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Il n’est pas très fréquent chez nous en Afrique, notamment au Mali de voir un ministre en fonction de porter des griefs contre le président d’une institution aussi puissante que l’Assemblée nationale. Pourtant, ‘’impossible n’étant pas français’’ comme on le dit souvent, le ministre en charge de l’Economie et des Finances, Boubou Cissé, n’a pas hésité à faire une révélation brûlante à l’encontre de l’Assemblée nationale en affirmant que cette institution n’est pas un modèle en matière de bonne gestion. C’était lors de l’ouverture de la session budgétaire de 2016 de l’Assemblée nationale. Comme on le dit, le ministre Boubou Cissé a jeté «un pavé dans la marre» de cette institution régulière de la marche de la démocratie dans notre pays.

une-3209.jpgPar cette déclaration fracassante du ministre Cissé, l’on constate que c’est bien là une attaque directe dirigée contre le président de l’Assemblée nationale en la personne d’Issaka Sidibé. Par cette occasion, M. Cissé a déclaré que notre Assemblée nationale ne donne pas le meilleur exemple en matière de gestion des finances. Ladite déclaration ne pouvait pas ne pas susciter des remous au sein de l’hémicycle. C’est ainsi que de voix se sont levées pour demander au président Sidibé une clarification de sa gestion. Cela s’avère nécessaire quand on sait qu’Issaka Sidibé est souvent en déplacement (peut être plus que le président de la République Ibrahim Boubacar Keïta). Tel peut être un motif pour des députés de s’abstenir de toute participation aux sessions de l’Assemblée nationale.
Mais chose curieuse, c’est que c’est un ministre qui met en cause la gestion de cette institution. La question qui se pose donc est de savoir si ces critiques relèvent de l’initiative personnelle du ministre Cissé sans la moindre complicité du président. Cette question est d’autant importante que l’on dit souvent chez nous que «le son dégagé par le petit balani (balafon) est l’émanation du grand balani ou balafon.»
En tout cas, en reconstituant les événements politiques dans notre pays, l’on ne peut s’empêcher de rappeler qu’à l’occasion du choix du président de l’Assemblée nationale, l’honorable député Issaka Sidibé n’était nullement celui du président IBK. Celui-ci, aux dires des indiscrétions, soutenait plutôt la candidature de son ami Abdrahame Niang totalement rejeté par le RPM. L’éventualité que la déclaration fracassante du ministre Boubou Cissé soit l’émanation du président IBK est fort envisageable.

Destitution du président de l’Assemblée nationale, le syndrome sénégalais guette Issaka Sidibé
L’on rappelle qu’au Sénégal, au Niger et en RD Congo, les présidents de l’Assemblée nationale ne soufflant pas dans la même trompette avec leurs présidents respectifs ont dû être détrônés en cours de mandat pour les remplacer par des hommes de main. Est-ce ce syndrome qui guette le président de l’Assemblée nationale du Mali ? On ne saurait pour l’instant exclure ou affirmer cette éventualité pouvant sceller le destin politique d’Issaka Sidibé !
Mais la seule certitude est et reste qu’au sommet de l’Etat malien couve une crise majeure. Les scénarii des pays ci-dessus cités pourraient avoir un effet de contagion au Mali, tant il est évident que le président IBK, s’il venait à se trouver devant le dilemme de sacrifier Issaka Sidibé et rester en accord avec la direction du RPM ou de le soutenir et d’être abandonné par les responsables de son parti, le RPM. Entre deux maux, IBK choisirait le moindre en l’occurrence se débarrasser d’Issaka Sidibé.
De toutes les façons, les querelles internes au sein du corps politique ne peuvent empêcher de constater que le président IBK, alors qu’il était président de l’Assemblée nationale n’a pas voulu faire l’audit de la nation. Cela était l’occasion pour IBK de prouver à la face du monde qu’il était au service de son peuple. Hélas ! Lorsqu’Issaka Sidibé était fraichement élu à la présidence de l’Assemblée nationale, un cabinet d’expertise aurait émis le souhait ardent de le voir faire l’audit de l’Assemblée nationale. Le sieur Issaka, à l’image de son prédécesseur au perchoir de l’Assemblée nationale n’a voulu rien faire.
Accusés par Boubou Cissé de n’être pas des références, en matière de gestion financière, les députés auraient rétorqué en disant que les ministres ne sont pas eux aussi des modèles en la matière.

Les constants ici donc sont :
– Premièrement, IBK et issaka Sidibé ont un dénominateur commun : le refus de l’audit.
– Deuxièmement, il y a accusation réciproque ou conflit ouvert entre l’exécutif et le législatif dans notre pays.
– Troisièmement, le peuple au nom duquel toutes les parties s’expriment fait l’objet de mépris, de moquerie. Pendant ce temps, il souffre dans sa chair et dans sa conscience les affres d’une démocratie morte née.
Au quatrième constat, disons que le fossé s’agrandit chaque jour davantage entre ceux qui gouvernent le pays et le peuple : les premiers s’enferment dédaigneusement dans la bourgeoisie félonne et arrogante, pendant que le second s’enfonce de plus en plus dans la misère et la spoliation humiliante.

L’image du Mali «démocratique» est donc celle-ci : ceux qui travaillent n’ont rien et ceux qui ne font absolument rien pour le peuple regorgent de tous. C’est pour cela qu’il convient de retenir qu’au Mali, les premiers et les plus grands ennemis du peuple sont ces hommes et femmes sangsues de la nation malienne.
Mais ils doivent se rendre à l’évidence que si Torrijos a raison de dire que «celui qui a consacré sa vie à lutter pour la justice sociale a peu de chance de finir sa vie dans son lit», en même temps, ils ne doivent pas oublier un seul instant cette célèbre réflexion du sieur Abraham Lincoln selon laquelle «on peut tromper tout le peuple une partie du temps, une partie du peuple tout le temps, mais pas tout le peuple tout le temps».
Notre peuple ne peut pas demander des comptes aux déprédateurs du tissu socio-économique, politique et culturel national. C’est bien là une loi fondamentale de la dialectique : «la roue de l’histoire tourne et tournera toujours.»

Fodé KEITA

L’Inter de Bamako du 27 Juin 2016