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Le 3 juin dernier, alors qu’il était presque cerné dans sa principale base de Tin Assalak, Ibrahim Ag Bahanga a pu se frayer un chemin dans une zone dont il connaît tous les coins et recoins. Mais l’étau se resserre de jour en jour autour du chef de gang.
Après l’attaque du 23 mai 2006, Ibrahim Ag Bahanga avait constitué en marge de l’Alliance du 23 mai, un groupe de combattants qu’il dirigeait.

Il organisera une attaque contre la garnison de Tinzawaten. Au cours des affrontements, Bahanga est blessé au bras. Il sera soigné dans un pays limitrophe.

Ce rappel montre à quel point, le chef de gang a jusqu’ici été habité par la baraka. Ce qui lui a valu d’échapper à la capture ou à une mort certaine.

A Tin Assalak, le 3 juin, Bahanga, une nouvelle fois, est parvenu à sauver sa peau, en abandonnant honteusement ses hommes sur le terrain et sous le feu de l’armée. En effet, selon nos sources, au déclenchement de l’opération menée par une unité de l’armée, commandée par El Hadj Gamou, Bahanga n’était pas à Tin Assalak.

Le chef de bande, à en croire les mêmes sources, avait réuni une partie de sa troupe vers Tinzawaten qu’il projetait d’attaque une nouvelle fois.

Entre temps, l’armée est entrée en action à Tin Assalak. Informé, Bahanga, en compagnie de Fagaga, a décidé de revenir défendre son principal bastion.

Les deux complices trouvent que le rapport de force était inégal sur place. En effet, le gros de l’effectif qui était à la base au début de l’opération, avait été anéanti par Gamou et ses hommes. Alors que certains bandits s’étaient rendus à l’armée, d’autres avaient fui.
Face à la débandade de sa troupe, Bahanga tenta un baroud d’honneur, indiquent nos sources.

Il essaya d’organiser un semblant de résistance avec quelques éléments, au moment où l’armée avait pratiquement réussi à encercler la quasi-totalité de la zone.

Ayant pris toute la mesure du danger, Bahanga décida alors d’abandonner le combat. Il s’enfuit, en compagnie toujours de Fagaga, à bord d’un véhicule (4X4) équipé de mitrailleuse. Le chef de gang abandonna ainsi une partie de ses hommes qui, ayant constaté le fait, ont cessé toute résistance. Voilà, comment Bahanga a pu sauver sa peau. Mais pour combien de temps encore ?

Au vu des nouvelles dispositions prises par l’armée, le bandit est actuellement acculé. Toutes ses principales voies de ravitaillement en armes, munitions et vivres sont actuellement sous contrôle des unités de l’armée. Aussi, la hiérarchie militaire a décidé de multiplier les patrouilles et de renforcer leur arsenal.

Ce déploiement de forces s’avère payant. En effet, à chaque fois qu’il était en difficulté, Bahanga sollicitait le concours de rebelles du MNJ (Mouvement Nigérien pour la Justice). Jusqu’ici, les deux groupes se sont alliés.

Mais, sans le coup de main des Nigériens, l’occupation systématique de ses voies de ravitaillement, les pertes en hommes et matériels subies à Tin Assalak, mettent aujourd’hui Bahanga en difficulté. L’étau se resserre indiscutablement autour du bandit.
Cependant, force est de reconnaître l’existence de certains facteurs qui peuvent constituer des atouts pour la bande et particulièrement pour Bahanga.


Premièrement :
sa parfaite connaissance du terrain. En effet, depuis plus d’une décennie, cet irréductible a parcouru toute la zone de Kidal.

Il maîtrise parfaitement le terrain et connaît tous les endroits susceptibles de lui servir de refuge. Le bandit, doublé d’un narcotrafiquant, a une parfaite connaissance des lignes frontalières séparant le Mali de l’Algérie ou du Niger. Il connaît également toutes les hauteurs montagneuses de Kidal, Boureïssa et Menaka. Ces montagnes ont toujours été des bases arrières pour les différents groupes armés.

D’accès difficile, elles peuvent être des citadelles imprenables pour n’importe quelle armée.

Deuxièmement : la présence aux mains des bandits des otages qui constituent de véritables boucliers humains pour eux. En effet, la hiérarchie militaire, au cours de chaque opération contre les bandits, est obligée de tenir compte de cette donne. Bahanga le sait. Et, c’est pour se prémunir contre une offensive généralisée de l’armée, qu’il a, depuis le déclenchement des hostilités en août 2007, basé sa stratégie sur la prise d’otages.

Malgré tout, le bandit, avec la destruction de Tin Assalak a subi le second revers, après celui consécutif au pilonnage de ses positions (entre Kidal et Anefis), en avril dernier, par les troupes héliportées de l’armée. Là également, Bahanga a échappé de peu à une fin tragique. C’est un de ses cousins qui a été tué. Au cours de cette opération, Bahanga s’était enfui.

Tournant décisif, la destruction de la base de Tin Assalak, le sera indiscutablement.

En effet, cette base jusqu’ici a été considérée comme étant le principal bastion des bandits. A la fois point de ralliement et base logistique des bandits, Bahanga y avait installé son Quartier Général.

C’est là qu’il organisait toutes ses opérations et stockait une importante quantité de son arsenal. Au cours de l’opération de Gamou, tout l’arsenal et l’approvisionnement (vivres, carburant) ont été détruits. C’est encore à partir de Tin Assalak que les bandits concoctaient, planifiaient et lançaient leurs différentes opérations.

Les lieux étant désormais sous contrôle de l’armée, il est évident que Bahanga et ses complices chercheront à gagner du temps, en multipliant des appels pour un nouveau cessez- le feu ou encore une trêve. Histoire, sans doute, de se réorganiser. Mais cette fois, le piège ne se refermera que sur eux. Et eux seuls.


C H Sylla

12 Juin 2008