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Le sujet, qui court aujourd’hui sur toutes les lèvres, est, bien entendu, la crise boursière qui ne cesse de secouer les banques des pays capitalistes. Partout, au quatre coins de la terre, c’est cette crise boursière ou plus exactement cette faillite bancaire américaine qui alimente les causeries et débats à travers nos villes et campagnes. Tantôt, cette secousse est perçue comme une crise passagère des finances du monde capitaliste avec en premier lieu celles des Etats- Unis d’Amérique ; partout, l’on conclut à la mauvaise gestion économiste des finances ou tout au moins, dit- on, les meilleurs cerveaux rompus à l’économie capitaliste ont été pris de cours par ce désordre «inimaginable» que connaissent ces temps- ci les banques américaines. …

Mais comme on le sait bien, les Etats- unis d’Amérique (USA) forment fondamentalement le même giron économique et donc avant tout politique que les autres pays capitalistes du monde notamment la France, la Grande Bretagne, le Japon, la Belgique, l’Allemagne. Comme pour dire que toute cette crise qui fait tousser les USA enrhumera nécessairement ces pays capitalistes d’Europe occidentale, satellites des Etats- Unis.

D’un autre côté, cette faillite «ineffable» des finances capitalistes s’avère une sérieuse alerte pour tous ceux, là bas comme en Afrique, qui vivent de l’exploitation et de l’oppression ignobles des masses laborieuses. Nous voulons nommer les bourgeois nationaux et internationaux.

Cela est d’autant plus exact que le «G8» planche déjà très profondément sur la question de la survie du capitalisme monopoliste. Conscients du danger de la désagrégation qui guette tous les pays d’obédience capitaliste, les Etats directement concerné ont déjà commencé à mettre la main à la poche pour sauver ce qui peut l’être encore de l’économie capitaliste mondiale. Mais ces pays n’ont pas fait que mettre la main à la poche, ils ont demandé à leurs cerveaux de chercher à sortir le capitalisme de la léthargie, de l’immobilisme et des conceptions désuètes d’économie politique. En tout cas, cette grosse secousse monétaire, qui a touché de plein de fouet les finances euro- américaines, occasionne de nombreuses interrogations, entre autres :


– Pourquoi une faillite aussi spectaculaire des banques américaines que l’on croirait suffisamment loties et gérées par les économistes les plus chevronnés du bloc capitaliste ?

– Quelles sont les causes véritables et profondes d’une telle débâcle financière dans des pays que l’on a toujours supposés chez nous comme les plus puissants de la planète terre ?

– Jusqu’où cette crise des banques capitalistes américano- européennes pourrait aller ?

– La débâcle des banques ainsi indiquées va- t- elle épargner les économies africaines déjà suffisamment éprouvées par les détournements, les surenchères, la surfacturation, la gabegie, le clientélisme, l’achat des consciences, l’affairisme, les trafics d’influence… ?

– A partir de cette crise financière capitaliste, peut- on dire que rien ne sera comme avant ?

– Les économies capitalistes ne sont- elles pas entrain d’amorcer leur descente aux enfers ?

– En lieu et place de ces économies en déconfiture et qui ont déjà montré toutes leurs limites, que faut-il à présent entreprendre pour redonner confiance aux peuples laborieux du monde pour un monde à l’avantage des masses laborieuses ?


A la question du pourquoi de la crise des banques américaines qui sont les joyaux d’une économie que les gens se plaisent à citer en exemple, les exemples divergent

Certains réformateurs n’hésitent pas à taxer cette crise conjoncturelle, de passagère, voire de normale dans un processus de développement économique. Mais il faut aussi leur dire que cette vision de la crise est non seulement simpliste, mais surtout exprime la noyade enclenchée de l’économie capitaliste. Ici, nous n’avons nullement l’intention de faire une analyse profonde du phénomène à cause de l’étroitesse des colonnes d’un journal.

Nous dirons tout simplement ici qu’autant, il est absurde de déplorer l’existence d’accidents ou de blessés de guerre sans attaquer à leur cause immédiate et profonde à savoir la guerre et ses mobiles, de la même façon, il est insensé de s’attaquer à la crise sans déterminer au préalable quelle situation permet l’apparition d’une telle crise : c’est-à-dire en quoi le capitalisme monopoliste permet précisément de type de fonctionnement économique conduisant à la débâcle financière ou plus précisément en quoi le capitalisme monopoliste le rend nécessaire. Il faut dire sans le moindre risque de se tromper que le capitalisme est non seulement arrivé à son apogée, mais surtout qu’il a toujours préparé lentement mais sûrement sa propre faillite.

D’abord parce qu’elle a horreur de la critique saine mais surtout parce qu’elle s’inscrit en droite ligne contre les intérêts majeurs des masses travailleuses. Ainsi, les économistes bourgeois les plus chevronnés se trouvent-ils en face d’un dilemme, d’une situation pratiquement impossible à gérer, à savoir que d’un côté, ils sont tenus de respecter les choix et préférences «révélés» par le marché des consommateurs et, de l’autre, il leur est strictement interdit de porter une quelconque appréciation critique sur le gaspillage orchestré par les barrons des industries et des banques, la structure de la production et la dégradation culturelle qui en résultent, pourtant caractéristiques de la société capitaliste.

Comme le dirait le grand Professeur économiste M. Mason «toucher aux monopoles c’est toucher à beaucoup d’autres choses». Comme pour se rendre complices ou même coupables de la honteuse politique de l’Autruche, les économistes bourgeois estiment que ce sont les choix des consommateurs qui dérèglent l’allocation rationnelle des ressources et dégradent la vie morale et culturelle de la société. Cette volonté manifeste des économistes bourgeois de noyer le poisson apparaît plus clairement dans le «The Wall Street Journal», du 7 octobre 1960 à la page 16.

On pouvait lire : «Le prétendu gaspillage dans notre économie de type privé, est précisément ce qui permet aux gens de gagner leur vie et donc de répandre le bien être sur tous. C’est ainsi que nous obtenons nos splendides écoles et hôpitaux, nos routes, nos équipements collectifs».

Mais, il est aisé de constater que cette argumentation est tout simplement dénuée de vérité. Cela est d’autant exact que dans les pays capitalistes, les attentats à la voiture piégée, les braquages, les piratages de l’air et des navires, les assassinats quotidiens, les vols à mains armées, les suicides, la consommation généralisée des stupéfiants, etc, ne sont certainement pas expressions du bien être socio-économique et culturel des masses populaires ! Bien au contraire, c’est bien là, la preuve du malaise généralisé des dites masses populaires vivant sous les cieux capitalistes bourgeois.

Il faut donc dire que la crise financière américaine titre sa source des contradictions réelles profondes du capitalisme monopoliste. Il ne serait pas judicieux de charlater sur les contours et les limites de la crise bancaire débutée au pays de l’Oncle Sam. La seule certitude c’est que cette crise est le début d’une fin. Le capitalisme monopoliste a déjà atteint ses limites objectives. Il ne peut désormais qu’amorcer la chute libre ou plus exactement sa décente dans les enfers.

A la question de savoir si l’Afrique sera épargnée par cette catastrophe bancaire, il faut tout simplement répondre par la négative et pour cause

– Nul doute aujourd’hui que la mondialisation que l’on propose aux Africains est tout simplement la poursuite du néocolonialisme sous d’autres formes. L’Afrique reste économiquement et politiquement assujettie par le capital international. Cela nous conduit à dire que les moyens de production sur notre continent restent sous la coupe réglée des bailleurs de fonds comme le FMI et la Banque Mondiale. Or, nul doute qu’aucune vraie planification n’est possible tant que les moyens de production resteront contrôlés par des intérêts privés.

– Les dirigeants africains sont de ce fait, dans leur écrasante majorité, les relais des intérêts fondamentaux des propriétaires occidentaux des moyens de production et d’échange.

L’on comprend donc et pourquoi cette bourgeoisie occidentale capitaliste n’hésite pas un seul instant à soutenir les régimes politiques africains les plus corrompus, les gouvernements les moins soucieux des intérêts des masses laborieuses, les dictatures les plus rétrogrades et les plus cruelles, par l’octroi d’une «aide» économique, militaire, culturelle et morale puisque ces gouvernements acceptent de se soumettre aux impératifs d’un capitalisme dévorateur et bourreau des peuples.

L’autre face de l’iceberg est que les puissances occidentales en mal de crédibilité et surtout de projets fiables pour l’avenir, se donnent le droit d’agresser les peuples qui refusent de dire «oui maîtres.» L’odieuse guerre contre le peuple irakien ne peut s’expliquer que par la volonté des dirigeants américains de préserver l’économie américaine d’une faillite insurmontable. Mais comme on le sait, au lieu de gagner cette guerre, les USA l’ont déjà honteusement perdue : non seulement sur le terrain, les grands de l’armée américaine se rendent d déjà à l’évidence que la victoire militaire est une illusion dans cette guerre d’agression et d’occupation avec plus de 70 milliards de dollars engloutis par l’économie américaine.

La suite logique n’échappe à personne : la crise de liquidité des banques américaines et ses répercutions sur les économies capitalistes bouleverse aujourd’hui bien d’analystes économistes. Aujourd’hui, plus qu’hier, la chute du capitalisme monopoliste s’avère inévitable.

Dans les pays africains, une telle crise conduit nécessairement à des opérations d’ajustement structurel. Mais il ne peut-être question de telles opérations dans le cas des banques américaines. L’intervention des Etats capitalistes au près des banques en difficulté est un moyen de circonscrire pour quelques temps la désagrégation des systèmes capitalistes de gestion de l’économie. Il est donc aujourd’hui clair qu’à partir ce cette alerte chaude des milieux financiers capitalistes, rien ne peut plus être comme avant.

Le capitalisme monopoliste est donc appelé à se désagréger. Mais en lieu et place que faut- il vraiment pour redonner confiance aux masses laborieuses ? Il faut donc en lieu et place une société de type nouveau, tournée vers l’avenir des peuples. Mais pour qu’une telle société puisse voir le jour et se développer, il faut que prenne fin le règne d’une oligarchie administrant toutes les ressources sociales au bénéfice d’une poignée de monopoles dans l’optique du maintien à tout prix du statu quo.

En conséquence, la réalisation d’une société n’est possible qu’à «travers une lutte véritablement déterminée contre les formes rétrogrades, conservatrices et réactionnaires en faveur d’une transformation des structures politiques, économiques et sociales dans une société en stagnation, voire en recul».

Quant à l’Afrique, c’est une opportunité notoire pour les travailleurs de demander des rapports de coopération de type nouveau et donc mutuellement avantageux. Auquel cas contraire, ils doivent exiger de leurs dirigeants des rapports de coopération plus poussés et plus profonds avec des pays socialistes comme la Chine, Cuba, la Corée du nord, etc. A ce seul prix, une Afrique nouvelle est possible.


Fodé KEITA

20 Octobre 2008