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La mise en scène du ministre Touré
Pas de surprise, au Mali. On a forgé la démocratie sans les démocrates. Et maintenant, on veut bâtir l’école sans les enseignants. Quel désastre ?

Le Pr. Amadou Touré, ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, vient d’étaler au grand jour son incompétence dans la gestion de l’école malienne. Après avoir tenté trois fois sans succès l’organisation des compositions dans les établissements publics, il s’est ridiculisé le lundi 19 mai dernier.

On a assisté à une véritable guérilla urbaine à Kayes, Sikasso, Ségou, Markala, et dans plusieurs autres localités du pays (Kangaba, Kidal, Dioïla, Nioro, Banamba, Bougouni, Gao, Niafunké, Diré, Bandiagara.)

Le ministre Touré s’est fait piéger. Mal conseillé ou pas conseillé, il a échoué dans sa tentative d’organiser les évaluations sans les enseignants du secondaire,

composés à 99,3% par les militants de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (COSES) opposée au gouvernement depuis octobre dernier suite à sept (7) points de revendications dont quatre (4) avaient déjà fait l’objet d’accord le 17 juillet 2007 avec l’ancien Premier ministre Ousmane I. Maïga.

Evaluations ou dévaluations au secondaire ?

La grande question qui brûle toutes les lèvres : le ministre et ses collaborateurs sont- ils des enseignants ou des fossoyeurs de l’école malienne ? Sans se tromper, on répond par l’affirmative. Ce sont les vrais fossoyeurs de l’école. Et ils méritent d’être jugés pour crime crapuleux contre la Nation malienne.

A Bamako, au Lycée Kankou Moussa, les compositions ont démarré le lundi à 8 heures 25 minutes avec 3 élèves de la série SB et moins de cent en fin de journée.

Elles ont débuté le lendemain au lycée Massa Makan et le surlendemain mercredi au lycée Ibrahima LY. Après un matraquage médiatique du gouverneur de Bamako, Ibrahim Féfé Koné.
Ces évaluations honteuses n’ont jusque là pas commencé dans plusieurs villes à l’intérieur du pays.

Les élèves les avaient boycottées. Mais sous la pression des chefs d’établissements zélés, des directeurs d’Académies, nommés illégalement en violation du décret 00598 du 4 décembre 2000 et des directeurs nationaux inféodés au ministre Touré, les élèves ont accepté de faire les compositions sans leurs profs.

Le ministre des Enseignements secondaire, le Pr. Amadou Touré confond t- il la gestion de son département avec une miniscule maison d’édition ou avec un embryon de parti, son UMP ?

Pour que ses compositions haineuses eurent lieu, il a eu recours au concours des ministères de l’Education de base (agents des CAP), de la sécurité (police, gendarmerie, garde) et de l’administration territoriale (gouverneurs, préfets, sous préfets) ;

de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) contre quelques millions de F CFA et des promesses (admission des responsables syndicaux aux examens) et même de certaines sages femmes (mères de famille ou présidente de Fondation !!!)

Quelle honte pour le Mali ? Quelle insulte à l’endroit du peuple malien ?
Ces compositions n’ont aucune valeur pédagogique.

Selon les informations recueillies auprès des élèves de l’Académie Rive droite, les sujets traités au lycée Kankou Moussa sont proposés le lendemain au lycée Massa Makan.

Les surveillants de circonstance autorisaient les documents (cahiers, brochures) dans tous les centres, déclarant devant les élèves qu’ils en ont marre. Aussi au verso des sujets, trouvait- on le corrigé.

Certains responsables de l’AEEM déposaient leurs copies vierges. Parce que ayant reçu, la garantie d’être admis d’office au BAC par le cabinet du ministre.
Cela est le prix de leur collaboration malveillante.

Des chefs d’établissements et des directeurs d’Académie affirment avoir agi sous la pression d’un ministre pernicieux et sourd mais aussi contre la promesse d’être maintenus à leur place après la suppression de l’article 60 de la Loi d’orientation de l’éducation (le projet de loi est déjà sur la table de l’Assemblée nationale).

Ne soyez pas étonnés de voir dans cette course à l’allégeance et à la servilité l’opportunisme et la courtisanerie.

Que de reniements, de retournements de veste, de compromissions, de parjures, de trahisons, de coups bas, de complots orchestrés par des cadres qui sont prêts à baisser leur culotte pour se maintenir toujours à leurs postes.

Ces responsables scolaires, qui ont aidé ce ministre- monstre, feront mieux de s’inscrire sur le registre du commerce pour avoir le statut d’hommes d’affaires que de continuer à se réclamer du corps enseignant, qu’ils viennent de souiller.

Comment peut- on imaginer des évaluations au secondaire sans les enseignants ? Le ministre a échoué sur toute la ligne. Il a trahi la Nation malienne et a été lui- même trahi par les siens qui l’ont guidé sur la voie du déshonneur.

La COSES sort renforcer et maintient son cap

Au niveau du syndicat, le mot d’ordre de rétention des notes, de non évaluation et de boycott des compositions est toujours maintenu. Le secrétaire général de la COSES, Tiémoko Dao rassure : «Aucun militant de la COSES n’a pris part à cette mise en scène ou au semblant de compositions en cours au secondaire.

Il a réaffirmé la volonté de son bureau et la détermination de l’ensemble de ses militants de Bamako ainsi que de l’intérieur du pays à faire aboutir les doléances de la COSES en usant de tous les moyens légaux. Selon lui, seuls le dialogue et la concertation peuvent régler la crise actuelle.»

Les intimidations et les menaces sont d’une autre époque.

Les militants de la COSES sont des Maliens qui ne réclament que des droits au Mali. La COSES dit non au moratoire proposé par le Premier ministre Modibo Sidibé et rappelle que le Forum ne saurait être un cadre idéal pour discuter les doléances des syndicats du secondaire, mais plutôt un lieu de discussions sur les maux et autres préoccupations et dysfonctionnements dont souffre l’école malienne.

Il faut cesser de gérer le Mali par procuration. Le Grand MALI mérite mieux que ça.

«La religion est aux sans cœur ce que l’esprit est pour une époque sans esprit.», dit- on.


BZ. COULIBALY

26 Mai 2008