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Dans son rapport 2012 présenté le 12 juillet, l’AMDH évoque les crimes de guerre commis par les bandes terroristes au nord du Mali et envisage de saisir la CPI.

Dans le document intitulé « le MNLA, Ançar Eddine et les organisations terroristes sèment la terreur au Nord du Mali », l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH) rend public son rapport de 2012. Le contenu a été révélé à la presse par son président Me Moctar Mariko assisté de quelques membres de son bureau.

Selon Me Mariko, ce rapport a été établi sur la base de témoignages et d’écoutes de présumés victimes ou proches de victimes ou des plaintes faites auprès des antennes de l’AMDH dans ces régions sur les cas d’exactions, de viols ou de meurtres. Les crimes ont été commis entre janvier et juillet 2012 dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

L’AMDH, par la voix de son président Me Moctar Mariko, est décidée à saisir la Cour pénale internationale (CPI) contre ces cas présumés de crimes de guerre, synonymes de violations des droits de l’Homme. La saisine de la CPI dont la date n’a pas encore été fixée sera enclenchée après l’arrivée dans notre pays le 20 juillet prochain du responsable de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) dont l’AMDH est une section.

Les exactions ou crimes de guerre commis par des groupes terroristes portent sur l’exécution sommaire des prisonniers de guerre, l’utilisation comme boucliers humains des élèves-maîtres de l’Institut de formation des maîtres (IFM) d’Aguelhoc, l’enrôlement des enfants de moins de 15 ans au sein de leurs troupes, le pillage des biens des populations civiles, des symboles de l’Etat (édifices, hôpitaux, tribunaux, mairies, écoles etc. et des organisations et ONG internationales d’aide).

Selon des témoignages des élèves des IFM de Aguelhoc et de Gao transférés à Tominian et relayés dans le rapport, il ressort que les 153 militaires maliens du camp d’Aguelhoc, faits prisonniers par le MNLA, ont été torturés, égorgés ou tués avec une balle dans la tête le 24 janvier 2012. Parmi les 153 corps, 91 ont été enterrés par les élèves qui avaient été utilisés comme boucliers humains. Une centaine de militaires de l’armée régulière ont été froidement tués après la prise du camp de Gao, les mains liées au dos.

D’autres révélations font état de violences sexuelles et d’exactions à l’encontre des femmes et jeunes filles à Gao et à Tombouctou. Une jeune fille qui a accepté de témoigner, explique avoir été violée à tour de rôle le 9 avril dernier dans sa famille et devant ses parents par des hommes portant le drapeau du MNLA. Un père de famille de Gao a évoqué le viol collectif de ses deux filles mineures (13 et 16 ans) élèves à l’école fondamentale.

Une vieille femme de 60 ans a fait témoignage du viol, tentative de viol et de coups et blessures volontaires au moment de l’agression sexuelle sur deux de ses filles âgées de 31 et 34 ans. Des femmes emmenées de force dans des camps militaires occupés par le MNLA ont été violées pendant des heures par des combattants touaregs. Ces cas font légion à Tombouctou, Gao et Ménaka. Ces exactions sont commises par le MNLA, Ançar Eddine, Mujuao, Al Quaïda au Maghreb islamique, etc.

L’armée régulière et les groupes d’autodéfense aussi

En plus, il est fait cas de destruction d’églises et de persécution de chrétiens qui ont migré vers le Sud, de trafic de drogues et de véhicules volés, de prise d’otages. « Des phénomènes qui se sont développés à cause d’une gestion approximative de la rébellion par l’ex-président Amadou Toumani Touré », note le rapport.

L’AMDH indique que la crise institutionnelle née du coup d’Etat du 21 mars 2012 a créé une division dans la classe politique entre front pro putschiste et anti-putschiste. La crise institutionnelle a alors précipité la chute des 3 régions du Nord. L’imposition de la charia par des groupes salafistes est une autre violation des droits de l’Homme.

Les exactions concernent également l’armée malienne. L’AMDH dit détenir des informations selon lesquelles, les militaires de l’armée régulière ont commis des crimes de guerre et exactions contre les populations civiles de Kidal et exécuté trois personnes armées accusées d’espionnage pour le compte du MNLA à Sévaré (Mopti) et cela en riposte aux mêmes crimes du MNLA. Mais ces informations ne reposent sur aucune indication claire.

Les groupes d’autodéfense songhay sont aussi indexés dans les représailles contre les exactions touaregs. Ils nient avoir agi contre des populations civiles ou les prisonniers de guerre.

Le rapport parle de l’enrôlement des enfants soldats dans les rangs du MNLA et d’Ançar Eddine. Selon Me Moctar Mariko, beaucoup d’enseignants disent avoir remarqué certains de leurs élèves âgés de 12 à 16 ans dans les rangs du MNLA à bord de camions de guerre ou dans les check point. Le même constat a été fait par des soldats maliens.

Les attaques aux symboles de l’Etat, aux écoles, aux domiciles des fonctionnaires de l’Etat et aux biens de certains opérateurs économiques, aux lieux de culte des chrétiens, les entrepôts du Pam, les archives du tribunal, la pharmacie de l’hôpital sont constatées à Gao et à Tombouctou. Des tubes d’oxygène ont été arrachés sur des malades à l’hôpital de Gao où six patients ont perdu la vie dans ces conditions.

« Ces crimes ne resteront pas impunis », avertit le président de l’AMDH.

Abdrahamane Dicko

16 Juillet 2012