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Le ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine avait balisé le terrain pour des élections consensuelles, mais l’immixtion du président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur (HCME) dans le choix du président, samedi dernier, est une plaie béante ouverte au sein des communautés maliennes en France.

Le président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur est allé lui-même à Paris pour tenter de mettre fin à la crise qui prévaut depuis 2003 au sein du bureau des Maliens de France. Le patriarche qui tient les commandes de la structure depuis sa création au sortir de la Conférence nationale en 1991 avec une bourse bien fournie, voulait montrer aussi qu’il a une poigne de fer.

Samedi dernier, à la tête d’une petite délégation, il est descendu à Paris pour organiser et superviser en personne – en compagnie du consul général du Mali en France – de nouvelles élections pour le renouvellement du bureau du Conseil des Maliens de France.

Le scrutin s’est tenu dans les locaux du consulat général du Mali en France qui, pour la circonstance, a mobilisé son personnel d’encadrement, des agents de sécurité pour prévenir tout débordement.

Dans un communiqué adressé à notre rédaction (cf. Les Echos page 3 du mercredi 28 mai 2008), on apprend que c’est le candidat Gaharo Doucouré qui a été élu avec un score écrasant de plus de 98 % des voix face à Oumou Kanté, dont la candidature aurait été annulée en un premier temps par la commission électorale, supervisée par le consul général du Mali en France, le magistrat Waffi Ougadèye Cissé.

Pour rappel, suite à des tractations menées par le ministre Aliou Badra Macalou, chargé des Maliens de l’extérieur, le scrutin qui devait être tenu le 4 mai dans un esprit de consensus et de paix retrouvée pour l’union a échoué face une situation ubuesque entretenue par les différentes parties prenantes.

Finalement, le bureau sortant, dirigé par Diadié Soumaré, a porté à la tête du Conseil des Maliens Makan Sidibé en succession à son soutien et protecteur.

Contacté par nos soins, Diadié Soumaré s’est dit plus que navré par les agissements de Abdrahamane Chérif… « L’organisation d’un scrutin quel qu’il soit, peut-il être fait sans le bureau sortant ? » s’est-il interrogé ajoutant que « M. Haïdara est avec des intentions bien claires : installer un bureau sans tenir compte des réalités de la situation.

De toute façon, nous ne nous laisserons pas faire ». Voilà qui est assez révélateur de la cristallisation.

Guerre ouverte

Contesté par Gaharo Doucouré, installé à la tête de la structure dans une ambiance de fête, avec la bénédiction du bureau national des Maliens de l’extérieur, du ministère chargé de nos compatriotes vivant à l’étranger et du consulat du Mali en France, le bureau dirigé par Diadié Soumaré, pour un second mandat, se trouve aujourd’hui marginalisé.

Abdrahamane Chérif Haïdara, qui déclare ne reconnaître que le bureau qu’il a lui-même mis en place, est à son tour attaqué par les hommes de Diadié Soumaré sur son illégitimité à la tête du HCME car, rappelle-t-on du côté des bannis, « son mandat a expiré depuis janvier 2007 ». Et l’on ne se retient pas d’interroger avec malice : « comment un illégitime peut-il imposer sa loi ? »

Diadié Soumaré qui a bataillé des années durant contre les différents ministres de tutelle et se débrouillant sans le consulat général qu’il considère comme un simple partenaire qui aurait plus besoin de ses services que lui M. Soumaré des leurs est donc décidé à engager une partie de bras de fer avec Abdrahamane Chérif Haïdara.

Des rumeurs faisant état de la volonté de M. Soumaré à succéder à M. Haïdara circulent depuis un certain temps. Ce qui aurait incité Abdrahamane Chérif à dénouer les cordons de la bourse et à sortir ses armes.

Le président des Maliens de l’extérieur devra également affronter les velléités protestataires des bureaux des Maliens de Côte d’Ivoire et des Etats-Unis d’Amérique. Dans le premier pays, le renouvellement a donné lieu à des saccages des locaux et des mobiliers où se sont tenues les élections. La volonté du président Chérif de mettre un holà à cette situation ne fait donc que commencer.

Oussouf Diagola

(Paris)

29 Mai 2008