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Dans un communiqué rendu public le lundi soir, le gouvernement malien se félicitait de la rencontre d’Alger qui s’est déroulé du 28 au 30 août dernier, rencontre au cours de laquelle il a été décidé de poursuivre l’application de l’accord d’Alger du 4 juillet 2006. Comme mesures concrètes, les premières forces spéciales, formées de militaires et d’ex-rebelles touareg maliens, pour la sécurité dans le nord du Mali, seront créées avant fin septembre.

L’autre point important est l’engagement pris d’une libération prochaine des prisonniers rebelles détenus par l’armée malienne. Le dernier point concerne le déminage de la zone.

“Avant la fin du mois de septembre, nous avons décidé d’installer à Kidal (nord-est) une première unité spéciale composée d’ex-rebelles touareg et de soldats de l’armée” malienne, a déclaré à l’AFP, un membre de la délégation malienne présente à Alger. L’information sur la mise en place prochaine des unités spéciales est confirmée par Amada Ag Bibi, député de Abeïbara et porte-parole de l’Alliance du 23 mai. “Oui, c’est vrai. Avant la fin du mois de septembre, nous allons installer à Kidal les premières unités spéciales”, a-t-il déclaré à l’AFP lors d’un entretien téléphonique.

Les discussions entre la délégation du gouvernement malien et l’Alliance démocratique du 23-Mai pour le changement, qui réunit les différents groupes d’ex-rebelles touareg maliens, se sont tenues avec la médiation algérienne, à l’origine d’un accord sur l’arrêt des hostilités entre les deux parties conclu à Alger en juillet dernier.

Pour ce qui est de la libération des prisonniers, un membre de la délégation malienne a déclaré à l’AFP que le Mali s’est engagé “à libérer les prisonniers” que l’armée détient.

A propos des militaires maliens encore en otage, un responsable de l’ex-rébellion touareg a indiqué: « Nous, au total, nous avons libéré tous les 32 militaires maliens détenus par les différents groupes”, laissant entendre que les autres otages (quelques dizaines) sont détenus par Ibrahim Ag Bahanga, celui par qui la crise a repris, absent à la réunion d’Alger et qui se trouvait à Tripoli.

Interrogé par un journaliste de l’AFP sur la signification à donner à cette présence de Ag Bahanga à Tripoli au moment des discussions d’Alger, la même source a indiqué qu’il n’y a pas “une double négociation”. “Il y a un seul médiateur, c’est l’Algérie. Maintenant, si la Libye peut participer à la libération des otages que Ibrahim Ag Bahanga détient, c’est une bonne chose”, précise-t-elle.

Cette réunion de trois jours entre des émissaires du gouvernement malien et les ex-rebelles touareg a été jugée “positive à tous points de vue”, par le médiateur algérien Abdelkrim Gheraïeb, ambassadeur de son pays au Mali. “C’est une réunion positive au cours de laquelle des décisions importantes ont été prises”, a ajouté le médiateur.

Il est à noter que c’est la deuxième rencontre d’importance entre le gouvernement malien et les rebelles afin de relancer le processus de paix consigné dans l’Accord d’Alger. Et depuis que l’Algérie a repris sa place de médiateur, le cessez-le-feu obtenu lors de la première rencontre du mois de juillet est observé par les parties en belligérance. Mieux, une trentaine d’otages ont été libérés par les rebelles. Mais l’absence de Bahanga à la récente rencontre d’Alger et surtout sa présence dans le même temps à Tripoli laisse la place à toutes sortes de commentaires.

Est-il besoin de rappeler que c’est par lui que le malheur est revenu ? Sans préjuger de ce qu’il ferait, il est important de signaler que c’est lui qui détient encore le gros des otages, une soixantaine, et que c’est lui qui connaît l’emplacement exact des mines antipersonnel. Comme il semble exclu qu’il relance la Libye pour jouer une médiation parallèle, il est fort à parier qu’il chercherait à monnayer la libération de ceux qu’il considèrent comme ses prisonniers de guerre.

Kadaffi dont la « faiblesse » pour tout ce qui touche le monde touareg est connue ne verrait aucun inconvénient à jouer les utilités une fois de plus en déliant la bourse histoire de laisser son nom au passage dans la résolution de la crise.

Côté algérien, tout semble se dérouler comme prévu. La capacité de l’Algérie à mettre tout le monde autour de la table est une fois de plus prouvée. Mais il faut reconnaître que le voisin du Mali trouve également son intérêt à voir la paix à ses frontières sud. Et comme le mois d’août a été particulièrement meurtrier, il n’est pas improbable de considérer que les unités mixtes pourraient servir aussi l’Algérie dans sa stratégie de contenir ses terroristes en minimisant la porosité de sa frontière avec le Mali.


Damouré Cissé

09 Septembre 2008