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Profitant d’une question posée par un député lors des travaux de la 21ème session ordinaire du Comité International Parlementaire (CIP) de l’UEMOA, ouverte dans la capitale sénégalaise, mardi dernier, Soumaïla Cissé a sonné officiellement l’alerte : une crise alimentaire se précise dans l’espace UEMOA cette année. Mais, tient-il cependant à préciser, la fermeture de leurs frontières par les Etats, en raison de la rareté dans la région des produits céréaliers dont ils sont producteurs, n’en constitue pas une solution appropriée.

Avant-hier mardi, à Dakar, le président de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), Soumaïla Cissé, n’a pas fait dans la dentelle pour prévenir les huit Etats membres du risque de la survenance d’une crise alimentaire au cours de cette année. 3Cette année, on risque d’avoir une crise alimentaire.

Il faut être honnête pour le dire. Les prix augmentent de façon très sensible et nous prenons de mauvaises mesures en fermant les frontières », a laissé entendre M. Cissé devant les députés de pays membres de l’organisation sous régionale, venus assister à la 21ème session ordinaire du Comité International Parlementaire (CIP) de l’UEMOA.

En effet, face à plusieurs députés des huit pays membres qui participent à ladite session du CIP-UEMOA, ouverte lundi à Dakar, l’occasion était vraiment belle pour Soumaïla Cissé de lancer son cri du cœur : il y a une menace sérieuse de crise alimentaire, mais l’avenir de l’organisation sous-régionale est aussi compromis par des mesures de fermeture de leurs frontières par les Etats, en raison de la rareté dans la région des produits céréaliers dont ils sont producteurs.

En effet, en lieu et place de mesures énergiques émanant de solutions concertées, la plupart des pays concernés ont préféré interdire, jusqu’à nouvel ordre, toute exportation de céréales, même à destination d’un voisin, fût-il membre de l’UEMOA. Une mesure urgente de protection des stocks nationaux, en guise de prévention des pénuries et spéculations.

Faudrait-il préciser que cette sortie de Soumaïla Cissé a été motivée par l’interpellation d’un député sur les conséquences du déficit de la pluviométrie, lors du dernier hivernage, dans plusieurs pays de l’UEMOA. Le parlementaire a en effet hélé Soumaïla Cissé en ces termes : « Les Etats se permettent de dire que la production agricole a été bonne. Il y a un complexe à ce niveau. La production n’a pas été bonne contrairement à ce que les ministres de l’Agriculture des différents pays disent aux bailleurs de fonds ».

Une question qui exigeait une réponse claire et précise. Raison pour laquelle Soumaïla Cissé n’y est donc pas allé avec le dos de la cuillère, comme en atteste sa réplique : «Chaque pays se dit que les voisins sont des fainéants et lui mangent son mil…Je pense à une crise prochaine. En général, la soudure arrive au mois d’août. On est loin de cette période et la tension est déjà énorme ».

Il a d’ailleurs mis à profit la rencontre de Dakar pour demander aux parlementaires d’attirer l’attention des gouvernements sur l’éventualité d’une crise alimentaire.
Il faut noter que cette affaire met les dirigeants de l’UEMOA devant leurs responsabilités car, depuis près de cinq ans, la question agricole enregistre de beaux discours, des gesticulations éparpillées et des intentions jamais réalisées. Pourtant, il n’est point besoin d’être un expert pour savoir que l’augmentation de la production céréalière, dans l’espace UEMOA, est la seule panacée pour sortir de ce cycle infernal.

Quid alors de la Commission de l’UEMOA par rapport à ce sujet ? Le président de la Commission de l’UEMOA est à ce niveau sans équivoque : «Le seul moyen de réduire la crise alimentaire, c’est d’augmenter la production. C’est un problème entièrement délicat. Nous sommes en train d’aménager 5 ha dans l’Office du Niger, au Mali ». Mais si les techniciens de l’organisation sous-régionale ont donné le ton, il reste le relais des Etats pour s’approprier cet élan d’investissement massif dans le secteur agricole.

En d’autres termes, c’est la volonté politique des chefs d’Etat qui est mise à rude épreuve car c’est ce qui manque le plus pour résoudre ce problème sous régional. Soumaïla Cissé préconise de « créer un vrai marché régional de la production céréalière, mener des actions d’urgence et anticiper sur les choses »…

Justement, à plusieurs reprises, le Mali a réitéré sa disponibilité à faire de l’Office du Niger le véritable « grenier de l’Afrique de l’Ouest », une vocation qui lui est attribuée depuis la période coloniale. Joignant l’acte à la parole, les autorités maliennes ont pris des mesures d’attribution aux agriculteurs des pays qui le désirent, d’importantes surfaces cultivables à l’Office du Niger qui présente plein d’avantages dans le domaine de l’irrigation grâce à son système gravitaire. Mais, en dehors des manifestations d’intention, patatras ! Le jeu de dupes commence à trop durer.

De toute façon, le gouvernement du Mali a bien pris conscience de l’importance de l’agriculture en y consacrant les efforts et les attentions nécessaires dans le cadre du Programme de Développement Economique et Social (PDES) qui fait du secteur agricole le moteur de la croissance accélérée prévue dans le cadre du programme quinquennal de lutte contre la pauvreté. Comme pour dire qu’avec ou sans l’organisation sous régionale, le Mali est déjà engagé dans une dynamique de réalisation de l’autosuffisance alimentaire.

Amadou Bamba Niang

21 février 2008.