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La vérité finit toujours par terrasser le mensonge, la fourberie et la duplicité. Gros malin, celui qui croit pouvoir y échapper !

On a l’habitude de dire que les circonstances créent le larron. Certains événements, à cause de leur impact et de leur ampleur, permettent à des personnes au dessein peu recommandables, parfois des menteurs, des lâches, des voleurs, des escrocs de tout acabit, de se parer à l’insu du plus grand nombre, du masque de héros, de patriote, de démocrate, juste sur la foi de leur apparence. Il en fut ainsi en 1991.

Et ces gens-là de s’emparer des responsabilités politiques pour mieux accomplir leurs projets personnels ensemble réduits à une boulimie de posséder des terres, des maisons et de l’argent.

La magie de leur discours s’est hissée à la hauteur de ce mensonge, et tant qu’il en fut ainsi, ils se sont évertués à gangrener leur pays, notre pays, avec des réseaux destinés à le piller en détournant les institutions de leur vocation, en transférant le pouvoir de ces institutions dans lesdits réseaux.

C’est à croire que leur boulimie de s’accaparer des ressources publiques est inextinguible, au point qu’elle pourrait les tuer, tellement ils sont devenus incapables de s’arrêter. Comme une maladie contagieuse, elle a fini par toucher leurs épouses, leurs enfants, leurs belles familles, sans compter tous les opportunistes et experts en divers modes opératoires de la délinquance et de la criminalité de haute envolée.

Avec eux, la foire d’empoigne pouvait commencer. La garantie d’être au-dessus des lois pour avoir nommé, parfois aux postes les plus élevés de la justice, des tueurs de lois, leur donne le sentiment que rien de mal ne peut leur arriver.

Pure illusion que seule la représentation naïve qu’on se fait de soi permet. Ce n’est pas parce qu’on a lu quelques pages des « mémoires » de Charles De Gaule et qu’on a rêvé de lui ressembler, qu’on devient De Gaule. Le nain qui voudra chausser les bottes de celui-ci et qui s’en va tutoyer ses héritiers en courant après la considération de Monsieur Jacques Chirac, pourrait, après s’être réveillé de son rêve, découvrir qu’il n’est en réalité que le maréchal Pétain.

La fin de Pétain, son sort, ont été réglés comme il convient par l’histoire de la France. La vérité finit toujours par terrasser le mensonge, la fourberie et la duplicité. Gros malin, celui qui croit pouvoir y échapper !

La vérité c’est la présence de plus de 30.000 de nos concitoyens réfugiés dans les pays voisins ; c’est des centaines de soldats obligés de se « replier » en dehors de nos frontières, loin de leurs bases, en territoires étrangers.

La vérité, c’est aussi les déclarations de nos amis comme le ministre des Affaires étrangères de la France, ancien Premier ministre, Monsieur Alain Juppé qui a révélé devant les députés français que « la rébellion a remporté d’importants succès » contre notre armée nationale.

Le Niger par la bouche de son Chef d’Etat, le Burkina-Fao, par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, s’entendent pour révéler que la conséquence de ce succès militaire de la rébellion, c’est de recevoir sur leurs territoires respectifs, des milliers de Maliens obligés de fuir les combats et de se réfugier là où ils peuvent, hors de leur pays.

Le Chef de l’Etat de la Mauritanie accuse les autorités politiques de notre pays d’avoir refusé de prendre les mesures qu’imposait la circonstance de la présence D’Aqmi, des salafistes, voire de simples mafiosi s’adonnant au trafic de drogue. Il a révélé que ces gens se ravitaillaient à Gao et à Tombouctou, et que les numéros de leurs véhicules étaient connus.

Les faits visés dans cette accusation pourraient constituer l’une des causes lointaines, des difficultés éprouvées par notre armée qui n’a pas pu empêcher à nos concitoyens dont certains militaires, le malheur de se réfugier à l’étranger.

Au moment où ces informations existaient et qu’il fallait les prendre en compte, on était occupé à recevoir à Koulouba la rébellion, à se confondre devant ces hôtes en amitiés et en fraternité, à témoigner de nos sentiments par le volume de l’argent offert en cadeau, et la tonalité enchanteresse des mots de bienvenue.

Mais là n’est pas la cause de ces difficultés. Sûrement pas, car à entendre le chef de l’Etat lui-même, il a non seulement donné à l’armée tout ce que le commandement a demandé pour faire face à la menace d’une rébellion au nord de notre pays, mais également il est allé jusqu’à revoir à la hausse certains volets de cette demande.

A ce jeu-là, il n’y avait plus qu’un pas pour désavouer le commandement militaire ; ce pas là, il l’a franchi allègrement en disant que les hommes qui sont en charge de ce commandement ne sont ni des « Horons », ni des « Ladri » ni des « Danaya mogo ».

En français, on dirait que ce ne sont pas des nobles, qu’ils ont manqué de témoigner des vertus qu’on leur a prêté, et qu’ils ne sont pas dignes de confiance.

Rien ne nous permet de savoir si ce jugement qui paraît sévère correspond à la vérité. Autrement dit, « les succès remportés par la rébellion » constituent–ils des échecs imputables au seul commandement militaire de nos armées ou traduisent-ils l’incompétence des hommes politiques qui auront été dans l’incapacité de décider et de définir la conduite à tenir ?

D’ores et déjà, on ne peut apporter de réponse à cette question, tant il manque des informations qui aideraient à la fournir. Néanmoins, on pourrait rappeler certains propos du chef de l’Etat, à savoir, que toutes les mesures sont en train d’être prises pour donner à l’armée les moyens d’accomplir sa mission.

Faut-il comprendre qu’avant ce conflit, « toutes les mesures » n’étaient pas prises et que c’est à cause de cela que la rébellion « a remporté des succès » contre les troupes loyales ?

Il va de soi que les mesures qui sont en train d’être prises actuellement ne l’avaient pas été auparavant, et que si elles avaient été déjà prises, elles ne seraient plus à prendre maintenant. C’est élémentaire, c’est simple même pour un enfant.

Si ces mesures annoncées par le Chef de l’Etat relèvent de sa décision souveraine et de sa responsabilité, il reste à se demander en quoi le fait qu’elles ne soient pas intervenues plus tôt a pu changer le cours des événements au nord, et changer la conduite des opérations militaires au point que l’on ait pu parler de « succès de la rébellion ».

Les dispositions actuellement prises pour éviter les « succès de la rébellion », sont-elles d’ordre strictement militaire pour ne relever que du mode d’intervention du seul commandement militaire ?

Au contraire, relèveraient-elles de la compétence d’abord politique et du choix politique de définir une attitude et un comportement clair et précis face à la menace que déjà la Mauritanie avait identifiée dans notre pays ?

Il faut laisser à chacun son appréciation de la pertinence de ce jugement, de sa sincérité et de son objectivité. Les personnes concernées par une telle sentence semblent l’accepter ; peut-être y va-t-il de leur bonheur, de leur honneur et de notre gouverne.

Pour ma part, sans être intelligent, alors que j’avoue être totalement étranger à l’expertise militaire quelle qu’elle soit, surtout celle qu’on prête à un général, j’avais compris que les dés étaient jetés et qu’un conflit armé était inévitable. J’avais compris cela, malgré les embrassades, les paroles rassurantes et les millions offerts en guise de cadeaux de bienvenue.

Pourquoi j’avais compris ? Parce que les joujoux et la grosse artillerie servant de parures à nos hôtes venus de Libye, n’étaient tout simplement pas destinés à être rangés dans les armoires, ou enterrés sous le sable du désert ; il ne fallait pas deux francs de génie, pour comprendre qu’il était là pour faire la fête…la guerre, à moins de pointer du doigt une complaisance telle, qu’elle frise indubitablement la complicité coupable.

Je voudrais nous rassurer tous ! Je suis convaincu que nos as de la sécurité d’Etat, ces limiers qui font pâlir d’envie Sherlock Holmes, Dupont et Dumont, et qui n’ont jamais connu l’échec, tiendront à cœur de veiller sur la sécurité de l’Etat.

Ils ne peuvent faire moins : ils traqueront sans répit la « complicité coupable », cette dame qui s’en va emprunter à la rébellion la traîtrise de la guerre qu’elle impose à notre pays. Ils l’attraperont et la livreront à la justice, pour ainsi mériter de ce pays qui les aime tant. En attendant, Madame « la complicité coupable », vous n’avez rien à perdre !

Heureusement pour nos enquêteurs, qu’ils n’auront aucune peine à trouver dans les déclarations d’Alain Juppé et de son homologue du Burkina Faso, de S. E. le président de la République de Mauritanie et de son homologue du Niger, les éléments et les indices pouvant leur permettre d’avancer dans leur enquête.

Ces Messieurs sont dignes de notre respect et de notre considération ; ce sont nos amis qui nous disent la vérité des faits et des circonstances, cette vérité qu’ici des « mana mana-mogo» (des farfelus) ont repris avec eux, ou dit avant eux, la vérité du cri de détresse de nos réfugiés.

Attention, sur cette crise, l’Assemblée nationale a perdu la voix, c’est la faute au froid inhabituel qui sévit. 30.000 Maliens déversés à l’extérieur de notre pays, ce n’est pas assez pour que leurs représentants, les députés, siègent et débattent de leur situation. Ils doivent se contenter du conciliabule de quatre partis politiques, rejoints par la suite par une trentaine d’autres, pour soi-disant concocter « un plan de sortie » du conflit.

Je le disais tantôt que les institutions ne comptent pas. Seules les structures et les réseaux comptent, qui veulent se substituer à ces institutions et ainsi détourner leurs pouvoirs.

On a vite oublié que les partis politiques ne peuvent représenter qu’eux-mêmes, qu’ils ne peuvent en tant que partis politiques décider en lieu et place des représentants du peuple. Rien ne leur donne cette qualité, rien ne la justifie. Ils ne peuvent et ne pourront jamais se substituer au Parlement, quel que soit leur désir de se mettre en avant. Allons messieurs, respectons un tout petit peu seulement les formes !

L’initiative de la rencontre des partis politiques aurait été prise par le président de l’Assemblée nationale.Il n’y a aucun doute que celui-ci a oublié les élus et cette institution, tellement l’urgence lui commande de parer au plus important, selon lui, voler au secours du président de la République. C’est appréciable s’il n’en avait oublié au passage d’appeler les députés et de leur demander un peu leur avis.

A défaut d’autres choses, je suis sûr que nos réfugiés pour le moins, attendent de leurs représentants qu’ils se penchent sur leur sort, eux qui sont à plaindre plus que le président de la République, ils souhaiteraient certainement recevoir le réconfort de leur visite, là où ils sont, à défaut de recevoir comme les rebelles, des millions du chef de l’Etat.

Si jamais l’Assemblée nationale doit un jour décider de leur accorder la faveur d’évoquer leur sort, et le conflit qui en est la cause, elle pourrait également statuer sur la légalité de la réforme constitutionnelle et sur la révision de sa position sur cette réforme.

Il n’y a aucun doute que nos politiques et le président de la République s’accordent pour dire qu’ils n’ont aucune intention de violer la constitution.

Dans ce cas, l’article 118 de la constitution dispose qu’aucune reforme constitutionnelle ne peut intervenir lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité territoriale du pays ; toutes les reformes en cours doivent être immédiatement abandonnées.

Voilà qui est clair et sans commentaire.

Avant de terminer, je voudrais demander au président de la république d’affecter solennellement ses fonds de souveraineté, à l’entretien de nos compatriotes exilés.

Me Mohamed Ali Bathily

16 Février 2012