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La crise au sein de l’URD est loin de connaître un dénouement heureux. Au contraire, après la confirmation de la sanction de suspension infligée à son deuxième vice-président par le BEN, et la levée de boucliers de la base qui crie à l’injustice, plusieurs observateurs s’attendent à l’implosion.

A quelques mois des élections communales, le parti politique Union pour la République et la démocratie (URD) est bien loin de retrouver l’unité et la cohésion qui lui avaient, jusque là, permis de se hisser à la deuxième place de l’échiquier politique national. Au contraire, tout semble indiquer que ce parti, déjà dans l’impasse, se dirige tout droit vers l’implosion.

La commission d’arbitrage et de conciliation vient, contre tout bon sens et toute logique, de confirmer la sanction de suspension infligée au deuxième vice-président. Contre tout bon sens et toute logique parce que, outre les protestations de Oumar Ibrahim Touré, victime, selon certains de ses proches, d’une cabale, plusieurs sections se sont prononcées pour la levée de la sanction. Principalement pour cause d’injustice.

Le ton avait été donné par les responsables des sous-sections de Ségou qui avaient sollicité et obtenu de O.I Touré qu’il les rencontre. Ils viennent d’être suivis dans leurs protestations par les responsables des sections URD d’Ansongo, de Tombouctou, de Dioïla, de Gourma Rharous, de San et de Mopti.

Tous s’accordent à reconnaître que le bureau exécutif national menace la cohésion au sein du parti, surtout en cette année précédant le prochain scrutin, que la sanction n’a pas été prise par l’instance appropriée donc qu’elle est illégale et illégitime, que la sanction est disproportionnelle. Par conséquent, tous demandent la levée pure et simple de la sanction. La section de Goundam va plus loin. Ses responsables estiment que les textes réglementaires et statutaires ont été élaborés pour être respectés.

Or, en l’occurrence, le BEN du parti n’a pas respecté les termes du règlement intérieur, notamment en son article 16, qui stipule que la proposition de sanction doit être prise par la section de Goundam. Celle de Ségou n’ayant aucun pouvoir de requérir une sanction contre un militant ne relavant pas de sa circonscription.

Pour la section de Goundam, le BEN n’a aucune autorité pour prendre une quelconque décision en leur nom. De plus, lors de la mascarade de réunion du Bureau, il n’y avait que 31 membres sur 67, c’est-à-dire même pas la moitié, le quorum n’ayant pas été atteint, Goundam estime que la décision est sans fondement légal.

A la lecture des différentes protestations qui ont été émises par des responsables de ce parti, il est à craindre que la rupture ne soit imminente. Car c’est de presque toutes les régions que des voix se sont élevées pour fustiger le comportement du BEN, ou, plus exactement, d’une petite portion de celle-ci qui s’est arrogée le droit de prendre des décisions au nom de tous les autres responsables.

Des actes, selon les signataires de la lettre ouverte des militants du cercle de Mopti, qui « montrent à suffisance que le parti est en train d’être pris en otage par un groupe d’individus évoluant au sein du BEN pour des intérêts personnels au détriment de l’intérêt du parti »

Pour eux, l’entente et la cohésion ne sauraient régner dans le parti sans la levée de la suspension. Mais ils risquent de prêcher dans le désert car selon plusieurs considérations, les auteurs de la sanction, en prenant une telle décision, sont bel et bien conscients des dangers qu’ils font courir à leur parti. Ils sont les principaux rédacteurs des différents textes du parti.

Et s’ils se sont, aujourd’hui, décidés à les violer sciemment et à les faire confirmer par la commission d’arbitrage et de conciliation, c’est pour des raisons à peine inavouées : pousser le deuxième vice-président vers la sortie, après la maladroite et infructueuse tentative du dernier congrès.

Cela est-il possible ? Difficile de le croire, surtout maintenant. En effet, le BEN était loin de se douter des conséquences qu’engendrerait la sanction votée par certains de ses membres, c’est-à-dire un cinglant désaveu de la part de la base. La levée de boucliers qu’elle a occasionnée prouve que O.I. Touré, « qui a tout donné à ce parti », « un responsable d’une telle trempe » dont l’importante « implication dans la vie du parti » est reconnue, est devenu incontournable. Depuis quelques temps, il est perçu comme étant le véritable patron de l’URD, en raison de son militantisme et de sa disponibilité, de sa proximité et de sa volonté d’introduire des règles démocratiques dans le fonctionnement du parti.

A ce titre, il fait de l’ombre à certains responsables du parti qui veulent émerger, ayant été incapables de se distinguer dans leur formation politique d’origine, et inquiète d’autres qui veulent conserver un total et complet contrôle sur le parti. Les militants, eux, ont compris et viennent de l’exprimer : il ne saurait avoir de cohésion et d’union, de poignée de mains, en dehors de la levée de la sanction injustement infligée, selon certains d’entre eux, à leur vice-président.


Cheick Tandina

16 Octobre 2008