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une-69.jpgFatoumata s’était rendue ce jour là chez une de ses parentes qui loge au quartier Sanoubougou. Elle avait projeté sur le chemin du retour de s’arrêter pour retirer des habits chez un tailleur. Elle en avait averti son époux qui lui avait d’ailleurs remis la somme de 15 000 francs pour les frais de couture. Kanté qui estimait que sa femme tardait à revenir s’impatienta et téléphona à son épouse pour lui demander de rentrer immédiatement. Il lui enjoignit de prendre un taxi pour être plus tôt à la maison, plutôt que de perdre du temps à attendre une Sotrama.

La dame se garda bien de suivre cette dernière instruction qui pour elle équivalait à jeter de l’argent par la fenêtre. Elle prit donc tranquillement un minibus pour rallier son foyer. Où elle trouva son mari absent. Fatoumata ne se formalisa pas du fait que celui-là même qui la pressait de rentrer ne se trouvait pas à la maison. Elle se précipita à la cuisine pour préparer un bon plat et appela Kanté au téléphone pour l’inviter à rentrer avant que le plat ne refroidisse. Madou arriva quelques minutes plus tard. Il ne répondit pas au salut de Fatoumata et se dirigea tout droit dans sa chambre. Il en ressortit en tenant dans chaque main un pistolet de fabrication artisanale. Il pointa le premier en direction de son épouse abasourdie et déchargea le contenu qui se logea entre l’aisselle et la clavicule gauche de la dame. Fatoumata trouva malgré sa blessure la force de fuir et de se réfugier dans une famille voisine.

Le bruit du coup de feu alerta les agents du poste de police du quartier qui demandèrent un renfort au commissariat avant de rallier l’endroit d’où était partie la détonation. Ils se heurtèrent à Madou Kanté qui n’avait pas lâché ses pistolets. Sans crier gare, l’homme qui paraissait exceptionnellement excité tira sur le premier policier qui entra dans son champ de vision. Fort heureusement, il le rata de peu.

une-68.jpgLes agents parviendront à maîtriser le forcené avant l’arrivée du renfort conduit par le commissaire Lassana Cissé du 1er Arrondissement de police de Sikasso. Madou Kanté a été conduit au commissariat alors que la femme était amenée à l’hôpital régional où les plombs ont été extraits. Les médecins ont confirmé que la vie de Fatoumata n’était pas en danger.

Au commissariat du 1er arrondissement, les collaborateurs du commissaire divisionnaire Bakaïna Traoré se sont rendu compte que Madou Kanté était en état d’ébriété avancé et ils ont dû attendre qu’il soit dessoûlé pour le soumettre à un interrogatoire. Ce qui fut fait le jour suivant.

Kanté a reconnu sans difficulté avoir agi sous l’effet de la jalousie. Il était en effet persuadé que son épouse le trompait. En plus de l’alcool, l’homme aurait absorbé des stupéfiants pour se donner le courage de mettre fin aux jours de sa femme. Madou Kanté a indiqué qu’il avait acquis ses deux pistolets en 2004 à Bamako. L’homme médite depuis le mardi 29 juillet sur son sort à la maison d’arrêt de Sikasso où il été conduit. Son agression a été dans doute le résultat d’un moment de brève folie. Mais le châtiment, lui, risque de ne pas être de courte durée.

F. DIABATÉ

AMAP – Sikasso

Essor du 04 Août 2008