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A cause de leur ombre qui plane sur la ville de Kidal et ses environs, ce sont l’administration et ses usagers qui sont à leur tour pris en otage.

Selon un administrateur en service dans la ville de l’Adrar des Ifoghas, l’administration de Kidal qui en temps normal enregistre une baisse de régime avec des bureaux qui se ferment avant les heures indiquées, est en ces temps-ci plongée dans un marasme sans précédent. La vie de la cité est en permanence paralysée par le spectre de ces rebelles qui sont devenus l’incarnation de la mort. Beaucoup d’agents de l’Etat préfèrent se terrer chez eux pendant toute la journée que d’aller se faire surprendre par des bandits armés, dont les assauts contre Kidal et ses environs sont aussi fréquents qu’imprévisibles.

Même les femmes qui sont généralement les ras des rues et des marchés, sont devenues très méfiantes et elles sont à présent nombreuses qui, lorsqu’elles le peuvent, font des provisions de denrées pour éviter les sorties. Tout se passe désormais dans cette partie du pays comme si on était en état d’alerte maximum, chacun se gardant de s’aventurer dans la ville et ses alentours. Notre interlocuteur indique que lorsqu’il y a rumeur d’attaque, le gouverneur n’hésite pas à demander la fermeture de tous les services en invitant les agents à rentrer chez eux. Les contrôles de présence sont presque inexistants et certains agents peuvent rester à la maison pendant plusieurs semaines.

D’ailleurs, chaque fois que ça chauffe dans le désert, notre interlocuteur rallie immédiatement Bamako, où il reste pendant un bon bout de temps. Et il est devenu fréquent de le trouver en train de beloter dans les rues de la capitale, au moment où ses autres collègues du reste du pays ploient sous le poids des dossiers. Faudra-t-il le condamner pour son absentéisme à Kidal ? Pas totalement car, ceux qui y restent et cherchent à travailler, ne le peuvent pas à cause du brigandage et autres rackets, devenus florissants à côté du grand terrorisme. Des paresseux qui ne veulent rien entreprendre pour vivre, se sont versés aussi dans ces genres de vagabondage.

Leur méthode consiste à aller se loger aux abords de la ville, et à braquer les populations en leur retirant leurs biens. Une fois qu’ils font fortune, ils reviennent en ville pour vivre avec les gens, mais gare à celui qui les dénonce ! Devenus une milice à part, ces délinquants règnent maintenant en maîtres absolus dans la capitale des Ifoghas. Leur victime la plus récente et la plus illustrative a été le directeur de l’Académie d’enseignement de cette ville, M. Amadou Koïna, lequel a été kidnappé par ces bandits de la petite semaine à deux reprises.

Une première fois, il était en partance pour une mission dans une localité relevant de sa compétence, il s’est fait kidnapper et a été ensuite relâché, mais le véhicule du service a été emporté par la bande assaillante non encore retrouvée. Une deuxième fois, il était en tournée à travers des localités pour récupérer les copies de l’examen du baccalauréat, quand il été surpris par un autre gang, qui l’a retenu quelques instants avant de le relâcher en emportant son véhicule personnel avec lequel il faisait désormais ses courses, son ordinateur et téléphones portables ont été aussi emportés. Il a été abandonné en plein désert par ses malfaiteurs, bâillonné et les yeux bandés.

Mais cette fois-ci, des sources indiquent qu’il a pu reconnaître quelques-uns de ses kidnappeurs, qui ne seraient autres que ses voisins immédiats, qu’il a peur de les dénoncer au risque de s’exposer à d’autres exactions plus graves. Ainsi va désormais la vie de l’administration et des populations dans la ville de Kidal et ses environs.

Abdoulaye Diakité

L’Indicateur Renouveau du 04 aout 2008