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Dans le conflit qui embrase le Nord-Mali depuis 1990, la société civile a, au début, joué un rôle de facilitation du dialogue politique entre les belligérants. Puis elle s’est engagée activement dans le processus de planification et de mise en oeuvre du Pacte National signé le 11 avril entre le gouvernement du Mali et les Mouvements et Fronts Unifiés de l’Azawad (MFUA) qui sont à la base de la rébellion.


La pression de la société civile sur les belligerants

En ce fondant sur la mobilisation des valeurs sociétales et les mécanismes traditionnels de gestion des conflits, la société civile a développé une pression sociale très forte sur les belligérants qui a contribué à influer sur des décisions majeures allant dans le sens de la paix et de la sécurité.

Ainsi, la contribution de la société civile a été décisive dans le règlement du conflit au Nord.

En effet, dès le déclenchement du conflit, en juin 1990, les différentes composantes de la société civile qui sont entre autres : les chefs coutumiers et traditionnels, les autorités religieuses, les personnalités indépendantes, les organisations villageoises, les associations de femmes, de jeunes… ont été impliquées dans la gestion en vue de promouvoir le dialogue entre les belligérants, de concrétiser les négociations et le cessez-le-feu.

Elles se sont également investies dans la planification, la signature et la mise en oeuvre des dispositions de règlement du conflit.


Les campagnes d’information

Après la signature du pacte national, la société civile s’est attelée à la consolidation de la paix, à la prévention et à la gestion des règlements de compte, au renforcement de la sécurité notamment à travers des campagnes d’information et de sensibilisation (rencontres intercommunautaires) et l’activation de mécanismes endogènes de régulation des relations sociales et interpersonnelles (recherche de consensus, de paix, de réconciliation).

La société civile a également participé à l’évaluation et à la satisfaction des besoins d’urgence des populations victimes du conflit. Elle a accompagné le processus de retour et de réinsertion des populations réfugiées et déplacées. Elle a été déterminante dans la planification et l’organisation de la cérémonie de la “flamme de la paix” de Tombouctou le 27 mars 1996.

Le rôle des femmes

Dans cette action salvatrice de la société civile, les femmes se sont particulièrement distinguées. Elles ont été au coeur du processus de gestion et de règlement du conflit, de consolidation de la paix et de la sécurité. En octobre 1991 déjà, un groupe de femmes qui ont participé aux travaux de la conférence nationale du Mali (août 1991), ont pris conscience des enjeux politiques, sécuritaires et sociaux du conflit.

Ces femmes ont pris l’initiative de sensibiliser les ressortissantes du Nord résident à Bamako. Elles ont fondé le Mouvement National des Femmes pour la Sauvegarde de la Paix et de l’Unité Nationale (MNFPUN) qui, avec l’appui d’autres organisations de femmes comme l’Association des femmes des camps ainsi que des personnalités feminines individuelles ayant une expertises dans le domaine des relations internationales, a joué par la suite un rôle capital dans le retour de la paix et la réconciliation dans le Nord du Mali.

Des mécanismes endogènes de réglement des conflits

L’Action des femmes maliennes dans le processus de gestion du conflit au Nord a essentiellement reposé sur la mobilisation et l’exploitation du capital social et des mécanismes endogènes de règlement pacifique des conflits. L’un de ces mécanismes traditionnels, en l’occurrence le “cousinage à plaisanterie” a été particulièrement exploité.

En effet, connaissant le poids de la parole de la femme dans le milieu africain, ces femmes ont usé de ce pesant d’or pour mener des campagnes de sensibilisation en vue d’influencer le cours de l’histoire en faveur de la paix et de la réconciliation. Leurs messages s’adressaient à la fois aux décideurs, à la population et aux combattants, aux personnalités influentes, aux Maliens de l’intérieur comme de l’extérieur ainsi qu’aux partenaires bilatéraux et multilatéraux impliqués dans la recherche de solutions au conflit.

Parce qu’elles ont compris que le cousinage à plaisanterie ou parenté est un trait de culture fait pour la pondération des relations intra et intercommunautaires que les femmes en ont usé et abusé pour briser la glace de la méfiance et réconcilier des individus et des communautés au bord de l’affrontement.

Parmi les thèmes de sensibilisation, il y en a un, en particulier, qui a eu un impact immense: le respect des relations de bon voisinage. Le voisin est considéré, après la famille, comme le premier parent, le premier témoin d’un individu, d’une famille, d’une communauté.

Les fondements des relations de confiance, de coexistence pacifique entre deux voisins sont basés sur les valeurs sociétales et réligieuses profondes. Un autre thème fut celui de la tolérance et de la mesure. Plusieurs évènements ont illustré cette dimension.


La société civile à l’oeuvre actuellement pour le reglément du conflit

L’acalmie qui règnait au Nord-Mali depuis 1996 fut détériorée depuis le 23 mai 2006 avec la resurgence de la rébellion. La société civile malienne s’est illustrée par ses nombreux actes en faveur du retour de la paix définitive dans le septentrion.

Et ce sont toutes les composantes de cette société civile, à savoir: les chefs coutumiers et traditionnels, les autorités réligieuses, les personnalités indépendantes, les organisations villageoises, les associations de femmes qui ont apporté leurs contributions.

Cette grande mobilisation de la société civile sous-entend toute sa place dans le règlement des problèmes auxquels notre pays est confronté.


Nouvel Horizon

du 01 Juillet 2008

02 Juillet 2008