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C’est un Premier ministre pitoyable qui est apparu à la télévision, mardi soir, pour annoncer l’incapacité de son gouvernement à résoudre les problèmes de l’école. Avec réalisme certes, il avoue que nous sommes collectivement responsables et demande un sursaut national pour sauver l’année scolaire 2007-2008. En suppliant les syndicats de surseoir à leurs revendications, il fait la promesse risquée de tenir tous ses engagements. C’est donc un Premier ministre acculé jusqu’à ses derniers retranchements qui dit : “l’année académique peut être préservée si tous les cours se déroulent correctement dans plusieurs ordres d’enseignement mais la situation est très fragile. Or, une nouvelle année perturbée engendrera de nombreuses difficultés, prolongera le cycle infernal des années scolaires sans fin .Il nous faut lever cette hypothèque et annoncer un cycle vertueux de stabilité, de progrès et d’excellence pour notre école et notre université”.

Après avoir fustigé la démission des parents, le manque d’autorité de l’administration scolaire, le comportement anti-pédagogique des enseignants, l’indiscipline des élèves et étudiants, Modibo Sidibé nous propose de revenir aux valeurs cardinales d’éthique et de discipline.

Il envisage, dans les cinq mois à venir, des débats sur l’école et l’université auxquels participeront toutes les composantes de notre société. Au cours de ces assises, il voudrait que l’accent soit mis, entre autres, sur le remodelage de l’enseignement supérieur et de la recherche en rapport avec les dispositifs de développement socio-économique ; l’enseignement technique et professionnel axé sur l’emploi ; l’atteinte de la scolarisation universelle ; l’accélération de la mise en œuvre du Prodec ainsi que de l’accord de partenariat pour une école apaisée et performante ; les questions liées à la dignité de l’enseignant : éthique, responsabilité, devoir, rémunération et carrière ; la qualité de l’enseignement et du produit de l’école ; les infrastructures et équipements ; l’administration scolaire ; la sécurité dans l’espace scolaire et universitaire… Modibo Sidibé n’est pas seul à reconnaître l’échec de son gouvernement.

Au cours de sa dernière conférence nationale, tenue samedi dernier au Centre international de conférence de Bamako, le président de l’Adéma-Pasj, Dioncounda Traoré, avait soutenu que l’école est malade et que tout le monde devait se mettre à son chevet. C’est une confirmation du désaveu de la politique d’ATT qui déclarait en 2002 : “il faut impérativement instaurer un climat de confiance dans les relations avec les partenaires de l’école. J’impulserai une nouvelle dynamique de concertation et de collaboration entre tous les acteurs du système éducatif. Assurer un enseignement de qualité au plus grand nombre d’enfants de notre pays sera une priorité. A cette fin, la fonction enseignante sera revalorisée, les conditions de dispense de l’enseignement améliorées et les infrastructures augmentées”.

Dans le discours de clôture de son deuxième congrès extraordinaire tenu les 15 et 17 décembre 2006, le président du Parena avait pourtant tiré la sonnette en indiquant : “dans le cas spécifique de l’école, de notre politique de formation et de préparation de la jeunesse à entrer dans la vie active, il est dommage, il est regrettable que près de cinq années de vents favorables du consensus n’aient pas été mises à profit. Que pendant cinq années de consensus, on ait fait du sur place, que l’on ait continué à repousser la résolution des problèmes de fond comme l’on repousse les saletés dans un coin de la pièce, de peur d’entreprendre des réformes, de peur d’agir ! Résultat : l’école est source d’inquiétude pour chaque famille, pour quiconque se penche sur l’avenir de ce pays”.

Modibo Sidibé et son équipe reconnaissent pitoyablement aujourd’hui leur échec notoire.

Baba Dembélé

21 mars 2008.