Partager

«C’est l’insécurité et la peur qui nous ont fait fuir vers le Burkina. Nous avons vécu la même situation il y a quelques années. Quand il y a un début de conflit, nous préférons partir», a déclaré dimanche à Reuters Mohamed Ben Nayni, hébergé avec 200 autres réfugiés au stade du 4-Août à Ouagadougou.

«Nous sommes toujours en train de recenser les réfugiés mais je peux vous dire déjà qu’à Ouagadougou ils sont plus de 300, et plus de 600 dans la province du Soum», explique Romain Guigma, coordonnateur national chargé des réponses aux catastrophes de la Croix-Rouge burkinabe.

«Dans les jours à venir, nous allons entreprendre un recensement dans les autres provinces frontalières avec le Mali», ajoute-t-il.

Les femmes, les enfants et les personnes âgées semblent en plus grand nombre et la fatigue du voyage est encore visible sur les visages.

«La plupart de ceux qui sont là ont fait le voyage à pied jusqu’à la frontière. Certains ont tout perdu. Ils ont dû abandonner ce qu’ils avaient pour fuir avec femmes et enfants», explique Mohamed Ben Nayni.

Boubacar Ag Mohamed, 54 ans, marié et père de quatre enfants, a mis 12 jours pour rallier Ouagadougou.

«J’ai quitté Kidal au plus fort de la crise et j’ai dû y abandonner un troupeau d’une centaine de petits ruminants et quatre dromadaires», raconte-t-il.

Dans les années 90

Certains des nouveaux réfugiés étaient déjà là au début des années 1990, dans la même situation. Mohamed Alher Ag Abou s’en souvient.

«J’étais déjà là en 1993. J’étais très jeune. J’ai même été scolarisé pour la première fois sur le site de réfugiés à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou. A l’époque, j’avais rejoint le Burkina de nuit avec ma grand-mère (…) Quand la rébellion et l’armée malienne s’affrontent, on ne fait pas de différence entre les rebelles et les autres Touaregs», explique-t-il.

Les responsables de la Commission nationale aux réfugiés et la Croix-Rouge sont à pied d’oeuvre pour organiser le séjour des réfugiés touaregs.

«Nous allons appuyer la Commission nationale aux réfugiés en intervenant dans les domaines de l’hygiène et de l’assainissement et la distribution des couvertures, des nattes et des moustiquaires imprégnées. Quand il s’agira de construire le camp, nous allons également apporter notre appui. Nous estimons à 70% au moins le nombre de ceux qui sont dans le besoin», indique Romain Guigma.

Parmi les réfugiés, nombreux sont ceux qui souhaiteraient être relogés dans un camp, se sentant à l’étroit dans les locaux du stade – en attendant de pouvoir regagner leur pays et les grands espaces qu’ils affectionnent.

«Si nous pouvions changer les choses, nous les changerions. Mais la décision ne nous appartient pas. Nous sommes des victimes. Nous ne sommes pas des rebelles mais quand le conflit éclate, on met tous les Touaregs dans le même panier. Nous demandons aux autorités du Mali de trouver une solution à ce problème», déclare Mohamed Ben Nayni.

Par Mathieu Bonkoungou / Reuters – Dimanche 1 juin, 20h03