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Les autorités maliennes, qui ne savent plus où mettre la tête après la décision de retrait de l’Algérie de la médiation, n’essaient même plus de tirer les leçons d’une récente libération sous la médiation de la Fondation Kadhafi, de 22 otages militaires. Les mallettes bourrées, les rançons payées aux rebelles, lors de la libération des différents otages ne sont plus qu’un secret de Polichinelle.

Faut-il continuer avec ce type de négociation où chaque otage représente une poule aux œufs d’or ? Une médiation qui n’est pas fondée sur le dialogue, le compromis avec des engagements réciproques, mais qui met en avant le marchandage avec un carnet de chèque : l’Etat malien doit se garder de tomber dans un piège qui risque de se refermer sur lui et de rendre impossible le retour à une paix définitive.

On doit forcement se poser la question de savoir ce que la Libye attend du Mali en retour. L’adhésion du Mali au projet du Guide libyen de l’édification du Grand Sahara ? Une vaste organisation qui reposera sur certaines tribus du Mali, de l’Algérie, de la Mauritanie du Niger, du Burkina Faso, du Nigeria, du Tchad, du Soudan etc.. Quelle que soit la situation, les autorités maliennes doivent mettre en avant le dialogue. Et pour dialoguer, si le carnet de chèque doit être la condition sine qua non, le pouvoir ATT doit se mettre vite à l’évidence : dire que l’Etat malien n’est pas suffisamment riche pour sortir du cercle vicieux du payement – libération des otages. Et dire que tout cela n’est que manigance, complicité et complot pour une politique expansionniste digne d’une autre époque.Les commanditaires et ceux qui aident à l’exécution de telle politique sont ceux que le retrait de l’Algérie de la médiation arrange. Le président ATT se prêtera-t-il encore longtemps à leur jeu ? Le médiateur algérien a certainement besoin d’un signal fort de la part du président de la République qui doit rassurer le pays de Boutéflika sur la sincérité de leur coopération. Sans ce signal, il est sans doute certain que l’Algérie pourrait rendre définitif son retrait de la médiation entre le pouvoir de Bamako et les rebelles du nord Mali.

La frontière partagée avec l’Algérie, ce lien géographique est certainement doublé de liens historiques que nul ne peut balayer d’un revers de la main. On ne peut échapper à l’évidence : l’Algérie est un partenaire incontournable dans le règlement durable de la crise du nord Mali. Autant la Libye est dans son rôle habituel de l’intervention humanitaire dans le septentrion malien, autant l’Algérie est incontournable dans la médiation, avec le dialogue comme outil.

Le cargo libyen d’aide humanitaire

A son bord, le cargo est arrivé avec des vivres : du riz, du lait, du sucre destinés aux centaines d’habitants de la région de Kidal qui ont fui les violences entre l’armée et la rébellion touareg. En obtenant dans les 48 heures qui ont suivi, la libération de trois otages sur les 33 détenus par Bahanga, la Libye entend certainement prouver qu’elle compte pour assurer une médiation, quelle que soit la différence de son approche avec l’Algérie qui a jusque là évité de polluer l’environnement de la médiation avec l’utilisation du carnet de chèque.

Après avoir obtenu en mars dernier la libération de 22 otages, la Fondation Kadhafi revient certainement à la charge, en négociant avec des mallettes remplies de sous. A ce rythme, il faut craindre qu’il ne soit difficile d’en finir avec les prises d’otages, qu’elles soient l’œuvre d’Ibrahim Ag Bahanga ou d’autres groupes rebelles, comme ils savent naître, tant qu’il y aura l’argent du pétrole pour marchander.

B. Daou

Le Républicain – 05 mai 2008