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A voir de près le comportement de nos décideurs, on se demande s’ils vivent la même époque que nous. Il faudrait aussi noter que le revers subi par notre armée nationale dans les toutes premières semaines de la crise n’est pas du tout étonnant. On peut affirmer que la plupart de nos soldats n’étaient pas prêts, notamment sur le plan psychologique à une telle situation.

A Kolokani, la crise que vit le Septentrion de notre pays occupe le centre des débats. Au 4e Quartier de la ville, un groupe de jeunes a coutume de se réunir autour du thé aux environs de 17 h. Depuis les premières attaques des rebelles, tous les débats sont centrés autour de la situation qui prévaut. Chacun veut montrer aux autres qu’il est le plus informé. Ce qui pousse certains jeunes à enregistrer sur leurs portables certaines émissions diffusées sur RFI, en particulier l’émission matinale « Afrique-Matin ».

Recours est fait à ces enregistrements pour corroborer les arguments que les uns et les autres apportent en guise d’information. Au cours des débats, toute information provenant des médias publics est prise avec réserve. Selon eux, les autorités ne cherchent qu’à dissimiler la réalité par le biais de ces médias. Certains vont jusqu’à déconseiller le fait de s’informer grâce à l’ORTM. A leurs dires, la chaîne nationale est à la solde du président ATT et de son gouvernement.

Cette crise de confiance manifeste entre les populations maliennes et leurs gouvernants est loin d’être spontanée. On peut même se permettre de dire que rarement elle a atteint le seuil actuel. « Vous savez, ce matin j’ai appris à travers l’ORTM que l’armée a mené un raid contre des positions rebelles. Il y aurait même eu plusieurs morts et blessés du côté des rebelles. Des véhicules et des armes de combat auraient été aussi récupérés par nos hommes », dit Karim.

A sa suite, Oumar prend la parole : « Karim, quand est-ce que tu vas arrêter de nous rapporter des histoires qui se racontent sur l’ORTM ? Cette chaîne ne diffuse que ce que les autorités veulent que la population sache et non la vérité. Dis-moi, as-tu jamais appris de sources officielles que des dizaines de milliers de nos compatriotes ont franchi nos frontières pour aller se réfugier dans des pays voisins ? »

Chaka, lui, profite d’un intermède pour attirer l’attention sur son point de vue. « A mon avis, le pouvoir en place a géré la question du Nord de façon hasardeuse. Par exemple actuellement, au sommet de l’Etat, on ne parle que de négociations. Fort heureusement que les rebelles ont refusé de se rendre à Alger. On se pose même des questions si nos autorités ne doutent pas de la capacité de l’armée nationale à contrôler cette insurrection. Il ne faut pas oublier que ces gens-là ne comprennent que le langage de la violence.

L’armée doit semer la terreur en leur sein, comme cela, quand ils réaliseront qu’ils n’ont aucune chance de l’emporter, ils se résigneront à chercher une issue pacifique. A travers les atrocités perpétrées à Aguelhok, les insurgés ont prouvé au monde entier qu’en réalité, ils sont plutôt des terroristes et non des rebelles. L’opinion internationale doit cependant comprendre que le Mali est dans une lutte antiterroriste.

Et qu’il mérite d’être soutenu sans faille. Car c’est à ce niveau que je situe la retenue dont font preuve nos autorités. Tout le monde a peur de se trouver dans la ligne de mire du TPI. Mais cette crainte ne doit pas aller jusqu’à pousser une nation entière à se plier aux exigences d’un mouvement rebelle qui n’a même pas d’objectif et qui du moins a perdu toute légitimité.

Aujourd’hui, les gouvernants doivent savoir que négocier avec ces rebelles est la dernière des choses que le citoyen lambda attend d’eux. Nos populations seront fières de pouvoir dire un jour que nos braves et dignes soldats qui sont tombés sur le champ de l’honneur ne sont pas morts pour rien. Pour ce faire, même s’il y aura négociation un jour, les responsables des massacres devront répondre et payer pour leurs actes immoraux ».

Abondant dans le même sens, N’tji explique : « Cette crise a néanmoins permis de mettre au grand jour les limites de la classe dirigeante de notre pays. Car il y a de cela quelques jours, on a vu de hauts responsables de ce pays pointer d’un doigt accusateur les médias d’être à l’origine du mouvement social qui a secoué le pays. Selon eux, les médias ont divulgué des informations qu’ils n’auraient pas dues.

Il faut peut-être rappeler à ces gens que de nos jours personne ne peut prétendre avoir le contrôle de l’information. Il vaudrait mieux pour eux de donner aux citoyens la vraie information. Sinon la population possède tous les moyens aujourd’hui grâce aux Ntic pour se mettre au parfum de la situation en temps réel et même découvrir la vraie version des faits. Ce qui prévaut en l’état actuel des choses, c’est de faire face à la situation telle qu’elle se présente. Il est ridicule de vouloir bluffer le peuple sur un sujet par rapport auquel il s’informe pratiquement en temps réel.

A voir de près le comportement de nos décideurs, on se demande souvent s’ils vivent dans la même époque que la génération actuelle. Il faudrait aussi noter que les revers qu’ont pris nos forces armées dans les toutes premières semaines de la crise n’est pas du tout étonnant. On peut affirmer aujourd’hui sans se tromper que la plupart de nos soldats n’étaient pas prêts, notamment sur le plan psychologique à une telle situation. Sinon comment expliquer, qu’en temps de guerre des soldats appellent leurs proches pour leur dire qu’ils sont constamment à court de munitions ou de nourriture ?

Même si cela s’avérait, le secret militaire n’enseigne-t-il pas de passer par la hiérarchie ? A l’heure actuelle, il convient que tout le peuple malien se donne la main afin de faire face à l’essentiel : c’est-à-dire l’unité nationale. Sinon, s’il s’agit de trouver un responsable pour la divulgation de certaines informations qui relèvent du secret militaire, il convient de se tourner vers l’armée elle-même ».

Diakaridia Sanogo

(correspondant local)

Le 21 Février 2012