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Dans une contribution de belle facture, un enseignant dénonce les manœuvres dilatoires du gouvernement, rappelle la justesse des revendications de la COSES. Avant d’inviter ses collègues du public comme du privé à se donner la main pour faire front aux fossoyeurs de l’école.

– Face au lynchage médiatique que les enseignants du secondaire font l’objet ces derniers temps,

– face aux allégations graves, faites dans le but de nuire et de souiller l’honneur des enseignants du secondaire indexés, préjudices pouvant affecter sérieusement leur vocation d’enseignant,

– face aux nombreuses assertions formulées tendant à dresser les élèves des lycées contre les professeurs, les parents d’élèves contre les enseignants du secondaire, les enseignants du privé et du fondamental contre leurs collègues des lycées publics,

– préoccupé par le choix d’une évaluation bâclée pour ne dire politique des élèves des lycées publics au détriment d’une vraie évaluation des apprentissages relevant de la compétence exclusive des enseignants commis à cette tâche,

– Face au discrédit qu’une telle évaluation jette sur le niveau de nos élèves,

– Fort de ces constats, on peut tirer les conclusions suivantes sans risque de se tromper sur les sentiments réels de certains de nos gouvernants et responsables en charge de l’éducation à l’égard des enseignants et sur leurs méthodes de gestion des crises.

1er) Un mépris incontestable à l’endroit des enseignants du secondaire.

2) Une politisation des revendications de la COSES et un manque de volonté manifeste à les satisfaire.

3) Une instrumentalisation des élèves à travers des propos dithyrambiques et démagogiques.

4) Une manipulation de certains syndicats d’enseignants dans le but de torpiller le mouvement syndical de la COSES et entretenir ainsi une division artificielle du monde enseignant pourtant confronté aux pires injustices.

Il faut noter au passage que l’ORTM malgré «sa passion du service public» ne se passionne pas pour diffuser le point de vue de la COSES par rapport à la crise actuelle.
Cette forme de gestion ne s’assimile qu’à une crise de destruction massive.

L’on est en droit de se poser certaines questions sur l’éducation nationale.


1er)
La continuité de l’Etat existe-t-elle au Mali ?

2e) L’enseignant malien a-t-il droit au bien être ?


3e)
Qui entretient le désordre à l’école ? Qui politise l’école ?


4e)
L’école est-elle une priorité pour ce gouvernement ?

5e) Quand monsieur le Premier ministre affirme, je cite : «Le métier d’enseignant est si exigeant qu’aucune rémunération ne saurait en récompenser la juste valeur».
Pourquoi donc refuser aux enseignants l’accès à des meilleures conditions de vie qui leurs permettront d’exercer au mieux leurs métiers ?

6e) Pourquoi tant de tollé quand les enseignants du secondaire réclament une indemnité de logement alors que des primes de 100 000 FCFA à 250 000F CFA sont octroyées à d’autres fonctionnaires de l’Etat sans qu’ils ne le demandent et sans la tenue d’un quelconque forum pour décider de la pertinence de ces octrois ?

7e) Comment peut-on demander aux enseignants d’être les bœufs de labour de la République et les empêcher en même temps de brouter les épis de mil du peuple ?

8e) Enfin, que sera une société sans les enseignants ?


. A nos chers élèves, je veux dire ceci :

– ceux qui ont la charge de vous faire acquérir les savoirs, le savoir-faire et le savoir- être c’est dire vos professeurs,

– ceux qui ont la charge de vous faire acquérir les connaissances générales, techniques, théoriques et pratiques,

– ceux qui ont la charge de vous faire acquérir les modes et les moyens de pensée constituant la base des diverses spécialités du savoir en vue de vous permettre de suivre des études supérieures et de vous insérer dans la vie active, ces professeurs-là, ne seront jamais vos ennemis comme on a tendance à vous le faire croire.

. A nos gouvernants, je veux rappeler cette maxime du cardinal Richelieu, je cite : «Lorsque ceux qui commandent ont perdu la honte, ceux qui obéissent perdent le respect».

Le stratège Ahmed Sékou Touré disait également, je cite : «Un homme est jugé à travers ce qu’il dit et ce qu’il fait mais s’il y a contradiction entre ce qu’il fait et ce qu’il dit, jugez- le à travers ce qu’il fait».

. En conclusion, j’invite les enseignants du privé, exploités et ceux du public méprisés à s’unir en vue de secouer le cocotier des mentalités qui s’acharne à nous maintenir dans le misérabilisme, la paupérisation et la précarité.

Vive la COSES pour des meilleures conditions de vie et de travail de ses militants.

Moussa K. Sissoko, Professeur principal de Mathématiques au LBAD

23 Juin 2008