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La mesure de suspension qui a été prise à l’encontre d’Oumar Ibrahim Touré par le BEN de l’Union pour la République et la démocratie (URD) continue à faire des vagues. Différents segments du parti se mobilisent pour demander la levée pure et simple de la sanction. Il y a eu les jeunes, il semble que le groupe parlementaire et les présidents d’honneur, saisis de la question, s’apprêtent à calmer le jeu en demandant la levée de la suspension.

Il y a à peine 2 mois, le président de l’URD Younoussi Touré accusait la presse d’être à l’origine des problèmes internes à son parti et tentait de rassurer ses militants sur la bonne entente qui règne entre les camarades. Aujourd’hui, force est de reconnaître que la politique de l’autruche a atteint ses limites et la crise qui secoue actuellement le parti constitue le démenti le plus affligeant aux propos de Younoussi Touré.

En décidant de suspendre le 2e vice-président Oumar Touré et ministre de la Santé, la direction du parti (en fait une vingtaine de membres mis au parfum de ce qui se préparait sur un bureau de plus de 60 membres) a, semble-t-il, commis plusieurs imprudences.

La première imprudence concerne le motif invoqué pour suspendre Oumar Touré. En mettant en avant « le travail fractionnel », le BEN est incapable de définir le terme. Qu’est-ce qu’un travail fractionnel ? Est-ce un crime pour un président de parti de rencontrer ses militants ? Le fait est que Oumar Touré, depuis qu’il a entrepris avec d’autres militants du parti de soutenir ATT en 2007, est perçu comme quelqu’un de peu sûr par Soumaïla Cissé et ses affidés.

La deuxième imprudence est certainement d’avoir cru que la sanction allait passer comme une lettre à la poste. De partout des voix s’élèvent pour demander sa levée si tant est que le BEN œuvre pour la cohésion du parti. La jeunesse du parti a publié une pétition de soutien au suspendu. Après avoir officiellement saisi le groupe parlementaire et les présidents d’honneur du parti, Oumar Touré s’attend logiquement à ce que la levée de la suspension soit demandée.

La troisième imprudence c’est que, à tort ou à raison, les commanditaires de la sanction notamment Soumaïla Cissé pourrait voir leurs rapports se dégrader avec le Premier ministre Modibo Sidibé mais surtout le président de la République Amadou Toumani Touré. Le premier voit en l’espace de quelques mois ses collaborateurs sanctionnés.

En effet, avant Oumar Touré c’est le chef de cabinet de Modibo en la personne d’Aliou Sow qui avait été proprement vidé de son poste de secrétaire général adjoint de l’URD lors du congrès d’avril dernier. Modibo pourrait bien penser que personnellement Soumaïla et ses hommes lui en veulent.

Pour ce qui est d’ATT, c’est encore plus compliqué. A tort ou à raison, ATT pourrait interpréter la sanction qui frappe Oumar comme la visant personnellement. Même non défini par le BEN, « le travail fractionnel » reproché à Oumar est censé profiter à ATT. Pour quelle fin ? La question mérite d’être posée dans la mesure où c’est l’ensemble du parti qui affirme jour après jour son soutien indéfectible à ATT. Celui-ci serait en droit de penser qu’Oumar a été sanctionné à cause de sa trop grande proximité avec lui.

La dernière imprudence est sans doute le risque de cassure que Soumaïla fait prendre à son parti. Quand on sait que les élections municipales sont dans quelques mois et surtout quand on n’ignore pas les ambitions présidentielles de Soumi, on a de la peine à comprendre la logique qui sous-tend la suspension de Oumar Touré. Parce que si pour ramener la discipline dans le parti, c’est complètement raté.

Aly Kéita

03 Octobre 2008