les arabes et leurs biens partout au Mali.

Assane Koné

Le Républicain du 08 Février 2012