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Rappelons que Mohamed Bassirou Camara est à la tête de la section syndicale des douanes depuis 1992 et est confronté récemment à la création d’un autre bureau dirigé par Yacouba Katilé. Découvrons ensemble les explications de Mohamed Bassirou Camara.

Nouvel Horizon : Pouvez-vous nous faire la genèse de la crise que connaît la section syndicale des douanes du Mali ?

Mohamed Bassirou Camara
: Il sera difficile de relater le tout en intégralité, mais je me ferai un devoir de vous remettre ma communication que je m’apprêtais à faire à la conférence nationale de la section qui a été reportée.

Permettez-moi de vous dire que cette crise couve depuis environ une année et demie. Etant entendu que notre dernier mandat est arrivé à terme c’était au 1er trimestre 2005. Avant la fin du mandat, il y avait déjà un second syndicat chez nous, qu’on appelait le Synacod. Nous avions travaillé ensemble et avions élaboré ensemble la question qui est la leur, à savoir l’intégration des contractuels dans la Fonction Publique.

L’avant-dernier conseil tenu à Mopti a été l’occasion pour leur secrétaire général Mohalmoudou Touré de remercier la section syndicale pour sa bonne collaboration. Donc, puisque c’est entre nous, et que la volonté des deux parties est qu’on ait un syndicat uni, nous avons chargé notre secrétaire général adjoint Djatigui Fané de rapprocher Mohalmoudou et ses camarades pour qu’on puisse aller ensemble dans le mandat en cours en leur faisant deux propositions : faire du bureau un comité de Bamako ou alors que les camarades de ce bureau militent dans les comités de Bamako afin de constituer une section syndicale unie. On le dit parce que la section syndicale que je dirige est composée uniquement des syndicats des différents bureaux de Bamako qu’on appelle les comités syndicaux. Il y en a 6 ou 7, et ils sont représentés dans la section syndicale. Jusqu’à l’heure où je vous parle, il n’y a eu aucune suite à cette demande-là. Nous avons effectivement mis deux ou trois mois à installer les différents comités dans les bureaux de Bamako. Le seul endroit où on a eu des difficultés à mettre en place un bureau, c’était la Direction générale des douanes puisque là-bas, il n’y a que les cadres.

Et c’est par la suite que le camarade Nouhoum Sylla Camara lui-même nous a apporté un document avec une liste du bureau. C’est donc après tout ça que nous avons mis en place le bureau actuel de la section que je dirige, mais suite à la mise en place préalable d’une commission d’investiture présidée par le camarade Magan Sissoko (Paix à son âme). Cette commission a travaillé d’arrache-pied durant deux mois pour nous proposer un bureau consensuel à la tête duquel bureau j’ai été placé. Et cette liste consensuelle, conforme aux textes, a été approuvée par acclamation par la conférence nationale en présence des membres du Syntade. Plus tard, j’ai appris que ce bureau a été coopté et, qu’il ne prend pas en compte l’aspiration des douaniers. C’est là qu’on a commencé à avoir des comités de crise, des pétitions, une assemblée générale. Voilà comment la crise est partie.

Nouvel Horizon : Vous affirmez que les conventions 87 et 98 de l’OIT ont été violées, pensez-vous qu’il peut y avoir une sanction quelque part ? Pourrez-vous aller plus loin ?

Mohamed Bassirou Camara
: Je compte aller plus loin. Ma section syndicale, après réunion, a décidé d’en tirer toutes les conséquences syndicales et juridiques qui s’imposent.

Quand les camarades ont eu à mettre en place leur bureau syndical, le problème est né du fait qu’ils utilisent le cachet et le sigle Syntade, au nom de la section syndicale des douanes du Mali. Alors que conformément aux statuts et règlement intérieur du Syntade aucune administration, aucune entreprise ne doit comporter en son sein deux syndicats relevant de la même centrale. Le Syntade leur a bien signifié le jour de la mise en place de leur bureau au Stade du 26 Mars qu’il ne saurait accepter deux branches syndicales dans la même maison. Ce jour déjà, ils savaient qu’ils étaient dans l’illégalité.

Deuxièmement, juste après la mise en place de notre bureau syndical, le Syntade a organisé, son 11è congrès ordinaire. Ce sont mes éléments qui représentent les douanes au sein du Syntade cela veut dire que l’autre tendance n’est pas légale. Toutefois, pour monter la pression, ils ont déposé un préavis de grève, il y a environ 3 semaines avec le nom Syntade et le cachet de la section syndicale de la douane. Ayant appris cela, nous qui sommes la section légale, nous avions fait un communiqué. Ce communiqué a été renforcé par une lettre du Syntade dans laquelle il invite le camarade Yacouba Katilé à dialoguer, mais à ne plus utiliser le cachet et le sigle Syntade. Cette lettre a été communiquée avec ampliation au ministre des Finances et au ministre de la Fonction Publique Badi Ould Ganfoud.

Le même jour, le ministre des Finances Abou-Bacar nous a reçus dans son bureau. Là aussi, j’ai expliqué ce que j’ai eu à dire dans la lettre. Ce jour-là, le ministre des Finances a bien signifié à Katilé que son préavis de grève ne repose sur aucun support légal et qu’il lui demanderait de voir ses camarades pour voir comment faire. Mais que lui, son souci principal est de faire revenir l’accalmie au sein de la section syndicale de la douane. Pour cela, il a instruit cette fois-ci au Directeur général de la douane de tout mettre en oeuvre pour qu’un dialogue puisse s’instaurer entre le camarade Katilé et moi-même. Cette rencontre devait avoir lieu un mercredi, mais Katilé n’est pas venu puisque ses camarades lui ont interdit de répondre à l’invitation. Le même jour, j’ai tenu une conférence de presse à la Bourse du Travail.

L’ORTM était même là-bas. En tant que télévision d’Etat, l’ORTM n’a pas diffusé cet élément. Et je me suis rapproché des techniciens de l’ORTM pour demander pourquoi ils ont dit qu’ils ont reçu instruction de ne pas le faire passer. Ça c’est déjà une censure et c’est aussi une forme d’immixion. Donc une fois cette lettre parvenue à Badi Ould Ganfoud, après le refus de Yacouba Katilé de répondre à l’invitation du Directeur général des douanes, le ministre de l’Economie et des Finances nous a encore appelés dans son bureau, cette fois-ci en présence de Badi Ould Ganfoud.

Quand j’y suis allé, j’ai compris que le camarade Katilé est à la tête du mouvement, mais que ce n’est pas lui qui le dirige. Il ne peut pas maîtriser ses troupes. Pour un certain témoignage, le ministre a demandé que Katilé vienne avec un autre camarade. Mais les camarades qui l’accompagnaient ont dit niet, en disant qu’ils entrent tous ou qu’ils n’entrent pas. Cette rencontre aussi n’a pas pu avoir lieu. Ce jour-là, le ministre a pris son téléphone pour appeler qui de droit pour dire que l’autre tendance a refusé d’entrer. Ce jour-là, j’ai rappelé aux deux ministres les lettres que je leur ai envoyées. Une correspondance mérite quand même une réponse ; on n’a pas besoin de dire à un ministre chargé de la Réforme de l’Etat qu’il doit répondre. Le ministre a chargé son DAF de gérer la question. Il n’a pas répondu. Mieux, je le quitte l’après-midi, la nuit c’est Badi Ould Ganfoud qui est à la télévision avec les jeunes pour faire un communiqué conjoint signé en violation de la lettre que le secrétaire général du Syntade a envoyé à Katilé.

Donc nous nous sommes réunis, puisque le ministre a pris fait et cause pour eux. Et nous avons décidé d’écrire au chef du gouvernement pour dénoncer l’immixion de son gouvernement dans le mouvement syndical et la mise en place d’un syndicat maison, un syndicat d’Etat chez nous.

Lors de la conférence de presse, je n’ai pas voulu dénoncer quelqu’un car en dehors du syndicalisme, j’ai une fonction constitutionnelle qui m’oblige à une sorte de retenue. De toute façon, je pense qu’il est bon que chacun joue son rôle et que c’est pour cela que la lettre du Premier ministre comporte comme Ampliation tous les syndicats nationaux. La confédération internationale des syndicats est aussi ampliataire. Mais particulièrement le BIT qui est chargé du suivi des différentes conventions ratifiées par les pays sur convention de l’OIT. Et cette lettre est bien transmise au BIT. Ce n’est qu’un début.

Si par le hasard des choses, Badi Ould Ganfoud revenait à une meilleure compréhension, ça s’arrêterait à ce niveau-là. Si ce n’est pas le cas, la forme qui sied sera mise en oeuvre pour qu’éventuellement la question d’immixion du gouvernement malien soit tranchée conformément aux conventions internationales. Parce qu’au-delà de la douane, c’est l’avenir du mouvement syndical qui est en jeu. Et au-delà, une menace plane sur notre démocratie. Car le syndicalisme, c’est la première école de liberté démocratique.

Le peuple malien doit se rappeler la part importante jouée par l’UNTM dans l’avènement de la démocratie, la première organisation à s’être déclarée pour la démocratie ouvertement. Aucun pouvoir de ce pays ne doit aller contre le mouvement syndical. Nous sommes tous fils de ce pays et personne ne doit lutter contre ce pays. Le pouvoir ne nous intéresse pas du tout. Nous défendons uniquement notre pain et notre liberté.

Nouvel Horizon : Au cas où le ministre révise sa position, êtes-vous prêt à la négociation ?

Mohamed Bassirou Camara
: C’est ce que je voulais et qui se trouve dans ma communication. Je leur ai dit que nous avons plus de temps derrière nous que devant nous. Tous les matins que Dieu fait, mon adjoint et moi réfléchissons sur la relève. A chacun son temps. Nous avons suffisamment fait pour les douaniers. On nous a passé la main et nous aussi nous allons passer la main. Je suis le 3è Secrétaire général de la section syndical des douanes. Le premier c’est Papa Sy, le second c’est feu Arouna Touré.

En leur temps, il n’y avait pas cette affaire d’alternance. De nos jours, aucun responsable syndical politique ou associatif ne peut diriger son mouvement comme il veut. A preuve, la constitution même limite le président de la République à deux mandats non renouvelables. Mais je préfère passer le bébé en bonne santé. Et c’est cela mon souci. J’appelle mes anciens camarades du bureau à plus de sagesse et les jeunes à plus de patience. Je leur dis que nous nous battons uniquement pour le bien-être des douaniers, et si tel est le cas, il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas nous retrouver.

Quelque part, ils ont le soutien de quelqu’un, et d’autre part, je suis accusé d’être l’homme de quelqu’un d’autre, je ne suis l’homme de personne. Retenez bien que depuis les événements de 1991, les autres services nationaux comme les impôts, le Trésor n’ont pas connu plus de cinq Directeurs. Mais l’actuel Directeur général de la douane est le 14è Directeur pour un pauvre pays comme le Mali. Et pour qui connaît l’importance du douanier et quand on sait que chaque Directeur qui vient, ce sont des changements. Et le fait de dire à l’Etat de faire en sorte qu’il y ait la stabilité chez nous me vaut la guerre parce qu’à 50% tous les cadres veulent être au commandement : DG ou son adjoint. Et j’ai dit que quel que soit notre Directeur nous l’aiderons, et je ne regrette rien de ce que j’ai dit.

Réalisé par Salifou BANGALI

10 juillet 2006