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La nouvelle organisation se veut le creuset de toutes énergies pour permettre à notre pays de recouvrer la totalité de son territoire

jpg_une-943.jpgLa « Coalition pour le Mali » est une toute nouvelle organisation qui vient s’ajouter à la liste déjà longue d’associations et groupements créés après le coup d’Etat du 22 mars et l’occupation des trois régions du nord par des groupes armés. Créée le 26 mai dernier à la Maison des aînés suite à une initiative du Parena, la « Coalition pour le Mali » se veut apolitique et regroupe le Collectif des élus du Nord, les Associations des ressortissants du Sahel occidental, des partis politiques, des regroupements de partis politiques, des syndicats, des intellectuels et des personnalités indépendantes. Le lancement officiel du regroupement a eu lieu hier à l’hôtel Salam en présence de nombreux responsables de partis politiques, de députés, de maires, d’universitaires, de militants d’associations apolitiques. Dans son intervention, le président de la « Coalition pour le Mali », Gabouné Keita, a indiqué que la question du Nord requiert l’attention de tous nos compatriotes sans distinction d’ethnie et sans considération régionaliste. « Il ne s’agit pas seulement d’un problème de nordistes car c’est le Mali qui est attaqué », a-t-il lancé, ajoutant que son organisation s’est déjà dotée d’une feuille de route.

Gabouné Keita a annoncé qu’il présentera la coalition aux différentes institutions de la République, au médiateur de la République, au médiateur de la CEDEAO, à la Commission de l’Union Africaine, aux pays du champ (Niger, Mauritanie et Algérie), à la Libye, au Tchad, au Maroc et à la France. Ensuite, le bureau exécutif composé de 42 membres travaillera à la mobilisation de l’ensemble des forces vives de la Nation pour l’objectif stratégique du recouvrement de l’intégrité du territoire national. La coalition mettra en place un plan de communication visant à mobiliser les ressources compétentes partout où elles se trouvent. Il y aura notamment un site web et une émission spéciale quotidienne synchronisée à la radio et à la télévision.

COMME DU LAIT SUR LE FEU. Gabouné Keita et son équipe proposeront des solutions de sortie de crise, issues de l’implication des communautés et des réunions d’évaluation des accords de Tamanrasset, du Pacte national, des Accords d’Alger et de la Décentralisation. Après des concertations locales et régionales sanctionnées par un forum national, la « Coalition pour le Mali » ambitionne de prendre des contacts informels avec les mouvements armés. Plusieurs orateurs ont soutenu que le Nord de notre pays devait être surveillé comme le lait sur le feu sous peine de traverser la pire tragédie de notre histoire. Et l’humiliation continue avec des scènes de destruction de notre patrimoine culturel et de châtiments corporels filmés et diffusés sur les chaînes de télévision.

Tiébilé Dramé, le premier vice-président de la coalition, estime que les responsabilités sont partagées et que les erreurs du passé doivent servir de leçon. Quant à l’ancien ministre Seydou Traoré, il jugera que la classe politique a échoué et que la société civile est affaiblie et impuissante. Certains intervenants ont avoué ne pas comprendre le comportement des pouvoirs publics qui donnent tout l’air de reléguer la question du Nord au second plan. Un participant, visiblement sur les nerfs, s’est saisi du micro pour dire qu’il souhaitait l’instauration de l’Etat d’urgence pour restreindre les libertés dans les régions non occupées. Cela permettra, de son point de vue, aux uns et aux autres de mesurer la portée du drame que vivent les populations du Nord de notre pays. Pour sa part, l’écrivain et ancien ministre, Seydou Badian Kouyaté, qui a fait l’effort de se déplacer malgré son âge avancé, a invité les responsables actuels à plus de patriotisme et de responsabilité.

Pour l’auteur de « Sous l’Orage », notre pays est tombé suffisamment bas pour ne pas en rajouter. Le député Elhadj Baba Haïdara a, lui, proposé une marche blanche sur le Nord. L’idée a fait sourire dans la salle mais l’élu, sans se laisser démonter, a expliqué que des centaines de personnes aux mains nues peuvent parfaitement marcher sur le Nord et l’occuper sans qu’un coup de feu soit tiré. La question du maintien ou non de l’actuel gouvernement s’est invitée aussi au débat. Mais les détracteurs et les partisans du gouvernement sont unanimes pour juger que notre pays a besoin d’une synergie d’actions pour libérer le pays du joug des groupes armés.

Cette synergie d’actions ne semble pas gagnée d’avance quand on sait que simultanément à la cérémonie de lancement de la « Coalition pour le Mali » se tenait une réunion du Collectif des ressortissants du Nord (COREN) dans une salle voisine. Les responsables du COREN ont assuré qu’il ne s’agissait que d’une simple coïncidence. Mais une coïncidence troublante.

Amadou M. Cissé

L’Essor du 27 juillet 2012