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Le pays de Bouteflika dont la voix n’a jusque là pas été très portée par la presse dans les propositions de solutions de sortie de crise au Mali, en a pourtant et l’Algérie qui vient de célébrer le cinquantenaire de sa libération pourrait bien jouer un rôle déterminant dans la pacification du nord Mali par le biais du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) sous l’égide des pays du champ .

Selon les autorités algériennes, la solution à la crise en cours, en particulier la neutralisation de la nébuleuse Al Qaïda et ses démembrements, passe par un processus méthodique et patiemment élaboré lequel permettra, du fait de l’imbrication actuelle des Jihadistes dans les populations autochtones, son extirpation dans de conditions moins dommageables et de ce fait le renseignement (le CEMOC dispose de spécialistes dans ce domaine) s’avérera d’une importance capitale.

Depuis les années de lutte pour l’Indépendance, le pays de celui qui était connu sous nos cieux sous le nom de guerre d’El Mali et celui de Modibo Kéita avaient compris leur communauté de destin donc de périls rendue plus expressive par l’importance de l’étendue de leur frontière commune. C’est cette réalité qui commande d’unir les forces pour vaincre les Salafistes d’Al Qaïda, de MUJAO, d’Ansar Eddine, mais aussi de trafic d’armes, de drogue, de commerce des hommes, les crimes organisés.

Le nord Mali, objet de l’attention du monde entier, parce que foyer incandescent de groupes armés de toutes sortes (MNLA, Ansar Eddine, MUJAO, Al Qaida, Boko Haram) est aussi « le sud de l’Algérie », comme le disait le Président Amadou Toumani Touré, qui s’est pourtant illustré par un immobilisme autodestructeur. Aujourd’hui, comme hier, l’Algérie ainsi que tous les pays du champ dont la Mauritanie et le Niger n’ont pas le choix, car ce qui touche le Mali en termes de sécurité touche tout le sahel, par ricochet, toute la bande sahélo-saharienne et le monde entier.

Partant, nombre d’observateurs maliens ont marqué leur incompréhension s’agissant « des hésitations de l’Algérie face à la situation de déflagration déstabilisatrice », au moment où sa présence est attendue.

C’est que les impératifs de la realpolitik commandent que tous les paramètres de quelques actions que ce soient , dans le sens d’une présence physique même symbolique , politique ou autre devraient s’entourer de garanties et rencontrer l’assentiment de l’autre partie de crainte d’être accusé d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays tiers . Qu’à cela ne tienne, « Jamais on a vu à Alger un état de préoccupations aussi aigu de la part des autorités algériennes, que celle observée aujourd’hui à propos du Mali », confesse-t-on au Palais d’El Mouradia.

Soucis pour un règlement diligent des crises maliennes que corrobore la dernière visite du Premier ministre malien à Alger où le Président Bouteflika, le recevait le mercredi 13 juin dernier, pendant près de quatre heures d’horloge. Cela dénote (tout comme le fait qu’Alger avait été le facilitateur des accords qui ont eu le mérite d’éviter, en de nombreuses occasions le pire) bien d’un intérêt et d’un accompagnement réel. D’autant que toutes les doléances du Premier ministre malien ont été satisfaites dans les heures qui ont suivi.

Auparavant , avec le rappel en février 2010 par l’Algérie de son ambassadeur pour consultation et la convocation de celui du Mali en Algérie pour lui demander des explications sur la libération par Bamako de quatre terroristes membres du GSPC détenus dans ce pays, le summum de la crise entre les deux pays avait été atteint. A l’époque, le Président Amadou Toumani Touré avait été tout simplement sourd aux appels venant de l’intérieur et de l’extérieur sur les dangers d’un tel commerce avec les Salafistes d’Al Qaïda.

Son erreur fatale a été de croire qu’il s’agissait seulement d’une question de terrorisme, alors qu’il faille l’aborder en termes de sécurité de toute la sous-région. Cette attitude de sous-estimation du phénomène par calcul politique a créé la situation que nous vivons aujourd’hui. Et quand le Président ATT a pris conscience de la gravité de la situation, c’était trop tard. La rencontre des pays du champ a décidé de l’appropriation de la lutte contre le terrorisme et le CEMOC était destiné à cette lutte qui n’est pas une lutte contre un conflit interne.

ATT a trainé le pied

La confusion au nord Mali est inséparable de l’arrivée des nouveaux occupants. Une colonne de 80 véhicules qui traversent la Libye avant le Niger semblait n’avoir été vue par aucun service alors qu’au même moment, les deux ou trois véhicules transportant le Guide libyen ont été repérés et bombardés à volonté.

Un détail qui interroge et laisse penser que la situation insurrectionnelle surgie quelques temps après était préfabriquée, par qui ? Malgré toutes ces réalités du terrain, le Président ATT a trainé le pied, alors qu’il aurait pu anticiper sur la crise, éviter qu’à la bataille de Tessalit (nous l’avons écrit en son temps) le MNLA et Ançar Edine de Iyad Ag Ghaly ne mutualisent leurs forces, pour ensuite lancer la grande offensive qu’on sait.

Il faut désormais faire front

Dans la recherche d’une voie de sortie de crise, la CEDEAO est passée au devant de la scène. Si l’Algérie, qui jusque là avait assuré la médiation dans les crises du nord Mali, continue d’être consultée par l’organisation sous régionale ouest africaine, ce n’est qu’après avoir pris une décision. Seulement, il s’est installé un chassé croisé entre la CEDEAO et son médiateur désigné, en ce sens que les décisions de ce dernier sont sans cesse remises en cause par les chefs d’Etat .

Ce qui l’a fortement décrédibilisée, à raison, pourrait-on dire, du fait que ces décisions sont prises sans toutes les parties prenantes. « L’Algérie connait ce phénomène, si on ne met pas en place des dispositifs viables, méthodiques, ce n’est pas avec des actions spectaculaires qu’on arrivera à la solution du problème».

Pour nos sources, il est nécessaire aujourd’hui de ne pas enterrer le CEMOC qui a l’expertise des affrontements sur ces genres de terrain, qui a commencé à engranger des résultats et qui procède d’une démarche professionnelle. Il faudra nécessairement faire le tri afin de combattre efficacement les occupants du nord. Faire la distinction entre les sympathisants, les soutiens, les islamistes radicaux et les terroristes. Pour l’avoir vécu, l’Algérie a une connaissance du phénomène.

Sinon la question se posera de savoir aujourd’hui, contre qui la CEDEAO dirigera l’intervention militaire projetée ? Dans tous les cas, dans ce dossier, le Mali ne doit pas s’effacer totalement et donner l’impression de perdre la main. Et nos interlocuteurs d’affirmer qu’il ne fait aucun doute que la priorité doit revenir au principe de l’intangibilité des frontières, et pour ce faire il n y a aucun choix possible entre « le formalisme démocratique et l’intangibilité du territoire malien », garants de « la cohésion des Maliens ».

S.El Moctar Kounta

B Daou

12 Juillet 2012