Partager


L’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) a passé au peigne fin la situation de l’école malienne à travers tous ses cycles d’enseignement lors d’une conférence de presse vendredi dernier à la Maison de l’étudiant. Se disant ouverte au dialogue et prête à œuvrer davantage pour une école apaisée et performante, l’AEEM soutient n’être pas responsable de l’impasse actuelle.

Face à la crise lancinante de l’école et à la cascade d’événements fort regrettables qui se succèdent jour après jour, l’AEEM a tenu à révéler sa position et donner sa vision des choses.

Son secrétaire général, Mohamed Baby, s’est engagé dans un exercice « d’éclaircissement et de mise au point ». Commençant par l’enseignement fondamental, M. Baby a souligné que « l‘année se déroule normalement ». Seulement, a-t-il continué, des grèves d’enseignants ont perturbé pendant quelques jours le déroulement des cours.

Le blocage à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) a ravi la vedette aux autres facultés de l’Université de Bamako. Pour le secrétaire général de l’AEEM, tout se déroule normalement dans nos facultés, à l’exception de la FSJP, « théâtre d’un contentieux électoral, d’une guerre de clans dont les étudiants sont victimes ».

Et les « étudiants sont partagés entre les deux clans de la FSJP, c’est-à-dire le clan Snec et le clan Snesup. Dans de telles conditions, a-t-il fait remarquer, l’ancienne année scolaire peine à se terminer a fortiori la nouvelle ».

Sujet de préoccupation nationale, l’enseignement secondaire est sous la menace d’une année blanche même si les uns et les autres soutiennent s’atteler à « sauver l’année » en trouvant une porte de sortie honorable.

Le secrétaire général de l’AEEM a dressé un tableau très sombre de l’année académique 2007-2008. Si du côté des établissements privés, tout se déroule normalement avec « deux trimestres pour certains », au public, c’est une « crise profonde », a-t-il laissé entendre.

En effet, selon Mohamed Baby, les secondaires du public, qui suivent normalement les cours, n’ont fait aucune évaluation depuis le début de l’année, les évaluateurs que sont les enseignants étant engagés dans un bras de fer inédit avec le département de tutelle pour la satisfaction de leurs doléances. Et « l’AEEM n’en est point responsable car nous n’avons fait aucune perturbation ».

Avertissement

Sur les évaluations nationales avortées du 5 mai dernier au niveau des lycées, qui avaient été émaillés par des scènes de violences, le secrétaire général de l’AEEM précisera que son association n’était pas partante.

« Le samedi 3 mai 2008, à la veille des évaluations, le bureau de l’AEEM s’est réuni et a décidé de boycotter les évaluations et de les prendre ainsi en otage. Nous avons voulu que les choses soient équilibrées car les privés ne pouvaient pas être à deux trimestres alors que les publics n’en avaient eu aucune », a indiqué M. Baby avant d’ajouter que « le dimanche 4 mai, les sections AEEM des établissements privés ont ensuite promis de nous être solidaires ».

Toutefois, l’AEEM se démarque des auteurs de violences et condamne le hooliganisme. « Nous ne sommes pas les casseurs et ne revendiquons pas la violence. Nous préconisons le dialogue ».

De nouvelles « évaluations nationales » sont prévues au secondaire dès ce lundi 19 et, ce jusqu’ au 30 mai. Suite à une correspondance de l’AEEM adressée au ministre Amadou Touré pour savoir les dates des évaluations, à en croire M. Baby, « il nous a été signifié que les évaluations commencent le 19 ».

« Les élèves se préparent pour les évaluations, c’est ce qui explique certaines sorties ces derniers jours. L’AEEM a invité ses militants à composer car nous ne voulons pas d’une année blanche. Tout le monde veut sauver l’année. Que les évaluations aient lieu ou pas est autre chose, nous sommes quand même prêts ».

Et à Baby d’avertir que « nous n’accepterons pas que notre avenir soit pris en otage ».
Le secrétaire général de la Coordination des enseignants du secondaire (Coses), Tiémoko Dao, que nous avons joint par téléphone a indiqué que « nous restons sur nos positions et ne ferons rien pour empêcher les évaluations. Ce forcing est le premier du genre dans un état de droit. Wait and see ! »

Un conseiller dans un Centre d’animation pédagogique (Cap) nous a informé que les académies ont demandé à tous les Cap de mettre des enseignants du fondamental à leur disposition pour la surveillance des évaluations.

Tout en réitérant la participation de l’AEEM aux Etats généraux de l’école proposés par le Premier ministre, M. Baby a souhaité qu’ils soient « une réponse à nos difficultés.

La crise de l’école est devenue une crise permanente. Nous ferons quand même des propositions concrètes ». Cependant, a-t-il déjà averti, « il ne faut pas que les Etats généraux se fassent sur notre dos, car tout le jeu se fait autour de l’AEEM ».

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

19 Mai 2008