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Aux dernières nouvel les, la ville de Kidal se vide progressivement de son contenu. Une jeunesse sans espoir, démotivée et de plus en plus désœuvrée a choisi d’abandonner cette contrée que les hostilités sont en train de couper du monde.

À la cherté des denrées s’ajoutent l’inquiétude et un sentiment de plus en plus grandissant d’insécurité, à cause des assauts rebelles spontanés.

Le chef-lieu de la 8ème Région atteint ainsi l’ultime phase d’un processus d’amaigrissement démographique enclenché aux toutes premières attaques de Ibrahim Ag Bahanga, mais qui ont pris de l’ampleur à partir du ténébreux assassinat d’un élément touareg de l’Armée nationale. Depuis la réaction plus ou moins musclée des Forces Armées et de Sécurité à la sanglante attaque d’Abeïbara, le dépeuplement de la ville de Kidal a atteint une vitesse de croisière. Ses habitants, originaires pour la plupart de zones sédentaires comme Gao, ont comme l’impression de vivre dans un no man’s land avec les coups de canons annonciateurs du réveil de l’Armée malienne.

Cette dernière, après avoir longtemps donné la chance aux négociations, est finalement sortie de la logique de défensive. Une opération rondement conduite par le Colonel Elhaj Gamou n’a en effet plus donné du répit à Ibrahim Ag Bahanga depuis le carnage d’Abeïbara intervenu pendant que des chefs de tribus se démenaient comme ils pouvaient pour renouer les fils du dialogue entre l’État et la rébellion en rupture de ban.

Selon nos sources, le contingent dirigé par Gamou et d’autres fins connaisseuses du terrain ne s’est pas contenté de déloger Bahanga et ses hommes de leur retranchement de Tegharghar et autres. Une nette supériorité militaire a également aidé à les pourchasser jusqu’à leur couper toute retraite dans les espaces désertiques en 8ème Région du Mali.

De sources concordantes, en effet, Ibrahim Ag Bahanga et ses hommes depuis deux jours ne savent plus où donner de la tête. Les irrévérencieux combattants sont pris en tenailles à Tamasna, bastion et fief du chef de file, à 80 kilomètres à l’Est de Tin Essako.

Il faut mentionner que l’Armée prend ainsi le dessus sur les assaillants au moment où le peuple commence peu à peu à manifester son ras-le-bol face à sa mortelle et humiliante passivité.

En journée, des femmes de soldats tombés au front au nom de la paix protestaient par des barricades érigées devant les passants à Kati pour attirer l’attention du peuple sur leur détresse.

A. KEITA

Aurore du 05 Juin 2008


Crise au Nord : Le silence coupable des partis politiques

Le Général ATT, président de la République semble faire face seul à la crise du Nord. A part les associations du Nord qui se sont manifestées par des rencontres, des déclarations, les partis politiques quant à eux ont gardé profil bas laissant la crise entre les mains du général.

L’heure est grave. La rébellion a violé tous les accords. Les attaques se succèdent et ne se ressemblent pas et deviennent de plus en plus violentes et meurtrières. Le peuple est stupéfait par l’ampleur d’une crise dont les conséquences sont incalculables. La presse quant à elle s’adonne à coeur de joie aux quelques informations cueillies ça et là. Si l’État a préféré le traitement d’informations pour éviter de créer la peur chez les maliens, la rébellion quant à elle a ouvert son site web préférant la sensation. Des frappes de part et d’autre sont différemment interprétées, créant du coup un véritable psychose chez les populations. Si hier la vie chère est parmi les préoccupations première des maliens, aujourd’hui, la crise du Nord à tendance à plus préoccuper les uns et les autres. Cette crise qui a débuté avec l’attaque du camp de Kidal a pris des tournures inquiétantes. Le pouvoir ATT qui a voulu gérer avec tact et sérénité s’est vu dépasser par les événements.

Lors de la campagne présidentielle, les points de vue sur la question étaient divergents. Le président du RPM Ibrahim Boubacar Kéïta alors président de l’Assemblée Nationale avait été vivement critiqué pour sa perception du problème. L’Assemblée nationale à l’époque avait entendu le ministre de l’Administration territoriale , le général Kafougouna Koné sur le problème. Son choix d’aller à la solution négociée fut largement partagée par les partis amis. Ils ont même donné quitus au pouvoir. Mais hélas au fil du temps avec le développement des événements, les négociations ont montré leur limite.

Faut il agir par la force ?

Une question bien embarrassante pour le pouvoir en place. ATT attendait une déclaration et un soutien de la part des amis de l’ADP mais, les partis ont observé un mutisme total au moment où le pouvoir avait besoin de leur soutien. C’est pourquoi le journal Patriote dans son précédent numéro a dit que ATT a été lâché par ses amis de l’ADP. La réaction de cette dernière ne se fit pas attendre. L’ADP a organisé une rencontre pour réagir. Le président de ce regroupement, Dioncounda Traoré a mobilisé les membres de l’Alliance pour signifier leur soutien au Président ATT. Ils ont même promis des rencontres bimestrielles pour faire le bilan. Mais aucune déclaration à propos du Nord n’a été fait pour signifier leur soutien au pouvoir.

Pourquoi cela ? La gestion du Nord est très sensible. Les hommes politiques font une fuite en avant. Pourtant ce n’était pas le cas en 1991. Cette attitude a beaucoup joué sur Koulouba qui, au finish a commencé à attirer le courroux des populations sur lui de part sa manière de gérer la crise. D’autre part, l’on peut dire que ATT lui même a permis aux hommes politiques de se débiner du problème du Nord qui est une question nationale. Ne disait-il pas « je connais la guerre, je sais ce que c’est la guerre« . La rébellion n’est pas le fait de la seule armée mais le problème de tout le peuple malien. Sans une solution durable, il n’y aura pas de paix, de stabilité et même de développement dans tout le reste du pays. Aujourd’hui, l’armée a besoin de soutien de tout le peuple malien surtout les hommes politiques, les associations, les ONG bref la société civile tout entière.

Comme il y a eu des marches sur la vie chère, il faut également des mouvements de soutien concernant le problème du Nord. Le réveil des opérateurs économiques a été salutaire contre la flambée des prix des céréales, il devrait l’être de même pour la rébellion. Il y aujourd’hui, un effort de guerre à soutenir pour encourager les hommes sur le front. Une rébellion qui est capable de déployer et d’attaquer avec 504×4 a sûrement besoin d’un grand soutien quelque part. Toutes les bonnes initiatives doivent être accueillies et Koulouba doit mettre fin à une gestion solitaire.

Fadio SANOGO

Le Patriote du 04 juin 2008